Géoblog

Le blog scientifique vulgarisé de la Faculté des géosciences et de l'environnement

ENGAGE4Sundarbans : Résilience sociale dans les Sundarbans – Inde et Bangladesh

sundarbans

Par Emilie Crémin, docteur en géographie

Ce projet, mis en œuvre par l’Unil, ULAB, la Fondation SAJIDA, l’IIT Kharagpur et SJSM, d’une durée de trois ans a débuté le 1er mai 2023 et se terminera en mai 2026.

Financement : Programme de recherche orientée solutions pour le développement (SOR4D), Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), Direction du développement et de la coopération (DDC).

Les habitants de la zone côtière et deltaïque des Sundarbans, soumise aux marées et aux dynamiques fluviales du delta du Gange-Brahmapoutre-Meghna, adjacente à la mangrove des Sundarbans en Inde et au Bangladesh, sont fortement exposés à de multiples aléas, notamment aux cyclones, à la salinisation et à la marginalisation socio-économique.

Les habitants du delta, exposés aux aléas, ont su développer des mécanismes de résilience locaux grâce à la connaissance des dynamiques géophysiques et à leurs savoirs écologiques locaux et situés. Toutefois, la défaillance des systèmes de protection contre les crues aménagés par l’État, les tensions politiques et la pression du marché remettent régulièrement en question leurs modes de subsistance (livelihoods). 

Le projet « Résilience sociale dans les Sundarbans » vise à soutenir des pratiques d’adaptation contextualisées afin de renforcer la résilience sociale. Ce soutien passe par le codéveloppement de solutions d’adaptation socio-écologique. 

Principales questions de recherche

  • Dans un contexte transfrontalier, comment la zone côtière et deltaïque des Sundarbans est-elle perçue comme un « paysage de risques  » ? Quels sont les facteurs de risque identifiés par les différents groupes d’acteurs et par les individus habitant le delta ? L’analyse des perceptions se fonde sur une compréhension de la positionnalité d’acteurs multiples, de statut (agents de l’État, des ONG, des élus), mais aussi des individus d’âge, de caste, de classe, de genre, d’origine ethnique et de religion très variés. 
  • Dans quelle mesure la co-conception et la co-mise en œuvre d’un large éventail de pratiques d’adaptation contextualisées, développées dans le temps et l’espace, et ancrées dans les réalités vécues et les systèmes de croyances culturels du delta  peuvent-elles permettre d’assurer une réduction des risques de catastrophe dans le delta? 
  • Comment des stratégies transdisciplinaires de coproduction et de mise en œuvre des connaissances, avec des solutions à fort impact à court, moyen et long terme, dans le cadre d’une gouvernance interactive et adaptative (transfrontalière) permettraient-elles de renforcer la résilience sociale ?

Approche et méthodologie systémiques

Notre approche systémique repose sur une méthodologie en deux étapes : 

Des explorations historiques et ethnographiques

L’équipe de recherche utilise un ensemble de méthodes complémentaires, multimodales, participatives et interactives pour mettre en œuvre cette méthodologie en deux étapes. 

Dans un premier temps, l’équipe de recherche, composée de chercheurs en histoire (IIT Kharagpur, ULAB, Unil), a revu, à partir d’archives, l’histoire environnementale du delta pour comprendre l’évolution des différents points de vue et des interprétations du « paysage des risques » des Sundarbans, tels qu’ils sont présentés par les acteurs étatiques et non gouvernementaux ainsi que par divers membres des communautés locales depuis le XVIIIe siècle. Des approches historiques (lecture et analyse d’archives, techniques d’histoire orale, exercices de cartographie de la mémoire) permettent d’explorer qualitativement les risques climatiques et les réponses des communautés en matière de moyens de subsistance dans le delta et dans la zone d’étude spécifique. 

Simultanément, les géographes du projet ont élaboré une cartographie des risques climatiques et des impacts des catastrophes sur les territoires habités des Sundarbans, en localisant les aménagements de l’État. 

Des cartes participatives visent à retranscrire, sur la carte, les perceptions de l’espace des différents acteurs (ingénieurs, ONG et habitants). Des SIG participatifs et des transects pédestres ont permis de recueillir des informations à l’échelle locale sur les ressources existantes et les infrastructures socio-écologiques. 

Les études ethnographiques, s’appuyant sur des méthodes conventionnelles (discussions de groupe, études de cas, entretiens avec des informateurs clés, etc.) et participatives (conversations informelles sur le terrain, ateliers de terrain multipartites, cartographie participative des systèmes, etc.), ainsi que sur des méthodes innovantes et visuelles (études de cas, récits ethno-visuels sous forme de reportages photos, vidéographie participative, etc.), permettent aux équipes de projet de cartographier et de documenter les stratégies d’adaptation situées. Elles identifient ainsi un ensemble de dispositifs institutionnels, d’ajustements et de traditions socioculturelles qui façonnent ces pratiques et évoluent au fil du temps.

L’équipe a également mené une enquête auprès des ménages des deux zones d’étude. Cette enquête a permis de questionner un échantillon de 350 ménages par polder. L’enquête a été menée par les membres de la coopérative créée dans le cadre du projet. Les enquêteurs ont été formés par l’équipe de chercheurs et ont partagé leur expérience dans une chronique documentaire filmée, sous la forme du récit populaire appelé “Pala gan”, à visionner sur le site web du projet

Des expérimentations pilotes (pisciculture continentale et agriculture intégrée) sur les sites du projet translocal

Alors que l’approche conventionnelle de l’adaptation aux dynamiques hydrologiques a longtemps reposé sur le développement de polders, des solutions techniques d’ingénierie et la relocalisation encadrée des communautés, notre équipe propose de mener des expérimentations en « laboratoire vivant et réel » qui s’appuient sur les pratiques d’adaptation contextualisées existantes afin de renforcer la résilience sociale, de réduire les multiples risques et de proposer des alternatives à l’exode rural.

En appuyant deux communautés du delta, l’une en Inde, l’autre au Bangladesh, l’équipe transdisciplinaire a ainsi proposé de mener des expérimentations de pêche dans les canaux et d’agriculture intégrée dans les polders. La démarche vise à stimuler des mécanismes d’adaptation contextualisés afin de renforcer la résilience sociale dans et autour du delta. Cette approche favorise la participation et la mobilisation de multiples acteurs, avec des retombées durables pour les Sundarbans transfrontalières.

Le projet repose sur un engagement transdisciplinaire, qui implique chercheures, ONG locales, agents des administrations publiques, élus, habitants, pour concevoir des stratégies à fort impact et définir des interventions de (post)développement sur le terrain, et ainsi libérer des possibilités d’apprentissage croisé issues d’échanges bilatéraux transfrontaliers dans les Sundarbans.

Contributeurs

  • Indian Institute of Technology, Kharagpur: Mukherjee Jenia, Souradip Pathak, Swarnadeep Bhattacharya, Shreyashi Bhattacharya
  • University of Liberal Arts Bangladesh (ULAB): Selim Samiya, MD Faisal Imran, Atia Faieruz, sawda Yeasmin,
  • SAJIDA foundation: Nurul Islam Biplob
  • SJSM: Tapas Mondal, Debjyoti Mandal, Ujjala Barman, Tapan Mondal, Samaresh Mandal
  • IGD Unil: Véron René [web] [email], Cremin Emilie [web] [email]

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *