Years Without Winter: Vectors of subjectification in climate activism movements in Italy and the UK (2019-2023)

justice climatique

Que sont devenus les activistes qui sont descendus dans la rue pour le climat en 2019 ? À partir de cette question simple, cette thèse enquête sur les trajectoires des subjectivations politiques enflamées par les grandes mobilisations pour la justice climatique de 2018-2019, alors qu’elles traversaient les multiples crises qui ont depuis redéfini le paysage européen : pandémie, guerre, urgence énergétique, crise du coût de la vie. J’appelle cette conjoncture les « années sans hiver », un temps où les crises s’accumulent, où les rythmes de la protestation ne suivent plus de cycles, mais où l’impératif d’agir face à l’effondrement climatique et social ne cesse de s’intensifier.

Fondée sur une enquête ethnographique hybride et multi-située de plusieurs années entre l’Italie et le Royaume-Uni, la thèse montre que les énergies militantes de 2019 se sont recomposées autour de trois grandes tendances, à la fois pratiques et imaginaires : le soin(care), le sacrifice, et la convergence éco-sociale. Ces trois forces, souvent en tension, transforment les mouvements de l’intérieur et façonnent les manières de militer, de s’organiser et de se projeter dans l’avenir.

Dès ses débuts, Extinction Rebellion a maintenu ensemble, dans un équilibre précaire, deux tendances qui allaient ensuite se séparer : le soin et le sacrifice. Le soin s’incarnait dans la culture régénérative du mouvement, nourrissant les activistes engagés et les imaginaires tournés vers l’avenir. Le sacrifice s’exprimait dans la pratique de la désobéissance civile de masse et dans l’acceptation de l’arrestation comme conséquence assumée. La pandémie de Covid-19 a brisé cet équilibre, en raison de la perte de la participation massive. D’un côté, le soin s’est enraciné dans les groupes locaux, mais s’est éloigné de l’action directe. De l’autre côté, le sacrifice a été radicalisé par les campagnes du réseau A22 (Just Stop Oil au Royaume-Uni, Ultima Generazione en Italie), issues d’Extinction Rebellion, qui ont misé sur l’exposition médiatique de leurs corps et sur l’acceptation d’une répression légale croissante pour relier l’urgence morale individuelle à l’échelle planétaire. Une troisième voie, la convergence éco-sociale, a trouvé son expression la plus intense dans l’occupation de l’usine ex-GKN à Florence, mais s’est également matérialisée dans des campagnes alliant justice climatique et justice sociale au Royaume-Uni et ailleurs en Europe, esquissant ainsi un nouvel internationalisme.

Ces trois tendances dessinent une subjectivité politique fragmentée, mais interconnectée. Le soin sans sacrifice risque de perdre le sens de l’urgence ; le sacrifice sans soin use les liens fragiles de la communauté et du lieu ; la convergence éco-sociale, enfin, tout en offrant un horizon prometteur, reste étroitement dépendante des rapports de force et des fenêtres politiques. La thèse montre que ces forces ne coexistent pas simplement : elles bifurquent, entrent en concurrence et se recomposent, au sein des organisations comme dans les trajectoires individuelles.

Les contributions de cette recherche sont à la fois empiriques et théoriques. Sur le plan empirique, elle offre une ethnographie au long cours des mouvements climatiques après 2019 dans deux pays européens, en retraçant leurs mutations à travers les crises successives. Sur le plan théorique, elle mobilise la pensée du militant et psychanalyste Félix Guattari afin de proposer une approche géographique de la subjectivité militante, attentive aux liens entre corps, lieux, médias et imaginaires, et de contribuer ainsi aux débats actuels sur les échelles et les spatialités de l’activisme.


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