Carrières marquées par la précarité et la vulnérabilité: études sur les travailleuses·eurs du nettoyage domestique rémunéré en Suisse
Après l’obtention d’un master en psychologie du conseil de l’orientation à l’Université de Lausanne, André Borges a réalisé une thèse sous la supervision du Prof. Koorosh Massoudi (Institut de Psychologie). Il a soutenu sa thèse le 17 juin 2026 sur le travail précaire et les expériences de travailleuses·eurs du nettoyage domestique rémunéré en Suisse. André Borges s’est également investi dans l’accompagnement en orientation au Service des consultations et dans différents projets associatifs favorisant l’accès à de meilleures opportunités professionnelles. En novembre 2026, André conduira un projet de recherche sur la précarité professionnelle avec le Prof. Tristram Hooley de l’Université de Derby dans le cadre d’un SNSF Postdoc.Mobility.
Cette thèse s’est intéressée à la manière dont les travailleuses·eurs du nettoyage domestique rémunéré vivent la précarité de leur emploi et à la façon dont ces personnes y font face, ainsi qu’à la vulnérabilité qui en découle, à travers leurs choix et stratégies de carrière. Dans le cadre de ce projet, nous avons notamment rencontré près de 30 travailleuses·eurs en Suisse au moyen d’entretiens semi-structurés et de discussions de groupe. L’analyse a été menée à l’aide de méthodes de recherche qualitatives consensuelles et d’analyse thématique réflexive.
Les résultats mettent en évidence deux contributions transversales. Premièrement, ils révèlent l’existence de pièges de précarité, dans lesquels des contraintes persistantes et des conditions d’emploi instables limitent la capacité des travailleuses·eurs à surmonter leurs difficultés. Ainsi, au-delà de conditions de travail difficiles et de leurs conséquences préoccupantes sur le bien-être à court terme, l’exercice d’un emploi précaire semble enfermer les travailleuses·eurs dans des situations de précarité durables, compromettant leur capacité à satisfaire des besoins fondamentaux tout au long de leur parcours de vie.
Deuxièmement, nos travaux soulignent le rôle essentiel de l’orientation scolaire et professionnelle pour aider ces travailleuses·eurs à réfléchir à leur carrière, à hiérarchiser les difficultés rencontrées, à identifier les réseaux de soutien, à se déculpabiliser face aux multiples formes d’oppression et à plaider en faveur d’une meilleure protection de leurs droits. Toutefois, ce rôle de soutien nécessite de repenser les pratiques d’orientation afin de tenir compte des effets spécifiques de la précarité sur les trajectoires professionnelles et personnelles.
Enfin, nos travaux mettent en lumière la nécessité d’une législation ambitieuse dans le secteur du travail domestique rémunéré en Suisse ainsi que d’une application plus rigoureuse de celle-ci, grâce à des dispositifs de surveillance et de médiation renforcés. Les institutions et les praticien·nes de l’orientation peuvent également contribuer à réduire les obstacles structurels en améliorant les systèmes de soutien et en adaptant leurs interventions. De leur côté, les travailleuses·eurs peuvent favoriser leur développement de carrière en recourant à ces services, en consolidant leurs ressources personnelles et sociales et en approfondissant leurs connaissances de leurs droits et des cadres légaux qui les protègent.
