Populism and the Legitimacy of Political Authority: An intergroup approach to injustice-based grievances and populist beliefs in Western European democracies
Après un bachelor en psychologie à l’Université Autonome de Barcelone, puis un master de recherche en comportement et cognition et un master en intervention psychosociale à l’Université de Barcelone, Anna Cortijos Bernabeu a réalisé une thèse en psychologie sociale à l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne, sous la direction du professeur Christian Staerklé. Elle y a d’abord été doctorante FNS au sein du projet « Towards a Social Psychological Approach to Populism », puis assistante diplômée. Auparavant, elle avait travaillé comme assistante de recherche sur la qualité de l’éducation à l’Université de Barcelone et participé au programme international Junior Researcher Programme. À l’UNIL, parallèlement à ses recherches, elle a assisté des cours de psychologie sociale et politique et co-encadré des étudiant·es dans la réalisation de leur mémoire de master. Elle a soutenu sa thèse le 26 juin 2026.
Le populisme est devenu une étiquette courante pour désigner le mécontentement politique qui traverse les démocraties contemporaines. Représente-t-il un élan correctif en faveur d’une plus grande inclusion citoyenne ou une menace pour des principes libéraux-démocratiques comme le pluralisme ? Le débat reste ouvert, faute de consensus sur ce que l’on entend par populisme et sur ce qui favorise son émergence. Cette thèse aborde ces questions sous un angle psychosocial et intergroupe, en traitant le populisme comme un système de croyances à travers lequel les citoyen·nes interprètent la vie politique et la légitimité du pouvoir, au cœur de la relation entre « le peuple » et « l’élite ».
Combinant des données d’enquête issues de huit pays d’Europe occidentale et des études expérimentales, la thèse examine d’abord la structure des croyances populistes et leurs liens avec des orientations libérales-démocratiques. Les résultats montrent que l’aspiration à la souveraineté du peuple et l’anti-élitisme forment un noyau « peuple-élite » qui conteste l’autorité politique sans nécessairement s’opposer au pluralisme. Une vision manichéenne du monde politique, qui oppose le bien et le mal et délégitime les adversaires, s’en distingue et se rapproche davantage d’un rejet de la diversité et du désaccord.
La thèse s’intéresse ensuite aux griefs qui nourrissent ce premier noyau de croyances et met en évidence une logique d’injustice prenant deux formes : le sentiment de subir un désavantage injuste et l’impression de ne pas être entendu·e par des institutions peu réceptives. Les liens entre ces griefs et les croyances populistes passent en partie par la colère politique et la méfiance envers les institutions. Enfin, des études expérimentales examinent le rôle causal de ces perceptions d’injustice. Elles montrent que de telles perceptions peuvent effectivement accroître la colère et l’anti-élitisme, tout en diminuant la confiance institutionnelle. De manière plus inattendue, donner aux citoyen·nes davantage de possibilités de faire entendre leur voix ou d’influencer une décision réduit le mécontentement, mais n’atténue pas pour autant les effets des perceptions d’injustice. Une explication possible est que ces possibilités élèvent les attentes démocratiques, de sorte que le mécontentement peut s’intensifier lorsque les résultats ou certains aspects des procédures restent perçus comme injustes.
Dans l’ensemble, la thèse propose une conception plus minimale et nuancée de l’idéologie populiste, qui ne se réduit pas à un rejet du pluralisme, et place le sentiment d’injustice au cœur de son analyse. Elle souligne l’importance, pour les démocraties, de répondre aux attentes des citoyen·nes et de mieux articuler la représentation politique avec leur besoin d’être réellement entendu·es et pris·es en compte.
