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Quand la mémoire chancelle : réception et usage de la littérature et du cinéma par les personnes confrontées à la maladie d’Alzheimer

Dans le cadre d’un projet de podcast, j’ai choisi d’explorer la réception ordinaire d’œuvres littéraires et filmiques, afin d’interroger la manière dont celles-ci peuvent raisonner avec le vécu de certaines personnes. Pour cet épisode, je me suis entretenue avec Sophie, dont la mère est atteinte de troubles neurocognitifs, ou maladie d’Alzheimer, afin de comprendre le rapport qu’elle entretenait avec des récits fictionnels ou (auto)biographiques traitant de cette maladie.

Notre entretien s’est construit autour de trois œuvres : Une femme (1988) d’Annie Ernaux, où l’autrice évoque dans les dernières pages la maladie de sa mère, The Father (2020) de Florian Zeller, un film qui donne à voir l’expérience intérieure d’un père dont la réalité s’effrite progressivement, et L’Homme qui tartinait une éponge (2018) de Colette Roumanoff, recueil d’histoires qui restituent l’intimité du quotidien des personnes atteintes d’Alzheimer.

Ce travail s’appuie également sur les recherches de la psychologue Pascale Peretti, qui mettent en évidence la fonction de la fiction comme espace de transformation psychique permettant de symboliser les pertes et de maintenir un lien avec les représentations intériorisées des autres (parents, proches, figures d’attachement), ainsi que sur les travaux de Jean-Marc Talpin et Odile Talpin-Jarrige, psychologue et psychiatre, qui soulignent le rôle des récits dans la légitimation des affects et la reconnaissance partagée des vécus liés à la maladie. Afin d’élargir ces perspectives, j’ai rencontré Cédric-C. Boven, psychologue associé du Service universitaire de Psychiatrie de l’âge avancé (SUPAA), spécialiste en psychothérapie, qui propose des consultations psychologiques pour proches aidants.

Les récits sont susceptibles d’interagir de différentes façons avec l’expérience de la maladie. Ils en interrogent par exemple les représentations collectives ou individuelles, en les confirmant, en les infirmant ou en les déplaçant. Leur réception peut ainsi favoriser la reconnaissance, la légitimation et parfois la transformation d’une expérience vécue. Ces récits peuvent par ailleurs jouer un rôle dans la préservation du lien entre la personne malade et ses proches, en s’avérant l’occasion d’un partage et de discussions à propos d’expériences intimes et douloureuses sur lesquelles il est difficile de mettre des mots. À ces dimensions relatives à la réception des fictions s’articule la production de nouveaux récits par des malades ou des proches, parfois en raison d’un besoin d’expression, parfois dans l’optique que ceux-ci pourront servir à d’autres.

Ce compte-rendu s’intéresse plus particulièrement à la façon dont l’apparition et l’évolution de la maladie entrainent des déplacements identitaires et sur la manière dont nous choisissons de nous raconter nos vies face à une expérience qui se fragmente.

Sophie

Puis elle a oublié l’ordre et le fonctionnement des choses. Ne plus savoir comment disposer les verres et les assiettes sur une table, éteindre la lumière d’une chambre (elle montait sur une chaise et essayait de dévisser l’ampoule). (Ernaux, 1988, p. 90)

C’est avec surprise que Sophie constate que cet évènement, raconté par Annie Ernaux, elle l’a vécu presque tel quel avec sa propre mère : une bouleversante façon de constater qu’autrui ne comprend plus comment fonctionne le monde. Progressivement, tout devient « trop compliqué, hors d’atteinte », écrit Colette Roumanoff, dans L’Homme qui tartinait une éponge (2018, p. 13), un titre qui renvoie à un autre type de décalage. Ce sont alors les proches qui deviennent garants du quotidien. Ce transfert de responsabilités les oblige à se redéfinir dans leur rapport à la personne malade. Les récits, en mettant en scène ce basculement, offrent une ressource précieuse, dans la mesure où ils proposent de mettre en mots une expérience souvent difficile à accepter ou même à exprimer. À cet égard, ils ouvrent un espace de recomposition identitaire : Pascale Peretti (2016) insiste sur la capacité des récits à reconfigurer l’expérience des publics et à nourrir « l’identité narrative[1] » des individus. Autrement dit, les récits abordant la maladie d’Alzheimer proposent une forme où le sujet peut se reconnaître et, ce faisant, réorganiser son rapport à lui-même et à la personne en face de lui.

