
Thèse en géographie, soutenue le 23 janvier 2026 par Romain Loup, rattaché à l’Institut de géographie et durabilité (IGD) de la FGSE.
Cette thèse explore la manière dont les distances – qu’elles soient géographiques, politiques, économiques, linguistiques ou culturelles – façonnent le territoire suisse. Elle s’inscrit dans le champ de la géographie quantitative, une approche qui combine outils statistiques, analyse spatiale et cartographie pour mieux comprendre les relations entre lieux à partir de données existantes.
Plutôt que de collecter de nouvelles informations, ce travail cherche à faire parler les données déjà disponibles : résultats de votations fédérales, revenus fiscaux, réseaux de transport ou encore noms des communes. Ces données, souvent considérées séparément, sont ici mises en dialogue pour révéler les structures cachées du territoire.
Le premier article de cette thèse, qui en compte cinq, porte sur les transports publics lausannois. À partir de comptages partiels, il propose une méthode originale pour reconstituer les flux de passagers à travers le réseau, en identifiant les trajectoires probables entre arrêts. Cette démarche illustre la logique empirique du travail : partir des données réelles pour comprendre les logiques de mouvement et d’organisation. Les contributions suivantes se concentrent sur la politique suisse, à partir de plus de cinquante ans de votations fédérales. Elles montrent comment les distances entre communes ne sont pas seulement physiques, mais aussi idéologiques et culturelles : les langues, la taille des communes ou leur position urbaine ou rurale influencent fortement les comportements de vote. L’analyse relie également les inégalités économiques et les préférences politiques, en mobilisant une méthode issue du transport optimal qui permet de comparer les distributions de revenus entre territoires. Une autre étude s’intéresse à la votation de 2024 sur l’extension des autoroutes : elle met en évidence des clivages régionaux, linguistiques et socio-économiques autour d’un enjeu concret de mobilité et d’aménagement. Enfin, la dernière contribution ouvre une perspective plus culturelle, en étudiant la géographie des noms de communes. L’analyse des toponymes révèle des proximités linguistiques et historiques qui traversent encore aujourd’hui les frontières cantonales.
À travers ces études, un fil conducteur émerge : rendre visible des structures cachées. La thèse montre que l’on peut, à partir de données existantes, reconstruire les liens et les oppositions qui structurent le pays, en combinant rigueur quantitative et regard géographique. Les cartes produites au fil du travail offrent une lecture renouvelée du territoire suisse : elles donnent à voir les multiples façons dont les lieux se relient, se différencient et forment un ensemble à la fois complexe, cohérent et profondément humain.