David Ricardo et les avantages comparatifs

David Ricardo (Londres, 1772 – Gatcombe Park, 1823) est un économiste anglais de l’école classique. Il est considéré comme le premier grand théoricien de l’économie.

David Ricardo. Thomas Phillips (environ 1821), huile sur toile, 91.7 cm x 71 cm
David Ricardo. Thomas Phillips (environ 1821), huile sur toile, 91.7 cm x 71 cm

Troisième fils d’une famille bourgeoise juive de 17 enfants, il commence à travailler à 14 ans avec son père, agent de change à la Bourse de Londres. A 21 ans, répudié par ses parents pour avoir épousé une quaker, il se lance à son compte et fait rapidement fortune. Entre 1809 et 1811, pendant les guerres napoléoniennes, il publie des articles et un essai expliquant l’origine de la dépréciation de la devise anglaise. A la suite de ces écrits, il rencontre des économistes contemporains comme Malthus, Say ou Mill (Gnos, 2000).

Dès 1814, ayant accumulé suffisamment d’argent pour vivre de se rentes, il se consacre à l’étude de la théorie économique, qu’il étudie en autodidacte. En 1817, il publie la 1ère édition de son ouvrage majeur « Des principes de l’économie politique et de l’impôt« . En 1819, il devient membre du parlement britannique, où il défendra le libre-échange en s’opposant aux « corn laws« , qui limitent le commerce des céréales avec l’étranger. Il meurt subitement en 1823 dans sa résidence de Gatcombe Park.

La théorie des avantages comparatifs corrige celle des avantages absolus d’Adam Smith. Celle-ci disait qu’un pays profite du libre-échange s’il se spécialise dans la production des biens pour lesquels il a un avantage absolu. Selon la théorie des avantages comparatifs, peu importe si un pays a des avantages absolus ou pas : il gagne à se spécialiser dans la production des biens pour lesquels son avantage comparatif est le plus élevé, c’est-à-dire dont les coûts relatifs sont les plus bas, et à échanger les biens qu’il ne produit pas. C’est donc un argument pour le libre-échange : tous les pays peuvent gagner du libre-échange s’ils se spécialisent.

Les avantages comparatifs

La théorie des avantages absolus de Smith mène à une situation problématique : si un pays n’a d’avantage absolu pour aucun produit (c’est à dire s’il n’est plus productif que les autres pays pour aucun bien), il n’aurait pas intérêt à se lancer dans la spécialisation d’un produit en particulier, et aurait intérêt à garder ses frontières fermées au commerce international (pas de libre-échange). Par exemple, dans la situation simplifiée comportant deux pays et deux biens résumée dans le Tableau 1, l’Angleterre n’a aucun avantage absolu par rapport au Portugal sur le drap et le vin (le Portugal produit à meilleur coût ces deux biens). Selon la théorie de l’avantage absolu, l’Angleterre n’a donc aucun intérêt à ouvrir ses frontières pour échanger ces biens, ce serait risquer que les Anglais achètent tout au Portugal et donc que l’économie nationale s’effondre.

Tableau 1 : Heures de travail nécessaires à la production d’une unité de chaque bien
Portugal Angleterre
1m de drap 90h 100h
1L de vin 80h 120h
Total d’heures 170h 220h

David Ricardo, qui est aussi partisan du libre-échange, propose une solution à cette situation. Sa théorie des avantages comparatifs démontre que même en l’absence d’avantages absolus, l’Angleterre a quand même intérêt à se spécialiser et à échanger avec le Portugal. Les deux pays ont en fait intérêt à se spécialiser dans les biens pour lesquels ils ont un avantage comparatif (ou relatif) et les échanger contre ce qu’ils ne produisent pas.

Déterminer l’avantage comparatif

Pour déterminer pour quel produit on a un avantage comparatif, il faut regarder les productivités comparées avec celles des autres pays. Pour rappel, la productivité est le rapport entre quantité produite et quantité de travail nécessaire à la production (en heures de travail, par exemple). Observons donc les productivités :

Tableau 2 : Productivités
Portugal Angleterre
1m de drap 1/90 1/100
1L de vin 1/80 1/120

Pour savoir dans quoi l’Angleterre doit se spécialiser, comparons sa productivité pour chacun des produits avec celle du Portugal:

  • Rapport entre productivité du vin des Anglais et productivité du vin des Portugais: (1/120) / (1/80) = 0.66
  • Rapport entre productivité du drap des Anglais et productivité du drap des Portugais: (1/100)/(1/90)= 0.9

Le désavantage de l’Angleterre est moins grand pour le drap que pour le vin, car sa productivité relative est meilleure (0.9 contre 0.66 pour le vin).

Regardons maintenant dans quel bien le Portugal doit se spécialiser:
– Rapport entre productivité du vin des Portugais et productivité du vin des Anglais: (1/80)/(1/120)=1.5
– Rapport entre productivité du drap des Portugais et productivité du drap des Anglais: (1/90)/(1/100) = 1.11
Le Portugal a donc un avantage comparatif pour le vin (productivité de 1.5 contre 1.11 pour le drap).

Comparaison des situations avant et après le libre-échange

Avant le libre-échange, pour produire 2m de drap il fallait 190h de travail (100+90), et 200h de travail pour 2L de vin (120+80). Etant donnés les avantages comparatifs de chacun, le Portugal se spécialise dans le vin et l’Angleterre dans le drap. Pour produire les 2m de drap l’Angleterre va mettre 200h, économisant 20h par rapport à la situation précédente (cf. Tableau 1). Elle peut maintenant consacrer ces 20h supplémentaires à produire plus de drap par exemple. Le Portugal abandonnant la production de drap, va mettre 160h pour produire les 2L de vin, il économise ainsi 10h de travail. Ainsi au total 30h de travail sont économisées (ou sont utilisées pour produire davantage de marchandises). Les deux pays bénéficient donc de la spécialisation et du libre-échange.

Bibliographie commentée

Ricardo, D. (2002). Des principes de l’économie politique et de l’impôt. Chicoutimi: J.-M. Tremblay. Consulté à l’adresse http://www.uqac.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/classiques/ricardo_david/principes_eco_pol/principes_eco_pol.html

Le principal ouvrage de David Ricardo, où il expose ses théories sur la valeur, sur le libre-échange et les avantages comparatifs. C’est une oeuvre majeure de dans l’histoire de la pensée économique.

Ricardo, D. (2005). The Work and Correspondence of David Ricardo. (P. Sraffa, Éd.) (Vol. 1-11). Indianapolis: Liberty Fund. Consulté à l’adresse http://oll.libertyfund.org/title/159

Recueil en 11 volumes de tous les écrits de David Ricardo : ses ouvrages, articles, pamphlets, discours, ainsi que ses correspondances personnelles avec les économistes des Lumières. Disponible en ligne.

Références

Deleplace, G., Lavialle, C. (2008). Histoire de la pensée économique. Paris: Dunod.

Gnos, C. (2000). Les grands auteurs en économie. Caen: Ed. EMS.

Pichet, E. (2004). David Ricardo, le premier théoricien de l’Economie. Chatou: Ed. du Siècle.

Schmidt, C. (s. d.). Ricardo David – (1772-1823). In Encyclopeadia Universalis [en ligne]. Consulté à l’adresse http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/david-ricardo/