Le canton de Vaud, à l’ère de l’urbanisme tâtonnant

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Lausanne. Cette carte postale présente une vue du boulevard de Grancy, entre 1903 et 1905. Anonyme. Coll. Musée Historique Lausanne. © Repro: Atelier de numérisation Ville de Lausanne.

Comment, quand et sur quels principes se sont développées les villes de Lausanne, Vevey ou Nyon? Réponses complexes et nuancées dans le dernier numéro de Monuments vaudois consacré à l’urbanisme.

Il suffit parfois de quelques dizaines d’années pour qu’une ville change radicalement de visage, pareille à une Belle au bois dormant brutalement tirée de son sommeil par d’entreprenants promoteurs. Dave Lüthi, professeur associé à l’Unil, et une poignée de collègues historiens de l’architecture le démontrent dans un passionnant numéro de la revue Monuments vaudois consacré à l’urbanisme. La palette des contributions va de Vevey à Nyon en passant par Lausanne. Elle s’attarde en particulier sur les transformations de la Belle Époque, avec quelques excursions plus avant dans le XXe siècle.

Difficile d’imaginer à quoi ressemblait Lausanne en 1870. Sous-gare – territoire encore essentiellement viticole – les quartiers du Mont-d’Or et de Grancy n’existent pas encore. C’est à leur planification et leur édification que s’intéressent Dave Lüthi et Nathalie Desarzens. Ils précisent que, dès le milieu du XIXe siècle, la ville «connaît un développement urbain sans précédent engendré par l’amélioration des dessertes routières et la création des voies de chemin de fer». Inaugurée en 1856, la gare ne cessera ensuite de s’agrandir, rappelle par ailleurs Bruno Corthésy. La population résidante ayant doublé entre 1850 et 1890 – où l’on dénombre 34000 habitants – la saturation du centre-ville pousse les plus fortunés vers les anciennes «campagnes».

Esthétiquement, structurellement, le quartier du Mont-d’Or et celui de Grancy sont très différents. Mais tous deux sont nés de l’initiative privée, en l’occurrence celle de la Société foncière des Boulevards. Et tous deux s’inscrivent en dehors d’un cadre clair et préétabli. Une conception de l’urbanisation qui vaudra à Lausanne de se développer par juxtaposition d’ensembles et non, comme Genève ou Zurich, selon une vision globale. À la toute fin du XIXe siècle, la Ville s’efforce toutefois de reprendre la main sur les nouvelles constructions. En 1905, un premier plan directeur est adopté, définissant notamment les artères à créer.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le percement des trois rues commerciales analysé par Gilles Prod’hom. Il s’agit de nouvelles voies créées dans le bâti ancien, la rue de la Paix et la rue du Lion-d’Or (toutes deux à proximité de la rue de Bourg) et, plus à l’ouest, de la rue Adrien-Pichard. Ces chantiers spectaculaires impliquent le sacrifice de nombreux édifices et pas mal de concessions de la Ville. Et une fois encore, ils entérinent la toute-puissance des acteurs privés qui conservent la haute main sur ces opérations lucratives.

Lire également la notice sur le site de Labelettres

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Urbanisme. Monuments vaudois 15 (2025),
96 p. unil.ch/monumentsvaudois

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