Deborah Ummel

Nous vous avions brièvement présenté son parcours en août dernier lors de sa nomination à l’Institut de psychologie. Comment se sont depuis lors développés ses travaux de recherche ? Interview avec Deborah Ummel, Professeure associée en psychologie appliquée en approches qualitatives.

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Deborah Ummel, Professeure associée à l’IP

Quel est le parcours qui vous a amené à devenir chercheuse ?

Après le doctorat que j’ai réalisé à l’Université de Montréal qui combinait à la fois une formation en recherche et en psychothérapie, j’avais l’impression d’être saturée du monde de la recherche ! J’ai ainsi commencé à travailler comme psychothérapeute en soins palliatifs, au moment où, au Québec, l’euthanasie, appelée aide médicale à mourir, commençait à être pratiquée. Être sur le terrain, au moment où des changements aussi conséquents se déroulaient sur les plans cliniques, éthiques et sociétaux, m’a incitée à documenter ce que je rencontrais sur le terrain et à retourner vers la recherche en effectuant un stage postdoctoral. Après cela, je n’ai plus arrêté ! Ce qui me motive à poursuivre en recherche, c’est révéler, de façon rigoureuse, les intuitions, les surprises ou encore les embûches que l’on rencontre sur le terrain, révéler des angles, des enjeux ou des réalités dont on a peu conscience.

Vos projets de recherche portent actuellement sur deux axes interalliés : l’appréhension holistique et critique de la trajectoire allant de la proche aidance au deuil et la reconnaissance de l’expérience des jeunes impliqué·es en proche aidance. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces travaux ?

Autant la proche aidance que le deuil sont des expériences profondément humaines, et pour le deuil, universelles. Or, dans nos sociétés occidentales contemporaines, on tend à individualiser et à pathologiser, et dans certains cas invisibiliser, des comportements ou des attitudes qui ne suivraient pas la logique d’efficacité ou de productivité. C’est particulièrement le cas quand on pense aux jeunes adultes, dont autant l’implication en proche aidance est très souvent peu reconnue, alors qu’on estime qu’ils·elles sont bien plus nombreux·ses que l’on croit à jouer ce rôle. Ainsi, mes travaux de recherche visent à mieux comprendre l’expérience et les besoins des personnes en contexte de proche aidance, de fin de vie et de deuil afin de proposer des manières de les soutenir dans leur vécu et, ultimement, changer la façon dont nos sociétés occidentales contemporaines perçoivent la fin de vie, la mort et le deuil.

Quelles difficultés éprouvez-vous dans ces projets de recherche ?

La première difficulté est d’aborder des thématiques comme la mort, la fin de vie et le deuil ! En effet, selon la perspective de la psychologie existentielle, il est angoissant pour tout être humain d’avoir conscience de sa propre finitude. Alors évidemment, quand je parle de ces sujets, il m’arrive de « casser l’ambiance ». Cependant, alors que la fin de vie, la mort et le deuil sont de plus en plus médicalisés, il me paraît fondamental de ramener ces expériences humaines, qui sont naturelles et universelles, à l’avant-plan, afin que nous soyons moins pris·es au dépourvu lorsque ces événements surviennent dans notre entourage.

Si je devais mentionner une seconde difficulté, je dirais que je suis une pluri-passionnée enthousiaste, qui a envie de s’impliquer dans mille et un projets et initiatives, et, en chercheuse qualitative, je dois parfois me rappeler que… la qualité est souvent plus importante que la quantité !

Quels sont les talents cachés qui vous aident à surmonter ces difficultés ?

D’abord, je suis intimement convaincue de la pertinence sociale de mes travaux, alors cela m’aide à garder le cap lorsque les difficultés surviennent. Après, je suis une optimiste inconditionnelle toujours à relever ce qui peut être positif dans une situation, et qui fait preuve de créativité. Enfin, j’aime travailler en équipe et m’entourer de personnes qui ont d’autres expériences, avis, perspectives disciplinaires, etc. car je considère les différences et les complémentarités comme étant fondamentales, en recherche comme dans la vie.

Qui serez-vous dans 10 ans ?

Je serai plus ridée et aurai plus de cheveux blancs, mais j’imagine que je serai encore passionnée par la recherche qualitative et par mes thèmes de recherche, et j’espère que j’aurai contribué à démocratiser la fin de vie, la mort et le deuil à l’Université de Lausanne et dans la cité.