Selon Sophie, nos souvenirs deviennent eux-mêmes des « fictions », car nous choisissons la manière de les raconter. Cette liberté narrative permet d’interroger l’objectivité du vécu. Schématiquement, on peut distinguer trois temporalités : d’abord celui de l’évènement vécu dans son immédiateté ; ensuite celui de la mémoire et de l’imagination « proto-narrative » (Schaeffer, 2020, p. 15[2]) qui la complète dans une manière de récit que l’on se fait pour soi-même ; enfin celui des œuvres littéraires et filmiques qui vient nourrir et parfois transformer notre manière de (nous) raconter. Le psychologue Cédric-C. Boven apporte à cette réflexion un lien au modèle psychanalytique : « raconter, dit-il, c’est donner forme à ce qui, à l’état brut, reste informe, inconnu, et donc sur lequel on ne peut pas agir. La mise en récit permet d’apprivoiser ce qui demeurait fuyant et douloureux, en rendant l’expérience cohérente ». Dans cette perspective, les récits deviennent une ressource précieuse, particulièrement lorsque la communication avec la personne malade n’est plus possible. Sophie insiste d’ailleurs sur ce point : ce qu’elle trouve le plus intéressant dans la fiction, c’est sa capacité de donner à voir ce qui se passe dans l’esprit de sa mère, alors même que celle-ci n’est plus en mesure de le dire, ni même de le comprendre.

Films et textes, images et mots sur la maladie d’Alzheimer sont autant de moyens permettant aux lecteurs et lectrices et aux spectateurs et spectatrices de plonger au cœur de l’expérience vécue par les malades et leurs proches, rendant palpable l’effacement progressif de la mémoire. Ils offrent des espaces pour combler les vides, réinventer les gestes et les pensées, reconnaitre et transformer l’expérience subjective. S’interroger sur les différences de chaque art et médium ouvre un champ de réflexion sur les rôles que ceux-ci peuvent jouer dans le quotidien de l’individu.

Bibliographie

Œuvres

ERNAUX, Annie, Une femme, Paris, Gallimard, 2022 (1988).

ROUMANOFF, Colette, L’homme qui tartinait une éponge : Mieux vivre avec Alzheimer dans la bienveillance et la dignité, Paris, Édition de La Martinière, 2018.

ZELLER, Florian (réalisateur), The Father, UGC, 2020, 97 minutes.

Travaux

BARONI Raphaël et PASCHOUD Adrien, « Introduction. L’héritage de Ricoeur : du récit à l’expérience », Cahiers de Narratologie, n° 39, « L’héritage de Ricoeur : du récit à l’expérience », dir. R. Baroni et A. Paschoud, 2021 : https://doi.org/10.4000/narratologie.12239.

PERETTI Pascale, « Mémoire et fiction : apports de la littérature à l’approche psychothérapique des troubles démentiels », Psychothérapies, vol.  36, n°3, « Parcours et mémoires », dir. Philippe Rey-Belley, 2016, p. 187-194 ; disponible en ligne : https://doi.org/10.3917/psys.163.0187.

RICOEUR Paul, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990.

RICOEUR Paul, Temps et Récit, 3 vol., Paris, Seuil, 1983-1985.

SCHAEFFER Jean-Marie, Les Troubles du récit. Pour une nouvelle approche des processus narratifs, Paris, Thierry Marchaisse, 2020.

