Gaspard Genton

Gaspard Genton, droit dans ses bottes

L’Yverdonnois trentenaire parle beaucoup, mais jamais pour ne rien dire. C’est plutôt le souci du détail qui l’anime ; le besoin de précision pour narrer un parcours de vie déjà bien rempli. L’avocat diplômé en droit de l’Université de Lausanne, en économie d’entreprise de l’Université de St-Gall et en études politiques et de gouvernance est un homme passionné et passionnant. Il a la tête bien faite. C’est d’ailleurs son meilleur outil de travail pour défendre, entre autres, les droits fondamentaux.

Il manie le verbe aisément. Rien de surprenant pour un avocat de formation. Mais chez Gaspard Genton, la parole est une seconde nature qui dépasse son activité professionnelle. Il y a d’abord chez lui la justesse du mot. Puis le débit des phrases; rapides, mais réfléchies. C’est un fait: l’Yverdonnois trentenaire parle beaucoup, mais jamais pour ne rien dire. C’est plutôt le souci du détail qui l’anime; le besoin de précision, en l’occurrence pour narrer un parcours de vie déjà bien rempli. Écrivons les choses telles qu’elles sont: l’avocat diplômé en droit de l’Université de Lausanne, en économie d’entreprise de l’Université de St-Gall et en études politiques et de gouvernance est un homme passionné et passionnant. Il a la tête bien faite. C’est d’ailleurs son meilleur outil de travail.

Fils de parents médecins, Gaspard Genton voit le jour à Londres, mais grandit parmi les Papous jusqu’à ses cinq ans. La famille s’établit en effet en Papouasie Nouvelle-Guinée, où son père fait de la recherche. De retour en Suisse, Gaspard Genton sait déjà lire et écrire, mais en anglais. Cette précocité lui fera zapper l’école enfantine, même s’il doit prendre des cours d’appui en français proposés par l’école pour les enfants allophones. Malgré le divorce de ses parents à ses dix ans, Gaspard Genton garde le souvenir d’une enfance «privilégiée, très heureuse et très proche de tous mes grands-parents.» Il navigue désormais au milieu d’une grande famille recomposée: «Du côté de ma mère, il y avait déjà deux autres enfants. Ma belle-mère en a apporté trois autres. On a grandi tous ensemble, toujours entouré de beaucoup de frères et sœurs.»

De nature en apparence timide, Gaspard Genton s’émancipe durant son enfance dans la lecture, les jeux d’ordinateurs de stratégie et de gestion et surtout le judo qu’il pratique à dose importante. Puis vient le Gymnase, au Cessnov, à seulement 14 ans: «J’étais très en retrait. Je me sentais en décalage avec les autres de par mon jeune âge. J’ai toujours eu beaucoup de facilité à l’école. Au Gymnase, c’était plus difficile à vivre. Il fallait se conformer à un modèle d’adolescent que je n’étais pas. La pratique du judo m’a préservé du harcèlement scolaire. Je n’avais pas peur. Néanmoins, ce n’est pas une période que j’ai beaucoup aimée.» L’Université de Lausanne finira par lui offrir la bouffée d’oxygène tant attendue: «Il n’y avait plus d’injonctions. Je pouvais être qui je suis; faire de bonnes notes, me passionner pour des cours sans le jugement des autres. C’était une vraie révélation.»

Gaspard Genton se passionne pour l’histoire, la littérature et globalement tout ce qui touche de près ou de loin au fonctionnement de l’État et aux modèles d’organisation des collectivités. À l’Université de Lausanne, Gaspard Genton songe à s’inscrire en médecine, mais un échange d’un an au Costa Rica lors d’une année sabbatique entre la maturité et l’Université va contrecarrer son plan initial: «Au Costa Rica, je vivais dans une famille d’accueil, dont le père à la retraite était un ancien professeur de droit constitutionnel et de droit du travail. Ensemble, nous avons participé à la campagne politique de Laura Chinchilla, première femme élue présidente du Costa Rica. Je me suis rendu compte que ce qui me passionnait, c’était l’État, les droits fondamentaux et les relations internationales. À quoi sert l’État? Quelle est son histoire?»

