Introduction
Avec l’avènement de la Première Guerre mondiale, la presse suisse, qui jusqu’alors se trouvait dans une situation de stabilité du point de vue quantitatif des titres et des publications, connaît une accélération soudaine du rythme de l’information[1]. Pour en donner quelques exemples, il suffit de penser aux journaux les plus importants, tels que la Tribune de Lausanne ou la Tribune de Genève, dont le tirage triple au cours des années 1913–1916[2]. La nécessité pour la population d’être renseignée avec promptitude fait en sorte que la diffusion des journaux helvétiques explose, passant de 2,8 millions en 1914 à 9,1 millions en 1918.
La Suisse, en tant que pays officiellement neutre, se trouve entourée de puissances belligérantes qui, en s’infiltrant dans la nation par des actualités propagandistes dont la presse devient le canal privilégié, la placent dans une situation de conflits et de tensions internes. Sous la pression de ces actions systématiques menées notamment par la France et l’Allemagne, on peut observer comment leur volonté d’influencer l’opinion publique[3] a impacté le pays.
Ce travail de recherche se donne pour objectif d’analyser dans quelle mesure la presse suisse observe ou pas une posture neutre.
Nous verrons que le principe de neutralité ne se reflète pas toujours. En effet, si la neutralité suisse semble faire consensus sur le plan militaire et diplomatique, cette neutralité officielle se heurte aux prises de position divergentes de citoyens, d’intellectuels et de journalistes lorsqu’ils expriment publiquement leurs opinions[4]. Cette tension constitue le fil conducteur de notre analyse et sera abordée à travers trois questions de recherche portant sur des éléments distincts survenus durant le conflit. Bien que ces épisodes puissent sembler a priori indépendants les uns les autres, leur mise en perspective permet de montrer comment la propagande étrangère a traversé et influencé la société suisse, révélant des tensions internes et des clivages préexistants[5].
Nous étudions en premier lieu l’Affaire des colonels, à travers une première question :
Comment l’“Affaire des colonels” a-t-elle révélé, construit ou amplifié des préférences et des divisions identitaires, idéologiques et politiques au sein de la Suisse, notamment entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, durant la Première Guerre mondiale? Découverte en décembre 1915, l’Affaire des colonels conduit le Conseil fédéral à ouvrir une enquête en janvier 1916 ; bien que leur culpabilité concernant la transmission de données des armées alliées soit reconnue, les colonels von Wattenwyl et Egli sont acquittés pénalement par le tribunal militaire en février 1916 et seulement sanctionnés disciplinairement, avec l’appui du général Ulrich Wille[6]. La deuxième question concerne la bataille de Verdun (février–décembre 1916) qui oppose les armées française et allemande dans l’un des affrontements les plus violents de la Guerre, marqué par des pertes humaines massives: 2. Quelle tonalité et quelle priorité la presse romande et la presse alémanique accordent-elles à la couverture de la bataille de Verdun, et comment ces différences se manifestent-elles dans le traitement de l’information ?. Pour terminer, nous nous concentrons sur la question des agences de presse qui jouent un rôle central dans la collecte et la diffusion d’informations. Aux côtés de l’ATS, de nombreuses agences à vocation propagandiste, françaises comme allemandes, s’implantent ou se dissimulent en Suisse afin d’influencer l’opinion publique[7]: 3. Quels déséquilibres dans l’usage des dépêches des agences de presse par les journaux suisses entre 1914 et 1919 peut-on mettre en évidence et comment ces écarts reflètent-ils les influences politiques et propagandistes de la période?
[1] CLAVIEN Alain, Grandeurs et misères de la presse politique Antipodes, Lausanne, 2010, p. 75.
[2] CLAVIEN Alain, La presse romande, Antipodes, Lausanne, 2017, p. 99.
[3] ELSIG Alexandre, Les schrapnels du mensonge : la Suisse face à la propagande allemande de la Grande Guerre, Antipodes, Lausanne, ch. 5 et ch. 6, p. 17.
[4] CLAVIEN Alain, dans 14 / 18 : la Suisse et la Grande Guerre, chapitre 5 : « Les intellectuels suisses et la Grande Guerre. Un engagement vigoureux », Livreo-Alphil, Neuchâtel, 2019, p. 104.
[5] Idem.
[6] Stoeckli Fritz, L’affaire des colonels 1915-1916 : révélations des archives, Slatkine, Genève, 2020.
[7] Elsig Alexandre, Les schrapnels du mensonge : la Suisse face à la propagande allemande de la Grande Guerre, Antipodes, Lausanne, ch. 5 et ch. 6, p. 232.
1. Méthodologie
1.1. Corpus d’étude et structuration
La construction de notre corpus a été réalisée à l’aide de la plateforme Impresso (fig. 2). Les titres de presse sélectionnés proviennent majoritairement de la Suisse romande, tout en intégrant également des journaux de la presse alémanique, en fonction de leur disponibilité sur la plateforme. L’ensemble du corpus inclut différents types d’articles, notamment les unes et les publicités.
Sur le plan chronologique, le corpus a été délimité entre le 1er janvier 1912 et le 31 décembre 1919.
L’analyse est structurée en trois axes de recherche (fig. 1), chacun correspondant à un sous-corpus : l’Affaire des colonels, la bataille de Verdun et les agences de presse. Cette organisation permet d’articuler l’étude d’événements révélateurs de tensions internes avec celle de phénomènes plus structurels liés à la propagande durant la Première Guerre mondiale. L’élargissement de la période étudiée, au-delà des années de guerre, vise en outre à mettre en évidence d’éventuelles différences et évolutions au fil du temps.


