Catégories
Critique littéraire

À l’abri de soi

Par une nuit d’orage dans le Jura, un homme entend des cris. Entre les arbres, il trouve une jeune femme sans repère, sans mémoire, sans nom.

L’histoire d’Inconnue, le quatrième roman de Chirine Sheybani, tient en peu de choses : une policière enquête sur la disparition d’un jeune homme sans histoire, une romance tristement banale touche à sa fin. Ce qui retient l’attention, c’est la manière dont l’autrice genevoise entrelace ces fils. Son regard circule d’une situation à l’autre, formant une mosaïque qui fait émerger l’histoire par fragments, par éclats.

Inconnue n’est pas un roman policier ni un simple récit de guérison, mais une interrogation sur l’identité et la responsabilité. Depuis la tempête inaugurale, l’Inconnue est étrangère à celle qu’elle était, absente à elle-même. Tragique en apparence, l’amnésie se révèle toutefois ambiguë, laissant à celle qui oublie la possibilité de se faire grâce. Sans trancher, sans juger, le roman laisse le malaise intact, avec une économie de moyens qui force à habiter les silences.