Quand la césarienne (dé)fait le genre : une analyse relationnelle des expériences des pères et des mères en Suisse romande.
Titulaire d’un Master en sciences sociales, orientation corps, sciences et santé à l’Université de Lausanne, Ainhoa Saenz Morales est anthropologue de la santé. Elle a consacré sont mémoire de master aux pratiques médicales et aux expériences des femmes lors du déclenchement de l’accouchement, avant de rejoindre l’Université de Genève dans le cadre d’un mandat de recherche pour la Commission cantonale d’éthique de la recherche (CCER). Ce projet portait sur les exigences institutionnelles et les points de vues des patient·es concernant les documents d’information et de consentement en recherche médicale. En 2021, elle débute dun thèse doctorale au sein d’un projet financé par le Fonds national suisse, consacré à la culture de l’a césarienne en Suisse. Sa thèse, soutenue le 24 juin 2026 sous la direction de la Prof. Irène Maffi, adopte une approche relationnelle pour analyser les expériences des mères et des pères lors des naissances par césarienne.
Après une césarienne, les mères sont généralement dans l’impossibilité de prendre soin de leur nouveau-né, contrairement à une naissance par voie basse sans complications majeures, en raison des protocoles hospitaliers, des effets de l’anesthésie, du manque de mobilité et des douleurs postopératoires. Le père ou le co-parent réalise alors le peau à peau et participe aux premiers soins du nouveau-né, devenant ainsi une figure de care.
Cette thèse comble le manque de recherches sur les expériences des pères lors d’une césarienne, en documentant, dans une approche relationnelle du genre, les vécus des mères et des pères, avant, pendant et après l’intervention. Elle analyse la participation des pères au choix du mode de naissance (césarienne ou voie basse), la performance de la « masculinité hégémonique » au moment de la césarienne, et la manière dont ces normes de genre sont réajustées par le dispositif de la césarienne lorsque les pères réalisent des pratiques de care envers le nouveau-né après la césarienne.
Cette thèse montre que ces pratiques de care peuvent s’amoindrir ou disparaitre en fonction de l’accès qu’ont les pères à des dispositifs institutionnels visant l’implication paternelle. La paternité impliquée, présentée comme un choix, s’avère en réalité accessible uniquement à certains pères. Des dispositifs comme le rooming-in (cohabitation du co-parent avec la mère lors de son hospitalisation), bien que pensés pour réduire les inégalités de genre, étant payants, contribuent paradoxalement à reproduire des inégalités sociales.
