Des gens en chemin: des décisions vocationnelles pour transformer les sociétés vers la durabilité forte.
Après une première carrière de dix ans comme laborantine en chimie dans le secteur pharmaceutique, Sabrina Tacchini choisit de se réorienter. Elle obtient un bachelor puis un master en psychologie, avec une spécialisation en psychologie de l’orientation à l’UNIL. Elle exerce ensuite pendant dix ans le métier de conseillère en orientation auprès d’un public adulte. Marquée par les enjeux contemporains, elle s’intéresse de près aux transitions socioécologiques et à la manière dont les choix professionnels peuvent y contribuer. Elle co-développe ainsi une méthode d’orientation novatrice, visant à aligner les projets de vie et de travail avec le respect des limites écologiques.
Portée par son expérience de terrain, elle retourne à l’UNIL en 2021 pour y mener des travaux de recherche doctorale. Sa thèse explore une double dynamique : l’intégration des thématiques socioécologiques dans les trajectoires individuelles et collectives, et l’appropriation de la durabilité par le champ de l’orientation (concepts, cadres théoriques et pratiques de terrain). Elle soutient sa thèse en juin 2026, sous la direction du Professeur Jérôme Rossier (Institut de psychologie).
Le champ de l’orientation est constamment pris en tension entre les possibilités et les rêves des individus qu’il accompagne et des offres professionnelles et de formations disponibles en contexte. Les transformations socioécologiques nécessaires viennent aujourd’hui complexifier les multiples réalités à prendre en compte lors de conseils en orientation.
Dans ces travaux de thèse, nous avons considéré le champ de l’orientation comme un acteur essentiel permettant d’accompagner les personnes de nos sociétés aux économies riches vers la transformation des modes de vie et de travail vers quelque chose de plus soutenable.
Dans les deux premiers chapitres, nous avons cherché à appréhender, au travers d’une lecture historique, les différents défis et finalités de l’orientation qui se sont succédés jusqu’à aujourd’hui. Lors du deuxième chapitre, pour répondre à la croissance des dégâts environnementaux et au creusement des inégalités sociales, nous avons plus particulièrement évalué la théorie du donut de l’économiste Kate Raworth, comme un soutien aux modèles d’orientation permettant de s’emparer des défis du XXI e siècle. Nous avons proposé un récit alternatif, quelques pistes pour déconstruire les discours dominants autour de la carrière (sens du travail, performance, compétition, etc.) et esquissé un catalogue d’activités alternatives afin de proposer aux bénéficiaires de l’orientation une palette plus large de possibilités en regard des défis contemporains.
Lors du troisième chapitre, les lecteur·ices pourront apprécier concrètement, à l’aide d’un outil d’orientation, comment penser les défis et les enjeux du XXIe siècle et les intégrer dans leurs trajectoires professionnelles. En effet, « mes rôles pour demain » a été présenté dans cette thèse pour exemplifier une intervention qui tient compte des limites écologiques tout autant que des dimensions sociales. Ce jeu d’orientation a été initialement publié avec la psychologue Aline Mueller-Guidetti dans un ouvrage appelé « S’orienter pour LA vie ».
Place aux enquêtes de terrain, avec trois travaux originaux. La première étude s’est attelée, au travers d’entretiens collectifs, à comprendre comment les personnes intègrent les enjeux socioécologiques dans leur parcours. Mais encore, sur quels facteurs, ces personnes prennent leurs décisions et comment cela se matérialise concrètement autour de cinq parcours.
Les praticien·nes en orientation peuvent aussi être considéré.es en chemin pour intégrer les enjeux socioenvironnementaux dans leur pratiques quotidiennes. Lors de cette deuxième recherche, menée conjointement en Suisse et en République Tchèque auprès de praticien·nes en orientation, nous avons cherché à comprendre comment ils et elles perçoivent les transformations du monde du travail et de leur métier et comment ils et elles se positionnent et agissent au regard de ces transformations.
Pour terminer, une troisième recherche quantitative sur un grand échantillon de réponses de personnes de Suisse romande, nous avons cherché à comprendre des liens possibles d’entrainement vertueux entre des comportements pro-environnementaux adoptés dans la sphère privée et ceux adoptés dans la sphère professionnelle. Cette troisième recherche s’est aussi intéressée aux effets modérateurs de l’activisme (comportement pro-environnemental sur la sphère publique) et de la relation à la nature (compris comme comportement pro-écologique et identité écologique).
En conclusion de cette thèse, une double lecture des résultats est envisagée en parallèle. Une lecture avec un angle sociologique avec la théorie sociale émancipatrice et une lecture psychologique constructiviste avec le cadre « Se faire Soi » enrichi pour les besoins de la thématique en « Se faire Nous ». Cette double lecture permet d’observer les stratégies, les voies et les manières de choisir adoptées par les gens qui intègrent les limites écologiques à leurs trajectoires professionnelles. Cela permet également de proposer des interventions et des perspectives de recherches futures au champ de l’orientation pour s’engager encore davantage dans cette nécessaire transformation des pratiques.