TALPIN Jean-Marc et TALPIN-JARRIGE Odile, « L’entrée en littérature de la démence de type Alzheimer », Gérontologie et société, vol. 28, n°114, « Vieillir dans la littérature », dir. Alain Montandon, 2005, p. 59-73 ; disponible en ligne : https://doi.org/10.3917/gs.114.0059.


Travail sur le podcast

Ingénieur du son : Léonard de Hollogne.

Musique à la guitare : Extraits du Prélude no 1 en mi mineur de Heitor Villa-Lobos et de l’Adagio de la sonate en sol mineur pour violon solo BWV 1001, interprétés par Ricardo Lopes Garcia.

Merci à Sophie pour sa confiance.


À propos de l’image de couverture

Le travail parle de la mémoire et de l’oubli. Des petites boîtes trouvées chez notre grand-mère. Des boîtes trop petites pour contenir quelque chose d’utile. À l’intérieur, des trésors d’enfants : une bille, du fil et une aiguille, quelques petits papiers, des petits objets inconnus. Ces boîtes, comme la maison de notre grand-mère, ont disparu. Restent des fragments, des petites coques vides, des tentatives multiples de captation d’un passé révolu. Ces boîtes deviennent des coquilles fragiles, réceptacle de ma mémoire d’enfant.

Et maintenant, avec cette porte en fer à la cave, j’ai toujours deux corbeilles, que je remplis avec, pas tout, mais mes trucs en étain, auxquels je tiens, je n’aurai plus le double, tu vois, je ne pourrai pas me le racheter. Et c’est des souvenirs.
Et alors je le mets là-dedans, je ferme la porte à clé, et je range la clé et ça, c’était pas un secret, et j’ai enlevé et je les ai mises dans un tiroir, là-haut, quelque part.
Deux clés, une petite et une grande.

(Jeanne Kapp, notre grand-mère, 2013)


[1] Cette notion, théorisée par Paul Ricoeur dans Temps et Récit (1983-1985), puis approfondie dans Soi-même comme un autre (1990), repose sur la capacité du sujet à configurer les évènements de son existence au sein d’un récit concordant et cohérent. La compréhension de soi passe alors par une interprétation de soi médiatisée par le récit. En se racontant, le sujet parvient à maintenir une forme de continuité et de cohérence, en dépit des changements et des discontinuités qui traversent l’expérience.

[2] Pour Jean-Marie Schaeffer dans Les Troubles du récit. Pour une nouvelle approche des processus narratifs (2020), la proto-narrativité renvoie à des formes narratives élémentaires, le plus souvent inconscientes, qui précèdent le récit structuré. Avant toute élaboration consciente d’une histoire cohérente, ces formes primitives de mise en récit, faites de mémoire épisodique, de ruminations, de rêves, d’imaginaire ou d’anticipation, contribuent à façonner l’identité, en reliant passé, présent et futur, sans passer par les schémas narratifs classiques.


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Faire filiation : entre littérature et performance


Au départ, deux enseignants, Anne-Lise Delacrétaz et Alain Ausoni, proposent un atelier d’écriture sur la filiation. Une collaboration entre des étudiants de l’UNIL et des participants de Connaissances 3 s’engage alors.

L’objectif est de constituer un recueil intergénérationnel. En septembre 2024, les nouvelles écrites, compilées, sont publiées aux éditions Encre Fraîche sous le titre Filiations, et paraissent en librairie.

L’ensemble des récits produits explore une généalogie – qu’elle soit rêvée, avérée ou créée. Après plusieurs séances de dédicaces, une nouvelle étape du projet émerge : donner vie, ou plutôt voix à ces textes. Sous l’impulsion de Jonathan Durandin, certains auteurs choisissent ainsi de mettre en voix leurs écrits pour proposer au public des performances sous forme de lecture publique. Ces performances, et leur préparation posent alors deux questions principales : dans quelle mesure peut-on établir un passage entre littérature et performance ? Et comment ces deux formes d’expression dialoguent-elles ou se transforment-elles dans le cas d’une collaboration intergénérationnelle ? Grâce aux représentations, aux difficultés rencontrées, mais aussi aux liens d’amitié crées, des éléments de réponse ont pu être apportés à ces questions.

