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La gouvernance de la montagne peu aménagée à l’épreuve de la transition touristique. Une approche par les cabanes / refuges alpins

cabane tourche

Cette thèse analyse les transformations de la gouvernance de la montagne peu aménagée à partir des cabanes / refuges alpins. Elle s’inscrit dans un contexte de rééquilibrage depuis la montagne aménagée vers la montagne peu aménagée, lié aux transformations du tourisme en montagne sous l’effet du changement climatique et à la diversification des pratiques et des publics.

Pour comprendre la gouvernance de la montagne peu aménagée, la thèse adopte une démarche inductive et de co-construction du savoir via le projet HutObsTour « Les refuges comme observatoires de la transition touristique » financé par le Fonds National Suisse et l’Agence Nationale de la Recherche. Elle mobilise une méthode qualitative et collaborative menée dans 25 refuges situés dans six vallées alpines en France et en Suisse. Elle met ainsi en évidence l’existence d’un « système refuge », compris comme un ensemble d’acteurs interconnectés (gardiens, associations, communes, bénévoles, guides, offices de tourisme, etc.), dont les interactions conditionnent le fonctionnement quotidien des refuges et leur capacité à faire face aux transformations environnementales et touristiques.

À partir de ce système refuge, la thèse montre que la montagne peu aménagée se caractérise par une gouvernance informelle et flexible, fondée sur des arrangements locaux et des coordinations interpersonnelles, qui peuvent contribuer à créer ou transformer des instruments d’action publique. Analysée à travers le concept de soft space, cette gouvernance reflète la souplesse d’un territoire aux contours non délimités, offrant une forte réactivité face aux aléas tout en révélant des fragilités structurelles.

Face à l’accélération de la transition touristique et aux incertitudes qu’elle génère, la gouvernance de la montagne peu aménagée se transforme. La thèse met en évidence des recompositions spatiales des pratiques sportives, marquées par des dynamiques différenciées de concentration et de dispersion. Ces évolutions attirent l’attention des acteurs sur des espaces historiquement en marge et favorisent une hybridation progressive des formes de gouvernance. Certains espaces initialement faiblement régulés adoptent des caractéristiques proches de la montagne aménagée, avec la diminution de l’informalité qui prévalait jusqu’alors. La transition touristique apparaît ainsi comme un processus différencié, rigidifiant localement la gouvernance et standardisant certaines expériences touristiques ainsi que les refuges, tout en laissant subsister des zones en retrait de ces dynamiques.

Sur le plan théorique, cette thèse contribue à la géographie des transitions en proposant une lecture à travers l’espace et la politique de la perspective multi-niveaux de Geels (2002). Ce faisant, elle met en évidence des dynamiques d’hybridation entre marges et centres et souligne le rôle structurant de l’espace dans les transitions, tant dans sa capacité à façonner ces dynamiques que dans sa reconfiguration par elles.


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