Une mémoire générationnelle à l’épreuve du numérique. Le cas de la Fête des Vignerons
Titulaire d’un master en muséologie, Tatiana Smirnova a réalisé une thèse de doctorat en sciences sociales à l’Université de Lausanne, soutenue le 27 février 2026, sous la direction du Professeur honoraire Dominique Vinck et la codirection de M. Olivier Glassey. Son parcours académique se déploie à l’Université de Lausanne après une formation en Russie consacrée aux musées commémoratifs et aux technologies numériques, suivie d’un pré-doctorat en sciences sociales à l’UNIL portant sur les interactions sociotechniques dans une exposition muséale numérique (Montreux Digital Heritage Lab). Chercheuse FNS et bénéficiaire d’une bourse doctorale de la Société Académique Vaudoise, ses travaux s’inscrivent dans le champ des science and technology studies (STS), appliquées aux dispositifs de médiation culturelle et aux transformations des pratiques de mémoire. Co-responsable du STS Lab (2021–2025), elle a contribué à la coordination scientifique et institutionnelle de l’unité. Des projets menés avec la Ville de Morges dans les domaines de l’intégration, de la médiation culturelle et de la mémoire collective viennent compléter ce parcours, articulant recherche académique et intervention socioculturelle.
Cette thèse interroge les transformations contemporaines des pratiques mémorielles à travers l’étude d’un cas emblématique : la Fête des Vignerons, manifestation patrimoniale inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, qui se tient environ tous les vingt à vingt-cinq ans à Vevey, en Suisse. Mobilisant une approche interdisciplinaire croisant sociologie de la mémoire, études des médias numériques, STS et analyse des dispositifs patrimoniaux, cette recherche explore comment les plateformes numériques (notamment Facebook, Instagram, YouTube et notreHistoire.ch) transforment les modalités de construction, de transmission et de reconnaissance des souvenirs festifs.
À partir d’un terrain ethnographique hybride, combinant observation participante sur site et en ligne, la thèse identifie plusieurs régimes mémoriels propres aux environnements connectés. Ces régimes révèlent des tensions entre mémoire spontanée et patrimonialisation, entre visibilité algorithmique et effacement silencieux, entre transmission familiale et circulation fragmentée des traces. L’étude met également en lumière les inégalités d’accès, les reconfigurations intergénérationnelles et la fragilité des supports numériques. Parallèlement, elle contribue à la constitution d’une archive de recherche dédié à la Fête des Vignerons, rassemblant et organisant les traces collectées sur les plateformes numériques.
En proposant une typologie des régimes mémoriels en ligne et en articulant les observations empiriques à une réflexion théorique sur la mémoire comme processus sociotechnique et relationnel, cette recherche montre que la mémoire festive numérique ne constitue pas une simple extension des pratiques traditionnelles. Elle se présente plutôt comme un processus distribué et évolutif, marqué par des dynamiques de participation, d’appropriation et de reconfiguration. Ce faisant, la thèse invite à repenser les notions de mémoire, de patrimoine, de continuité et de reconnaissance collective à l’ère des plateformes numériques.