Le présent compte-rendu s’inscrit dans cette perspective : il restitue les résultats d’une enquête menée tant auprès du public que de la troupe de lecture. Ce compte-rendu tentera ainsi, à l’aune des réponses glanées par l’enquête de terrain, de donner une nouvelle définition, mais aussi dimension, à ce genre novateur qu’est le « récit de filiation ». En mettant en dialogue leurs réponses avec des propositions plus académiques qui tentent, elles aussi, de définir ce qu’est ou devrait être un récit de filiation, le contour de ce dernier se dessine alors, au prisme des différentes expertises qui se combinent dans ce travail. Dans ce croisement entre expériences vécues et réflexions théoriques, le récit de filiation apparaît comme un objet littéraire enrichi par la pluralité des expertises : universitaires, professionnelles, ou issues d’un public amateur. Ce caractère composite du récit de filiation se manifeste non seulement par sa portée intergénérationnelle, mais aussi par la diversité des types de savoir qu’il mobilise et articule. Par définition, le récit de filiation implique comparaison, relation, et mise en perspective.

Couverture du livre ; sur fond ocre, se dessinent des silhouettes de femmes
Collectif, Filiations, Genève, Encre fraîche, 2024.

Le récit n’est jamais figé

Ce que le projet Filiations donne à voir, c’est que le récit, lorsqu’il est partagé, n’est jamais figé : il devient une matière vivante, façonnée par la pluralité des voix qui s’en emparent. Dans les lectures performées, la filiation ne se joue pas seulement au sein même des récits racontés, mais dans le geste de dire ensemble, de faire groupe autour d’un héritage à transmettre ou à réinventer. Cette idée de restitution semble alors être l’une des composantes, non pas uniquement des performances et de la collaboration intergénérationnelle, mais plus généralement des récits de filiation, c’est en tout cas ce qu’explique Sylvie Jeanneret :

Dans une première acception du terme [récit de filiation], il s’agit, comme je viens de le rappeler, d’établir ce qui a eu lieu, de reconstituer ce qui s’est défait. […] Mais « restituer » signifie aussi « rendre quelque chose à quelqu’un ».

Des savoirs et points de vue qui se croisent

Moins que le sujet véritable des récits, il s’avère que c’est la manière dont il est transmis qui métamorphose son auteur et sa perception de l’héritage. La performance et les souvenirs qui lui sont désormais attachés laissent alors une autre sorte de filiation, peut-être plus lucide. On peut ainsi parler d’un comparatisme, entre texte et performance, mais aussi entre savoirs académiques et savoirs collectifs produits dans et par la salle de spectacle. Mettre en scène ces textes s’apparente à la mise en abîme déjà présente dans certaines histoires portées sur les planches, c’est en tout cas ce qu’en pensent les membres de la troupe :

La découverte que toutes les familles ont des choses uniques à dire, même si elles sont en fait universelles (l’amour, la vie, la mort).

J’espère qu’elle pourra m’inscrire plus durablement dans le processus de transmission.

En cela, Filiations n’est pas simplement un recueil ou un spectacle : c’est une manière d’habiter la littérature comme un lieu de passage, de mémoire, et d’avenir. En confrontant des regards a priori éloignés – auteurs, lecteurs, spectateurs, spécialistes – sur le genre des récits de Filiations, ce ne sont pas des visions qui s’opposent, mais bien des visions complémentaires qui se répondent. Chaque point de vue révèle une facette différente du récit de filiation : l’auteur y projette son histoire, le lecteur y cherche une résonance, le public en capte l’émotion collective, et les spécialistes en dévoilent les structures et les enjeux.

