Julie Pollard

Maître d’enseignement et de recherche (SSP / IEPHI)
Lauréate de la décharge Tremplin (2018)

« Jusqu’à quel point la ville est-elle construite et organisée par les acteurs de marché ? Leurs stratégies guident-elles le développement urbain ? Comment s’imposent-ils ou composent-ils avec les pouvoirs publics, la société civile ? »

 

En quelques mots, en quoi consistent vos recherches à l’UNIL?

Mes recherches s’inscrivent à la croisée de l’analyse des politiques publiques et des études urbaines. Je m’intéresse à la recomposition des frontières entre la sphère de l’Etat et celle du marché dans l’action publique urbaine.

Dans un contexte de raréfaction des ressources publiques et de renforcement des logiques de marché, les acteurs économiques privés jouent un rôle accru dans la production de services et d’équipements, et plus largement dans la transformation des villes en Europe. Je questionne donc la place des intérêts privés dans la fabrication matérielle des villes, autant que dans leur mode de gouvernement. Jusqu’à quel point la ville est-elle construite et organisée par les acteurs de marché ? Leurs stratégies guident-elles le développement urbain ? Comment s’imposent-ils ou composent-ils avec les pouvoirs publics, la société civile ?

Les politiques du logement constituent une entrée centrale de mes travaux. Pour explorer ce domaine, j’envisage les promoteurs immobiliers comme révélateurs des transformations de la régulation politique. Je travaille également sur le rôle des régies immobilières dans la structuration des marchés immobiliers locatifs. Actuellement, j’oriente mes recherches vers les interventions des acteurs immobiliers – investisseurs, promoteurs, constructeurs immobiliers, etc. – dans les politiques de requalification urbaine, aux marges des métropoles européennes.

Dans ma pratique de chercheure, le dialogue interdisciplinaire et la perspective comparative occupent une place centrale. Je développe ainsi des collaborations régulières avec des géographes, des urbanistes et des sociologues. La plupart de mes projets de recherche comparent des politiques urbaines conduites en Suisse, en France, en Espagne ou encore en Grande-Bretagne.

Que comptez-vous réaliser durant la période de décharge « Tremplin »?

Ma décharge « Tremplin » me permet de me consacrer à la préparation d’un nouveau projet de recherche. Il est centré sur les politiques de requalification de la ville ordinaire – soit l’espace urbain fabriqué en dehors des grandes opérations d’urbanisme – dans les territoires peu attractifs des métropoles européennes. La requalification urbaine implique des dynamiques de transformation physique, telles que la démolition, la reconstruction et la rénovation de bâtiments anciens, la conversion de friches industrielles ou encore la dépollution de sites contaminés. Ces transformations sont régulées par des politiques publiques au niveau national, régional ou local, qui visent à revivifier des quartiers existants en jouant sur leurs caractéristiques sociales, environnementales, économiques et physiques. Dans la continuité de mes travaux précédents, ce projet interroge la place des acteurs économiques privés, dans un contexte de financiarisation accrue de la fabrique urbaine. À la croisée des politiques sociales et urbaines, mon ambition est de proposer une économie politique de la requalification de la ville ordinaire.

Durant ma période de décharge, je participe également au lancement et au développement d’un projet collectif comparatif et interdisciplinaire (financé par l’Agence nationale pour la recherche française, coordonné par Renaud Le Goix). Ce projet vise à analyser les inégalités socio-spatiales induites par les transformations des marchés du logement et de leur environnement politique et financier depuis la fin des années 1990. A l’interface d’une réflexion sur les marchés et sur les politiques du logement, il s’agit d’envisager les conséquences de la financiarisation sur les prix et sur l’augmentation de l’endettement des ménages. En m’attachant aux stratégies et comportements de ces derniers, ce projet me conduit à explorer les effets conjugués des politiques publiques et des processus de financement.