Rencontre avec un traqueur de fibres

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Yu Chen Lim-Hitchings. Docteur en sciences forensiques en 2025 (Faculté de droit, des sciences criminelles et d’administration publique). Photo Nicole Chuard © Unil

Faut-il obligatoirement grandir devant Les Experts ou NCIS pour atterrir en sciences criminelles? Pas forcément. Yu Chen Lim-Hitchings, lui, a trouvé sa voie entre les pages d’Agatha Christie et de Sherlock Holmes. Des récits où une empreinte, une fibre, une particule de terre avaient le pouvoir de faire basculer toute une affaire. Au cœur de ce frisson, sa vocation est née: «traqueur de fibres».

«La microscopie m’a toujours fasciné! S’enthousiasme le chercheur, docteur depuis octobre 2025. C’est incroyable toutes les informations que l’on peut obtenir sur quelqu’un sans l’avoir jamais rencontré.» Le microscope est devenu l’outil central de sa thèse, menée à l’École des sciences criminelles de l’Unil et consacrée au transfert secondaire de fibres, ces indices invisibles mais précieux pour la justice.

Dans un premier temps, le chercheur a demandé à des volontaires de porter un t-shirt pendant six à huit heures. Il s’est ensuite rendu à leur domicile pour identifier les sources potentielles de fibres. De retour en laboratoire, il a comparé les échantillons prélevés sur les participants avec ceux issus des vêtements portés.

En parallèle, le traqueur de fibres a mené une seconde expérience pour approfondir son étude: sur un tatami de jiu-jitsu brésilien – sport qu’il pratique assidûment, le scientifique a recréé une agression fictive pour observer comment les indices textiles se transfèrent d’un corps à l’autre lors d’un contact. La finalité de sa thèse? Créer des modèles statistiques pour évaluer la probabilité qu’un transfert de fibres témoigne d’un contact réel.

Scènes de crime et laboratoires

Né à Singapour, Yu Chen Lim-Hitchings est parti aux États-Unis à 20 ans pour son bachelor. Très vite, il fait ses premiers pas sur de véritables scènes de crime. «Lors de stages, j’ai accompagné des scientifiques sur des cambriolages et assisté à des autopsies humaines et animales», se souvient-il. Si nombre d’étudiants quittent la salle au premier contact avec la mort, lui n’a jamais flanché. «J’ai toujours su que la mort faisait partie du métier», dit-il, reconnaissant néanmoins que sa première expérience fut malgré tout «plus étonnante et difficile» qu’il ne l’avait imaginé. Aujourd’hui, son choix est sans équivoque: il préfère de loin les laboratoires aux scènes de crime. Après son bachelor, cap sur la Suisse pour un master, suivi d’une thèse à l’École des sciences criminelles de l’Unil. 

À son arrivée, le jeune homme ne parle pas un mot de français: «Je l’ai appris en un an.» Sa thèse aujourd’hui fraîchement en poche, notre traqueur de fibres se réjouit de «travailler sur des cas concrets». Aux Pays-Bas? En Suisse? Il envisage différentes options. Il sourit à l’idée de repartir peut-être encore pour une nouvelle vie à l’étranger. «Changer de pays tous les trois ou quatre ans commence gentiment à me peser», admet-il. S’il ignore pour l’instant où il posera définitivement ses valises, un indice (une trace?) semble affleurer dans ses propos: «Je suis tombé amoureux de l’Europe», confie-t-il à plusieurs reprises.

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