Des circulations et transmissions

C’est précisément cette diversité – générationnelle, mais aussi disciplinaire – qui fait la richesse de l’expérience. Loin d’en diluer le sens, ces différences forgent un tout cohérent, plus dense, plus humain qui appellent peut-être à une définition plus vivante de ce genre en expansion. Les points de vue issus de différents domaines permettent aussi de mettre en lumière une vérité essentielle : le récit de filiation ne tient pas seulement à son contenu, mais à la manière dont il circule, se performe et se transmet. Ce dernier point se vérifie alors avec le passage des textes à la scène qui a amené une nouvelle forme de filiation « comparée » à ces récits.

À l’image d’un héritage, la définition du récit de filiation ne se limite peut-être pas simplement à ce qui est reçu, mais s’élabore collectivement, dans une volonté partagée de faire récit ensemble.


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Comparative Perspectives on Omentië Nolwë, Tolkien, and Ecocriticism 

Interviews with Professor Rachel Falconer and Professor Thomas Honegger of Omentië Nolwë’s Organizing Committee 

In addition to being the first international conference on J.R.R. Tolkien’s works hosted by a Swiss university, Omentië Nolwë – Zurich Tolkien Conference1 was a multilingual and interuniversity event, organized by the University of Zurich (UZH), the University of Lausanne (UNIL), and the Friedrich Schiller University Jena (FSU). After a successful first edition entitled “Environmentalism in Tolkien’s World: Ecocritical Perspectives on Middle-earth” in March 2025, two members of the Organizing Committee—Professor Rachel Falconer (UNIL) and Professor Thomas Honegger (FSU)—have agreed to be interviewed and, thereby, delve deeper into the facets of ecocriticism and the importance of comparative approaches in the context of the conference.2

A distinctive feature of Omentië Nolwë was the diversity of its speaker panel: beyond representing over six countries between them—including Ukraine, the UK, and the USA—, most of the speakers cannot be narrowly defined as ecocritics and instead approached this ecocritical inquiry from different fields, such as myth studies, philology, feminism, and affect theory. This diversity, both Honegger and Falconer emphasize during our conversations, was particularly enriching as it rendered the speaker panel complementary and interdisciplinary. Combining several thought-provoking approaches, the conference not only illuminated Tolkien’s work from various angles but also created a space for confronting different theoretical frameworks. Honegger remarks that the conference’s corpus was particularly suited for such operations: “Tolkien’s work shows applicability,” he explains, and it can thus accommodate a variety of (eco-)critical approaches and become a means of dialogue. 

However, he and Falconer also observe that, despite this mixture of academic cultures, most speakers focused on the ideological and ethical implications of the relationship between characters and their environment, an orientation particularly prominent in the Anglo-American ecocritical tradition (see e.g., Buekens, 2019, § 5-7). Falconer further indicates that, while object-oriented ontology was wholly absent from the conference, several contributions could be linked to material ecocriticism or deep ecology more specifically. This is notably the case in Dr. Alexandra Filonenko’s discussion of archetypes and, perhaps more strikingly, Dr. Patrick Curry’s eco-theory. Indeed, the concepts of enchantment and disenchantment in this theory align with nineteenth century writing that understands nature as a sacred and moral sphere that has value in and for itself, principles to which deep ecologist Arne Naess also aspires. Although deep ecology certainly resonates with Tolkien’s writing, Falconer underlines that the linguistic and religious inflections of his environmental vision diverge from it, and Honegger further notes that the idea of stewardship based on biblical tradition – already proposed in Tolkien studies (Dickerson and Evans, 2011) – is particularly fitting for these texts.  