1.2. Limites du corpus et des sous-corpus
Les limites du corpus tiennent d’abord au faible nombre de titres germanophones sur Impresso, ce qui restreint l’analyse quantitative possible. Par ailleurs, la sélection par mots-clés risque d’exclure des articles pertinents n’employant pas les termes exacts. Enfin, s’ajoutent des contraintes techniques : une qualité d’OCR inégale exigeant un nettoyage préliminaire, et l’ambiguïté de l’acronyme « ATS » qui génère de nombreux faux positifs sans rapport avec l’Agence Télégraphique Suisse.
Pour contourner ces obstacles, plusieurs stratégies d’atténuation ont été mises en œuvre. D’abord, face au déséquilibre quantitatif des langues, l’analyse a privilégié des indicateurs normalisés (moyennes de subjectivité, pourcentages de positionnement) plutôt que des volumes absolus, permettant une comparaison structurelle fiable entre les espaces linguistiques. De plus, le biais de la recherche par mots-clés a été limité par l’adoption de requêtes larges et incontournables (toponymes et patronymes), dont la validité a été vérifiée a posteriori grâce aux projections sémantiques de l’UMAP, capables de détecter des grappes d’articles pertinents hors du filtre strict. Enfin, le nettoyage des données textuelles corrompues par l’OCR a été complété par un filtrage contextuel rigoureux de l’acronyme « ATS », en associant sa recherche à des termes pivots tels que « dépêche » ou « Berne », neutralisant ainsi la majorité des faux positifs.
2. Analyse et interprétation
2.1. Méthodologie
La méthodologie de cette étude repose sur une approche dont les outils fondamentaux (les projections UMAP des embeddings et les graphes temporels) sont appliqués de manière transversale sur les trois sous-corpus. Ces outils permettent de cartographier les thématiques par similarité sémantique et d’analyser l’évolution des flux d’informations tout en détectant les anomalies du corpus.
Concernant les axes 1 et 2, l’analyse est complétée par l’utilisation de la librairie TextBlob pour appliquer une analyse de subjectivité. Ce procédé quantifie le degré d’opinion ou d’émotion par rapport aux faits bruts, permettant de transformer une perception qualitative en donnée mesurable. Parallèlement, l’exploitation des métadonnées d’Impresso (longueur des articles, numéro de page, présence en une) est utilisée pour évaluer la priorité éditoriale accordée aux sujets affrontés.
Axe 1 : L’affaire des colonels

Ce que l’on remarque au premier abord dans ce UMAP (fig. 3), c’est une structure sémantique relativement fragmentée, marquée par la présence de plusieurs clusters distincts. Cette dispersion indique que la couverture médiatique de l’« Affaire des colonels » ne repose pas sur un récit uniforme, mais sur différents cadrages discursifs selon les journaux et les espaces linguistiques. Le groupe le plus visible est le grand cluster bleu clair situé dans la partie inférieure droite de la carte, très dense et fortement homogène : il correspond principalement aux articles de la NZZ. La proximité des points suggère une forte cohérence lexicale et thématique, probablement liée à des choix éditoriaux stables ainsi qu’à des similarités linguistiques propres au corpus germanophone.
À l’inverse, la partie gauche de la visualisation apparaît beaucoup plus dispersée et mélangée entre différentes couleurs, ce qui traduit une plus grande diversité discursive et une circulation plus variée des thématiques associées au scandale. Cette hétérogénéité suggère que plusieurs journaux abordent l’affaire sous des angles différents, sans qu’un cadrage dominant ne s’impose clairement. Le cluster situé en haut à gauche est particulièrement intéressant : quantitativement important et composé de plusieurs titres de presse, il semble regrouper les articles traitant directement du scandale à l’État-major et des accusations entourant Egli et von Wattenwyl. Sa densité montre que cette dimension politique et militaire constitue l’un des noyaux centraux de la couverture médiatique de l’affaire.