Nous sommes en 2009. À son retour en Suisse, Gaspard Genton tire un trait sur la médecine au profit du droit. À l’Université de Lausanne, Il se passionne pour le droit administratif, l’histoire du droit, le droit constitutionnel et la criminologie: «Le droit c’est le produit des rapports de force d’une société. C’est passionnant.» L’étudiant poursuit les deux premières années dans cette direction, puis part à Zurich poursuivre sa troisième année de Bachelor: «C’était la grande vie et ma première expérience en colocation, se souvient-il.» À l’heure du Master, Gaspard Genton hésite à revenir à l’Unil:

«J’avais le sentiment que le master en droit à Lausanne s’inscrivait dans une certaine mesure dans la continuité du bachelor. À St-Gall, en revanche, tout le monde a accès à tous les cours de Master indépendamment de la filière dans laquelle ils étaient offerts.» Ce sera donc un cursus à St-Gall, couplé avec un bachelor en gestion d’entreprises, dont le dernier semestre se fera à HEC Lausanne: «Je voulais comprendre comment la production économique pouvait se faire dans les limites planétaires; je voulais découvrir les prérequis d’une économie permettant des conditions de vie dignes à tout un chacun.»

Le jeune homme enchaîne avec un stage d’arbitrage international à Paris. Puis, en 2015, alors que le Master est derrière lui, Gaspard Genton effectue son stage d’avocat au sein de l’étude Homburger à Zurich. Il prépare son barreau à Lausanne, à la «Banane entouré de beaucoup d’amis et de l’un de mes frères qui préparaient les examens de médecine. C’était une super période à manger des pizzas tout en révisant face au lac.» En 2017, Gaspard Genton passe le barreau à Zurich et postule à une bourse de la Confédération pour aller étudier au Collège de l’Europe, à Bruges. En Belgique, il effectue un Master en études de politique et de gouvernance européenne et analyse des politiques publiques: «C’était de l’administration publique. C’était très riche et passionnant.»

De retour en Suisse en 2019, il reviendra finalement en terres romandes en intégrant l’étude lausannoise Kasser Schlosser avocats, dans laquelle il s’associe aujourd’hui: «Je me suis dirigé vers le droit public, en particulier de l’aménagement du territoire et de l’environnement, c’est-à-dire en particulier la planification des infrastructures, des services publics, des réseaux d’électricité. C’est passionnant, car c’est toujours une pesée d’intérêt», explique celui qui est également membre du comité directeur du Parti socialiste vaudois. «En parallèle, je me suis beaucoup impliqué dans la défense des droits fondamentaux des manifestant·es du climat et des zadistes de la colline du Mormont (VD).» Démantelée en 2021, cette première ZAD de Suisse visait à empêcher l’extension de la carrière de ciment d’Holcim, qui menaçait le plateau de la Birette, entre Eclépens et La Sarraz: «Ce qui me tient à coeur, c’est l’État de droit, un État respectueux des libertés fondamentales, c’est-à-dire notamment des libertés de contester, la liberté d’expression et de manifestation.»

Aujourd’hui, la montée des populismes et les attaques contre les droits fondamentaux l’inquiètent: «J’ai peur que l’on accepte une érosion de l’État de droit. On voit partout une remise en question des droits fondamentaux; une dégradation de la démocratie, mais nous devons défendre un État respectueux des droits fondamentaux, dans lequel le pouvoir judiciaire ne recule pas. On a besoin de médias forts et d’un pouvoir judiciaire fort lui aussi. Le droit ne se limite en effet pas à la loi. C’est un travail magnifique, mais épuisant, car on perd souvent.» Désormais, Gaspard Genton partage sa boulimie de travail entre ses activités à l’étude et la défense des droits fondamentaux, notamment auprès des personnes détenues en Suisse. Un combat difficile, mais indispensable. D’ailleurs, Gaspard Genton aurait pu citer Benjamin Franklin: on ne réalise pleinement la valeur de la liberté que lorsqu’elle nous est retirée.

Lausanne, le 15 janvier 2026

Article de Mehdi Atmani
Portrait de Gaspard Genton © Felix Imhof