En novembre 2025, l’anthropologue Marco Motta rejoint le laboratoire THEMA à l’Institut des sciences sociales de l’UNIL avec un projet FNS Starting Grant de cinq ans intitulé « Exiled in Detention: Conditions of Confinement, the Mental Health of Migrant Children and Adolescents, and their Ordinary Life ».
Ce projet propose une étude ethnographique approfondie des conditions dans lesquelles les mineur·es et les jeunes adultes migrant·es sont privé·es de liberté en Suisse, de leur vécu de ces conditions et de leurs effets à plus long terme. Un nombre considérable de jeunes en mobilité subissent diverses formes de confinement, que ce soit dans leur pays d’origine, pendant leur exil ou dans leur pays d’accueil. En Suisse, les demandeurs d’asile sont d’emblée soumis à une forme de semi-privation de liberté dans les centres fédéraux d’asile (CFA), avant d’être répartis entre les cantons, où de fortes disparités de prise en charge entraînent des inégalités de traitement. Quant aux personnes sans papiers et aux demandeurs d’asile déboutés, elles peuvent être soumises à la détention administrative et risquent l’expulsion. Un nombre important de jeunes font également l’objet d’une détention préventive et/ou de l’exécution d’une peine pour des délits mineurs liés aux conditions structurelles de leur existence : amendes impayées, vols de nourriture, travail au noir ou séjour illégal. La Suisse, en suivant l’UE, a ainsi opéré un virage punitif qui a placé l’enfermement au cœur de la gestion des flux migratoires, jusqu’à en normaliser le recours et à en étendre l’usage à des situations toujours plus nombreuses. Ces politiques ont des conséquences délétères importantes, notamment sur la santé mentale et l’avenir des jeunes concernés.
Dans le cadre d’une réflexion sur la précarité induite par le durcissement des politiques d’asile et de sécurité, cette recherche vise ainsi à mieux comprendre ce contexte. Elle poursuit trois objectifs principaux : (1) éclairer les différentes formes et conditions de privation de liberté et la manière dont elles sont vécues par les jeunes exilé·es ; (2) analyser leurs effets sur la santé mentale ; et (3) évaluer leurs conséquences à long terme sur la capacité des jeunes concernés à mener une vie ordinaire en Suisse ou ailleurs.
Trois chercheurs collaborent à ce projet. Louis Vuilleumier (postdoc) étudie les interactions dans la rue entre la police et les exilés précaires, ainsi que le rôle de la détention dans les postes de police. Nina Khamsy (postdoc) analyse les reconfigurations liées aux nouvelles technologies de l’information, le management des données, l’entrée de l’IA dans les systèmes de surveillance et la mise en place du nouveau pacte européen sur la migration et l’asile. Basile Despland (doctorant) mène une thèse consacrée aux parcours différenciés de jeunes à partir d’études de cas approfondies.
Marco Motta, Professeur assistant boursier FNS à l’Institut des sciences sociales et membre du Théorie sociale, enquête critique, médiations, action publique (THEMA)