Cette figure 4 met en évidence des priorités éditoriales différentes entre la presse romande et la presse suisse alémanique. Les journaux romands consacrent un nombre nettement plus élevé d’articles à l’Affaire des colonels, traduisant une forte mobilisation médiatique autour de l’événement. À l’inverse, la presse alémanique publie des articles plus longs et place plus souvent le sujet en première page, ce qui suggère un traitement plus sélectif et approfondi. Ces différences reflètent ainsi deux approches médiatiques distinctes : une couverture plus intensive en Suisse romande et une approche davantage analytique dans la presse germanophone.

La figure 5 consacrée aux priorités éditoriales montre des différences significatives entre la presse romande et la presse alémanique dans le traitement de l’Affaire des colonels. La presse romande publie un nombre beaucoup plus important d’articles, même si cela pourrait être dû à la disponibilité des journaux sur Impresso, ce qui témoigne d’une forte mobilisation médiatique autour du sujet. À l’inverse, les journaux alémaniques produisent des articles plus longs et accordent davantage de visibilité au thème en le plaçant plus fréquemment en première page. Cela suggère une approche plus sélective, mais aussi plus mesurée et approfondie du scandale. Malgré ces différences, les deux espaces médiatiques accordent une importance notable à l’affaire, comme le montre la position moyenne élevée des articles dans les journaux (colonnes vertes).

Dans ce graphe (fig. 6) on met en évidence l’évolution temporelle de la couverture médiatique de l’Affaire des colonels dans la presse romande et alémanique. La courbe rouge, correspondant aux journaux francophones, présente des pics beaucoup plus importants et irréguliers, ce qui traduit une forte réactivité médiatique aux événements liés au scandale. À l’inverse, la courbe bleue de la presse germanophone reste plus stable et modérée. Cette différence suggère que la presse romande adopte une couverture plus intense et émotionnelle, tandis que la presse alémanique semble traiter le sujet de manière plus mesurée et continue.
Axe 2 : La bataille de Verdun
L’analyse sémantique par projection UMAP (Fig. 7) a nécessité un ajustement méthodologique important. Lors de l’exploration des données sur Impresso, nous avons identifié un biais structurel concernant la Neue Zürcher Zeitung : contrairement aux titres romands, les articles de la NZZ ne sont pas découpés individuellement mais regroupés par pages entières. Cette unité textuelle disproportionnée (une page entière face à un article court) fausse les mesures de similarité sémantique. Par conséquent, la NZZ a été exclue de cette visualisation spécifique afin d’éviter une distorsion des clusters.

La forte superposition chromatique entre les titres romands confirme une homogénéité de contenu découlant de la publication passive des mêmes bulletins officiels, lesquels s’avèrent difficiles à isoler précisément car ils couvrent souvent plusieurs fronts à la fois. Au-delà de cette masse, l’UMAP permet d’identifier des usages sociaux et culturels du mot-clé, notamment à travers un cluster dédié aux spectacles et au cinéma où Verdun est mis en scène dans des drames patriotiques, ainsi qu’un groupe regroupant des nécrologies d’internés blessés illustrant la réalité physique du conflit sur le territoire helvétique. Enfin, les points isolés en périphérie témoignent de la porosité du sujet, apparaissant aussi bien dans des annonces publicitaires que dans des comptes rendus de batailles navales, soulignant la rareté de l’analyse journalistique originale face au flux de la propagande et des nouvelles brèves .
Pour une analyse plus en profondeur, on décide d’exploiter les métadonnées qu’on peut extraire d’Impresso.

Bien que la couverture en nombre absolu d’articles ne soit pas directement comparable, on observe que les pics d’information coïncident, avec un maximum entre le 10 et le 11 mars 1916, lors de l’extension des combats après la chute du Fort Douaumont (fig. 8). Il est toutefois révélateur de noter que la NZZ cesse de mentionner Verdun dès la fin des combats, tandis que la presse romande continue d’en citer le nom.
Afin d’évaluer le degré d’implication émotionnelle et l’écart à l’objectivité des récits, nous avons appliqué une analyse de subjectivité via la librairie Textblob. Les résultats étant basés sur la moyenne par article, l’inégalité quantitative des corpus n’influence pas la validité du comparatif.

