Calculation at your fingertips: the role of finger counting on 4- to 8-year-old children’s numerical skills – a longitudinal and interventional approach
Ayant effectué son Bachelor et son Master en psychologie à l’Université de Lausanne, Marie Krenger entreprend un doctorat consacré au rôle du calcul sur les doigts dans le développement des compétences numériques chez l’enfant sous la supervision de la Prof. Catherine Thevenot (Institut de psychologie). Au cours de son parcours doctoral, elle obtient une bourse Mobi.Doc qui lui permet d’effectuer un séjour de recherche de six mois à l’Université de Surrey, en Angleterre.
Bien que le calcul sur les doigts constitue l’une des premières stratégies mobilisées par les enfants lorsqu’ils apprennent à calculer et que cette pratique soit très répandue, son rôle dans le développement des compétences numériques fait débat. Les travaux de Marie Krenger apportent un nouvel éclairage sur les liens entre l’utilisation des doigts et le développement de la connaissance des nombres et de l’addition chez l’enfant.
S’intéressant tout d’abord aux attitudes des enseignant·es à l’égard du calcul sur les doigts, deux études menées par questionnaire montrent que cette pratique est généralement perçue comme une stratégie utile principalement aux enfants rencontrant des difficultés en mathématiques. Or, cette perception contraste avec les résultats d’une étude longitudinale menée auprès d’enfants âgés de 4 ½ à 5 ½ ans montrant que ce sont au contraire les enfants qui présentent les meilleures compétences cognitives et les meilleures performances en mathématiques qui utilisent leurs doigts. Ce constat soulève alors plusieurs questions sur le rôle du calcul sur les doigts dans le développement des compétences mathématiques, notamment sur la possibilité que cette stratégie elle-même favorise la compréhension des nombres et le développement des capacités de calcul. Il s’agit également de déterminer si un usage des doigts, bénéfique au début du développement, peut ensuite conduire à une difficulté à s’en détacher. Grâce à plusieurs études longitudinales et interventionnelles, les travaux de Marie Krenger apportent des premiers éléments de réponse empiriques à ces différentes questions.
À l’âge de 4 ½ – 5 ans, bien que les enfants qui utilisent leurs doigts aient une meilleure connaissance des nombres, ils ne développent pas ces connaissances plus rapidement que ceux qui n’y ont pas recours. Le calcul sur les doigts ne semble donc pas favoriser directement l’acquisition du concept du nombre. En revanche, les études d’intervention montrent qu’un entraînement explicite au calcul sur les doigts améliore les performances en addition chez les enfants de 4 à 6 ans. Ces résultats suggèrent que cette stratégie peut soutenir l’apprentissage du calcul. À 7 ans, les enfants qui utilisent encore leurs doigts obtiennent de moins bons résultats que ceux qui sont déjà passés aux stratégies mentales, mais ils restent plus performants que ceux qui n’ont jamais utilisé leurs doigts. De plus, ceux qui ont commencé à les utiliser tôt dans le développement passent plus facilement aux stratégies mentales. De ce fait, ces études montrent que les enfants ne restent pas bloqués dans leur utilisation des doigts. Au contraire, en décrivant l’évolution des différentes stratégies de calcul sur les doigts, les travaux de Marie Krenger mettent également en lumière un mécanisme possible par lequel les doigts pourraient accompagner le passage d’une compréhension concrète à une appréhension plus abstraite de l’addition. Dans son ensemble, la thèse soutient ainsi que le calcul sur les doigts constitue une stratégie bénéfique pour les jeunes enfants et qu’il peut soutenir l’apprentissage du calcul.