This ethical focus forms a striking contrast to a framework for the discussion of ecological writing often privileged in francophone contexts, namely écopoétique. Ecopoetics as such were certainly first proposed by the Briton Jonathan Bate (2000, p. 75), yet the French tradition distances itself from his approach (Posthumus, 2017, p. 176), and the creation of ecopoetics is sometimes even directly attributed to francophone thinkers (Buekens, 2019, § 7). Francophone scholars thereby distinguish themselves from ecocriticism—which is held to be somewhat dominated by an Anglo-American focus (Posthumus, 2017, p. 19)—and advocate for a less politically engaged approach, preferring to instead focus on aesthetic and stylistic aspects of the literary depiction of the environment (p. 23).3 

That Omentië Nolwë would neglect the preferred French perspective in favor of endorsing an Anglo-American orientation furthermore becomes salient through the concepts employed during the conference. Echoing her monograph on the topic—The Map of Wilderland—, Dr. Amber Lehning’s talk, for instance, engaged with the concept of wilderness, which certain francophone scholars identify as distinctly North American and inapplicable to the French context (Buekens, 2019, § 5). Similarly, various speakers repeatedly used the term environment and variations thereof – the prominence of which is also noticeable in the conference’s title –, a notion that is widespread in Anglo-American ecological thinking but generally rejected in francophone contexts as inherently anthropocentric (Posthumus, 2017, p. 13-15). 

While the conference’s lack of French speakers might have contributed to this theoretical orientation, Falconer mostly attributes it to the current political evolution in the world: though certainly aesthetic, Tolkien’s environmental vision is characterized by a deeply ethical dimension, which renders a political reading inevitable in today’s context. Honegger, in turn, ascribes this predominance to the fact that most ecocritical publications on Tolkien in English simply stem from this tradition. He also underlines that the Organizing Committee is eager to invite French scholars to the conference’s next editions since putting the specific discourses of French tradition in dialogue with other theories would be particularly valuable for establishing a common ground for discussion.  

He moreover remarks that comparative literature is highly relevant in the context of an event like Omentië Nolwë as it creates a space for exploring and understanding the relationship between humans and the environment across various cultures and the critics’ unique theoretical perspectives. Falconer equally points out that the ways of living with the Earth shown in Tolkien’s writing need to be confronted through different ecocritical readings. By multiplying our perspectives, she points out, “our comfortable ideas about the destruction of the environment become complicated”: we can thus challenge our settled Western notions about valuing nature and ask, for instance, whether the geography of Tolkien’s environmental war involves a colonial legacy. Given the intercultural and multilingual appreciation for Tolkien’s work, comparative approaches are also central to discovering cultural or even linguistic specificities of the ecocritical understanding of his environmental vision and, by extension, ecocriticism itself. Such comparative perspectives thus make it possible to contribute to the debate on the climate crisis in a meaningful way as a humanities scholar, which is also one of the goals Falconer pursued when joining the Organizing Committee at the end of last year. 

Works Cited 
  • Bate, Jonathan, 2000, The Song of the Earth, Cambridge (MA), Harvard UP. 
  • Bouvet, Rachel and Stephanie Posthumus, 2016, “Eco- and Geo-Approches in French and Francophone Literary Studies”, in Hubert Zapf (ed.), Handbook of Ecocriticism and Cultural Ecology, Berlin and Boston, De Gruyter, p. 385-412. 
  • Buekens, Sara, 2019, “L’écopoétique. Une nouvelle approche de la littérature française”, ELFe XX–XXI. Études de la littérature française des XXe et XXIe siècles, n. 8, https://doi.org/10.4000/elfe.1299
  • Dickerson, Matthew and Jonathan Evans, 2011, Ents, Elves, and Eriador. The Environmental Vision of J. R. R. Tolkien, Lexington, University of Kentucky Press. 
  • Posthumus, Stephanie, 2017, French Écocritique, Toronto, University of Toronto Press. 
Footnotes
  1. The conference has since been renamed and will henceforth be known as Tolkien Conference Switzerland.   ↩︎
  2. As the interviews have been conducted personally and remain unpublished, all references to them—whether as quotation or paraphrase—will not bear parenthetical citations.   ↩︎
  3. For an overview of écopoétique and French écocritique – the latter remaining unaddressed in this brief paper – please see Bouvet and Posthumus (2016, p. 385-392).  ↩︎