Just Another Brick in the Wall? A Status-Based Multi-Method Approach to Youth Political (Dis)Engagement
Après un Bachelor en science politique et un Master en sciences sociales à l’Université de Lausanne, Vanessa Juarez Bernaldez a réalisé une thèse de doctorat en psychologie sociale sous la direction du Prof. Christian Staerklé (Institut de psychologie, UNIL). Soutenue en février 2026, sa recherche s’intéresse aux liens entre inégalités sociales, reconnaissance et engagement politique des jeunes. À travers une approche combinant méthodes qualitatives, quantitatives et participatives, elle examine la manière dont les jeunes construisent leur rapport au politique et les conditions favorisant leur engagement.
Les jeunes sont souvent présentés dans les médias et les discours politiques comme désintéressés par la politique conventionnelle et davantage attirés par des formes de participation qui se déroulent en dehors des institutions politiques traditionnelles. Pourtant, les recherches montrent régulièrement que nombre d’entre eux se préoccupent des enjeux collectifs et développent différentes formes d’engagement. Cette apparente contradiction invite à repenser la manière dont nous comprenons le rapport des jeunes à la politique.
Cette thèse propose d’aborder cette question à partir d’une perspective de psychologie sociale sociétale. Plus précisément, elle examine comment les jeunes construisent et négocient les représentations sociales du « politique » dans un contexte marqué par les inégalités sociales et éducatives. Elle s’intéresse en particulier à la manière dont les positions sociales et éducatives façonnent le sentiment d’être reconnu mais aussi de se reconnaître soi-même comme un acteur ou une actrice politique légitime. L’hypothèse générale est que le désengagement politique ne peut être compris uniquement comme un déficit individuel de connaissances ou de compétences, mais qu’il est également le produit de rapports sociaux, de mécanismes de reconnaissance et de sentiments de légitimité à participer aux processus politiques.
Pour explorer cette question, la recherche mobilise une approche multi-méthodes associant études qualitatives, quantitatives et participatives auprès de jeunes en formation professionnelle en Suisse romande. Cette combinaison méthodologique permet d’appréhender simultanément les significations que les jeunes attribuent à la politique, les mécanismes psychologiques qui sous-tendent leur engagement et les contextes sociaux dans lesquels celui-ci se construit.
Les travaux mettent en évidence l’importance des représentations sociales du politique. Pour une partie des participant·es, la politique apparaît comme un univers éloigné, réservé à certaines catégories de citoyen·nes disposant des ressources et des compétences reconnues comme légitimes. Ces représentations nourrissent le sentiment que la politique n’est pas pour des jeunes « comme eux », limitant à la fois leur perception de leur capacité à avoir un impact sur les décisions politiques et la place qu’elles et ils s’autorisent à occuper dans l’espace public. Elles montrent ainsi que les inégalités de participation sont aussi liées à des rapports de statut et à des expériences différenciées de reconnaissance et de légitimité politique.
La thèse s’intéresse également aux moyens de renforcer l’engagement politique des jeunes. Dans cette perspective, une intervention participative fondée sur une simulation politique de type jeu de rôle a été développée et évaluée. Cette activité invite les participant·es à se mettre dans la peau de politicien·nes confronté·es à des enjeux de décision collective. Fondée sur une approche expérientielle, dans laquelle les participant·es sont activement impliqué·es dans le processus d’apprentissage, elle leur permet d’expérimenter concrètement les mécanismes de la délibération démocratique. Les résultats montrent que cette expérience contribue à renforcer le sentiment de compétence politique, favorise la prise de perspective, et stimule la participation aux débats.
En conclusion, la thèse montre que comprendre le rapport des jeunes à la politique nécessite de dépasser les explications centrées sur les déficits individuels. L’engagement comme le désengagement prennent sens dans des contextes sociaux où se jouent la reconnaissance, la légitimité et l’appartenance. Favoriser la participation politique des jeunes suppose dès lors non seulement de développer leurs connaissances et leurs compétences, mais aussi de créer des espaces dans lesquels elles et ils peuvent se reconnaître et être reconnu·es comme des acteurs et actrices politiques légitimes.