L’analyse de subjectivité réalisée via la librairie TextBlob (fig. 9) montre que la presse romande adopte un ton systématiquement plus émotionnel que la presse alémanique, avec un score global moyen de 0,553 contre 0,443. Bien qu’un écart de 0,11 puisse paraître ténu sur une échelle de 0 à 1, il demeure statistiquement significatif car la prédominance de bulletins militaires factuels agit comme un « poids mort » qui abaisse artificiellement les moyennes. Cette différence suggère que les titres romands agissent davantage comme une caisse de résonance pour la rhétorique française. Il faut impérativement noter que l’apparente neutralité plus accentuée de la NZZ est probablement causée par un biais de numérisation majeur.
On analyse finalement la priorité éditoriale donnée aux articles qui citent Verdun (fig. 10).

Axe 3 : Les agences de presse
La répartition du corpus (fig. 11) fluctue énormément entre chaque mois, particulièrement à partir de 1917. Dans tous les cas, il y a une claire augmentation du nombre d’articles durant la guerre avec une anomalie au début de 1917. Ces variations s’expliquent par la qualité du corpus disponible sur impresso-project.ch entre les problèmes de l’ocr et les articles manquants sur les périodes. Les caractères des articles des journaux allemands du corpus “agences” sont souvent mal reconnus et le nombre d’articles des journaux sont représentés de manière disproportionnée. Le «Journal de Genève» n’a aucun article à partir de 1917 comprenant les mots-clés des agences de presse. La “Gazette de Lausanne” et “La Liberté” semblent souffrir de moins de problèmes car leur courbes paraissent plus régulières même si on retrouve une baisse en 1919 pour ce dernier.
Pour le “Journal de Genève” et la “Gazette de Lausanne” on peut voir que les courbes de “Havas” et de “Wolff” suivent la même évolution. De par la proximité limitrophe, culturelle et linguistique de la France et de l’Allemagne, il est logique de constater que “Reuter” reste minoritaire avec une légère augmentation durant la guerre. Les journaux allemands sont moins réguliers dans la publication. Le “Freiburger Nachrichten” est inutilisable à cause du faible nombre d’articles. On s’aperçoit d’une diminution importante dans les années 1917 à 1919 pour NZZ. Ceci correspond à une anomalie dans le corpus “agences”. Le même type d’anomalie se retrouve pour “La liberté” en 1919. Le journal de Genève subit le même sort avec des articles s’arrêtant en 1917.
Pour le “journal de Genève” et la “NZZ”, le nombre d’articles provenant de “Havas” dépasse celui de “Wolff”. Un élément d’explication peut être la francophilie du “Journal de Genève”[1]. Il est difficile d’expliquer pourquoi la “NZZ” semble préférer “Havas” à part les défauts du corpus.
Il est surprenant de constater que la “Gazette de Lausanne”, malgré les convictions antigermaniques de son rédacteur[2], ne privilégie pas l’agence française mais présente un mélange des deux agences. Plusieurs hypothèses sont envisageables: “Wolff” pourrait être cité pour être dénigrée ou encore le nom de “Havas” serait omis pour donner une sorte de légitimité à la propagande.
[1] CLAVIEN Alain, Grandeurs et misères de la presse politique Antipodes, Lausanne, 2010, p. 90
[2] CLAVIEN Alain, Grandeurs et misères de la presse politique Antipodes, Lausanne, 2010, p. 91

Sur ces umaps (fig. 12a), chaque agence a une structure similaire, avec différents sujets pour chaque cluster de points (fig. 12b). On discerne un nombre important d’articles de nouvelles suisse de la “NZZ”, ainsi qu’un nombre restreint de ce dernier au niveau du groupe “Front franco-allemand”. Ces ensembles sont explicables par des articles mélangeant des faits divers suisses avec des articles provenant des agences étrangères.
Les nouvelles concernant les batailles navales sont plus citées par les journaux francophones alors que les mers sont dominées par les alliés. Les articles parlant des traités de paix sont favorisés par “La Liberté” et la “Gazette de Lausanne” et datent des années 1917-1919. On peut expliquer cette différence par la francophilie de ces titres et la victoire des alliés. Cette observation correspond aussi avec l’absence du “Journal de Genève” dans ces années (fig. 11). Les journaux “La Gazette de Lausanne” et le “Journal de Genève” semblent favoriser les articles parlant de crises en Allemagne, peu importe l’agence de presse. On retrouve ce biais dans les clusters “Guerre colonies”, les colonies appartenant majoritairement aux alliés, et “Implication américaine” citant les discours de paix du président américain et l’entrée en guerre des États-Unis. Il est intéressant de constater l’absence de cluster concernant les mutineries dans le camp des alliés. Un biais des journaux francophones se dessine.

