Portraits croisés : une expérience doctorale entre Lausanne et Swansea

Dans le cadre du projet Doctorate in Sport Ethics and Integrity (DAiSI), financé par le programme MSCA Doctoral Network et initié par Fabien Ohl, professeur à l’Institut des sciences du sport, Nita Gjikolli et Harry Grimes réalisent leur doctorat en cotutelle entre l’Université de Swansea au Pays de Galles et l’Université de Lausanne. Une collaboration internationale au croisement de l’éthique, de l’intégrité et du sport. Rencontre.

harry grimes nita gjikolli
Nita Gjikolli et Harry Grimes, docotrant·es

Pouvez-vous brièvement présenter la thèse que vous menez dans le cadre de votre cotutelle ?

Nita Gjikolli (NG) : Ma thèse porte sur la violence interpersonnelle à l’égard des athlètes dans le sport ainsi que sur les mesures visant à prévenir et à lutter contre ce type de violence (« sport safeguarding ») du point de vue d’un pays en développement sortant d’un conflit. Elle propose à la fois une analyse au niveau individuel de l’ampleur de la violence interpersonnelle et des facteurs qui y sont associés, ainsi qu’une analyse au niveau organisationnel de la manière dont la protection des athlètes est conceptualisée, développée et mise en œuvre par les instances sportives nationales.

Harry Grimes (HG) : Je travaille sur les questions de confiance, particulièrement dans le système antidopage. À plusieurs égards, ce système repose sur la confiance : si les athlètes n’ont pas confiance dans son bon fonctionnement, ils·elles pourraient être davantage susceptibles de se doper. En même temps, si les organisations accordent trop de confiance aux athlètes, les nombreux tests et contrôles visant à garantir l’intégrité du sport ne seraient plus nécessaires. Je cherche donc à mieux comprendre les mécanismes de cette confiance : quels sont les effets de la confiance et de la méfiance ? Comment la confiance se construit et se maintient ? Quels types de confiance sont importants ?

Qu’est-ce qui vous a motivé·e à réaliser une cotutelle dans le cadre du projet Doctorate in Sport Ethics and Integrity (DAiSI), financé par le programme MSCA Doctoral Network ?

NG : J’ai vraiment apprécié la rédaction de mon mémoire de master, qui explorait certains liens entre la lutte contre le dopage et la protection des athlètes dans le sport. Ainsi, lorsque l’opportunité de rejoindre DAiSI s’est présentée, j’ai immédiatement su que je devais la saisir, car elle me permettrait de me plonger pleinement dans la littérature scientifique consacrée à la protection des athlètes dans le sport et d’approfondir davantage ma curiosité à ce sujet.

HG : Cette motivation fait suite à mon master, le MAiSI, que Nita a également suivi. Ce programme m’a permis de découvrir différents problèmes éthiques dans le sport, comme le dopage, la corruption ou les questions de genre. Il m’a aussi donné l’occasion de voyager et d’étudier dans cinq universités européennes. A la fin de mon master, le projet DaiSI a été créé afin de continuer à former des expert·es en éthique du sport. Dix-sept sujets de recherche étaient proposés et, pour moi, ce projet était une très belle opportunité : il s’inscrivait dans la continuité de mon mémoire de master, se déroulait dans deux lieux incroyables et me permettait de travailler avec deux directeur·rices très prestigieux, à savoir Fabien Ohl à l’UNIL et Katrina Pritchard à l’Université de Swansea. Le fait de parler déjà un peu le français était également un atout, d’autant plus que j’avais toujours rêvé de maîtriser cette langue.

Comment vivez-vous le fait de travailler entre deux universités et avec deux directeur·rices de thèse ?

NG : Assez facilement, notamment en ce qui concerne l’encadrement. Bien que mes directeurs de thèse aient des parcours de recherche différents, ils ont trouvé dès le début un langage commun autour de mon projet. Le programme conjoint demande toutefois davantage d’efforts sur le plan administratif, car je dois répondre aux exigences des deux universités ainsi qu’à celles de mon partenaire industriel, IOC Safe Sport Unit.

HG : Pour moi, il n’y a que des aspects positifs. Mes directeur·trices de thèse sont à la fois sympathiques et bienveillants, tout en ayant des connaissances très vastes et variées. Au sein de notre équipe, il y a également un véritable mélange d’intérêts et d’expertises, qui permet de faire émerger des perspectives différentes. De plus, j’ai effectué mon bachelor à l’Université de Swansea, j’ai donc beaucoup d’ami·es et de bons souvenirs là-bas. C’était un réel plaisir d’y retourner et de pouvoir continuer à collaborer avec certain·es des universitaires qui y travaillent, comme Luke Cox, Andrew Bloodworth et le professeur Mike McNamee.

Qu’est-ce que cette expérience de cotutelle vous apporte, et quels principaux défis en retenez-vous jusqu’ici ?

NG : Ce que j’apprécie particulièrement dans DAiSI, c’est l’accent mis sur le développement de compétences qui vont au-delà du seul milieu académique. Le travail avec des organisations sportives, la rédaction de livrables pour l’Union Européenne, tels que des rapports, des recommandations et des notes d’orientation, la présentation de nos recherches à des publics académiques et non académiques, ainsi que les échanges et les événements avec des professionnel·les, nous ont permis d’acquérir une expérience précieuse dans la collaboration avec différents acteur·trices et dans la transformation des résultats de la recherche en productions concrètes. La dimension internationale et interdisciplinaire du programme nous a également permis de découvrir différentes perspectives et façons de travailler dans le domaine du sport. Le principal défi a été de concilier toutes ces activités avec la réalisation d’une recherche scientifique originale dans un délai de trois ans. Cela a demandé de l’organisation, de la flexibilité et de l’énergie, mais je pense que c’est aussi ce qui fait toute la valeur de DAiSI.

HG : Cette expérience m’a appris qu’il y a toujours plusieurs façons d’aborder la recherche. J’ai suivi un programme de master qui était axé sur la philosophie et particulièrement sur l’éthique, mais en travaillant avec deux sociologues de renom, j’ai vraiment dû apprendre une manière de penser différente. Quant aux défis, ils restent relativement rares, même s’il peut évidemment y avoir de petits désaccords, notamment sur des questions de méthodologie ou d’analyse. Heureusement, mes directeur·trices de thèse sont très doué·es pour nous aider à trouver un compromis. Et, au final, ce compris est souvent meilleur que ce que nous aurions pu trouver chacun·e de notre côté.