3. Limites des analyses
Au-delà des contraintes matérielles, l’approche par distant reading présente d’importantes limites face à la subtilité de la propagande de l’époque. D’abord, l’analyse de la subjectivité par TextBlob se limite au niveau lexical, créant une “illusion d’objectivité” où un communiqué militaire peut s’avérer formellement neutre tout en constituant une manipulation structurelle par omission ou sélection de faits. Ensuite, la projection sémantique par UMAP cartographie la cooccurrence des mots mais ignore l’intention critique ou l’ironie. Enfin, ces modèles globaux tendent à aplatir la polysémie de termes comme « Verdun » en écrasant les nuances entre contextes militaires, cinématographiques ou nécrologiques. S’ils mesurent efficacement le volume d’un flux médiatique, ils rendent le retour ponctuel au close reading indispensable pour l’analyse historique.
Conclusion
À travers l’analyse de ce travail et de ses trois axes de recherche, nous avons pu mettre en évidence, dans une certaine mesure, la complexité du paysage médiatique suisse durant la Première Guerre mondiale ainsi que les tensions qui traversent la Suisse, pourtant officiellement neutre. À travers l’étude de nos questions de recherche, ce travail montre ainsi que la presse suisse des années de la Grande Guerre ne constitue pas un espace homogène, mais reflète des sensibilités politiques et culturelles différentes. Les résultats obtenus soulignent également l’importance de la propagande étrangère et le rôle central des journaux et des agences de presse dans la circulation et la construction de l’information. Ces constats invitent à prolonger la réflexion au-delà du cadre de cette étude. Une analyse qualitative plus approfondie permettrait de confirmer et de nuancer les tendances dégagées par le distant reading. De même, l’élargissement du corpus aux années suivantes offrirait un éclairage précieux sur la persistance ou le dépassement de ces clivages après l’armistice.
Bibliographie
Littérature secondaire
Ouvrages
BOLLINGER Ernst, La presse suisse : les faits et les opinions, Payot, Lausanne, 1986.
CLAVIEN Alain, Grandeurs et misères de la presse politique Antipodes, Lausanne, 2010.
CLAVIEN Alain, La presse romande, Antipodes, Lausanne, 2017.
CLAVIEN Alain, dans 14 / 18 : la Suisse et la Grande Guerre, chapitre 5 : « Les intellectuels suisses et la Grande Guerre. Un engagement vigoureux », Livreo-Alphil, Neuchâtel, 2019.
ELSIG Alexandre, Les schrapnels du mensonge : la Suisse face à la propagande allemande de la Grande Guerre, Antipodes, Lausanne, ch. 5 et ch. 6, pp. 207-268.
NETZ Robert, Histoire de la censure dans l’édition, Presses Universitaires de France, Paris, 1997.
PROST Antoine, KRUMEICH Gerd, Verdun 1916 : une histoire-franco-allemande de la bataille, Tallandier, Paris, 2015.
STOECKLI Fritz, L’affaire des colonels 1915-1916 : révélations des archives, Slatkine, Genève, 2020.
WAGNIÈRE Georges, La Suisse et la grande guerre : notes et souvenirs, Payot, Lausanne, 1938.
VUILLEUMIER Christophe, La Suisse et la guerre de 1914-1918, Slatkine, Genève, 2014.
Articles
ELSIG Alexandre, ERISMANN Peter, « Sous le feu des propagandes : la Suisse face à la Première Guerre mondiale » Bibliothèque nationale suisse, 2014, pp. 7-44.
ELSIG Alexandre, « Un ‘laboratoire de choix’ ? La place de la Suisse dans le dispositif européen de la propagande allemande (1914-1918) » in Revue suisse d’histoire, 2018, pp. 382-404.
GEX Nicolas, « Comment diffuser sa vérité ? » in Classiques Garnier, No. 2, 2015, pp. 15-50.
WOLFF Jaques, « Structure, fonctionnement et évolution du marché international des nouvelles. Les agences de presse de 1835 à 1934 » in Sciences Po University Press, Vol. 42 (3), 1991, pp. 575-601.
