Vaut-il la peine de se lancer dans un cursus long, comme un Certificate ou un Diploma of Advanced Studies? Une étude récente montre que c’est le cas. Mieux, les participantes et les participants en retirent des bénéfices dans tous les aspects de leur vie.

Photo Nicole Chuard © Unil
Une fois que l’on est plongé dans le rythme de la vie professionnelle, la perspective d’entamer une formation continue peut soulever des doutes. Il s’agit en effet, pendant plusieurs mois, de dénicher de la place dans l’agenda pour caser des cours, souvent dispensés en semaine et le samedi, ainsi que les heures nécessaires à la réalisation des travaux personnels. Est-ce de l’énergie bien dépensée?
La réponse est positive. Dans le cadre d’un projet pilote mené à la Formation Continue Unil-EPFL, Pascale Dalla Piazza et Mariana Vieira ont interrogé une centaine de personnes qui ont suivi des cursus de longue durée, grâce à un questionnaire en ligne. Quel a été l’impact des cours sur leurs vies professionnelles, et au-delà?
Les évaluations ont porté sur quatre Certificate of Advanced Studies (Dramaturgie et performance du texte, Périnatalité et petite enfance, Accompagnement spirituel en milieu de santé, ainsi que Préparation mentale), et sur le Diploma of Advanced Studies en Gestion culturelle.
Pourquoi ces cursus-là? «Nous avons choisi des formations continues qui comptent au moins trois éditions, afin de toucher un nombre suffisant de participantes et de participants», explique Mariana Vieira. Les personnes interrogées ont suivi leurs cours entre2015 et 2023, afin qu’elles puissent en parler avec du recul.
96% des répondantes et des répondants se disent satisfaits ou assez satisfaits de la formation suivie. Près de 89% la recommanderaient à d’autres. La majorité des diplômées et diplômés (86,5%) a pu appliquer les connaissances acquises dans le cadre de sa pratique professionnelle. Ce taux paraît normal pour de la formation continue, mais encore fallait-il le prouver.
La mèche a été allumée par une étude de l’entreprise d’outplacement von Rundstedt, sortie fin 2024. «Il en ressort que le fait de suivre des formations continues n’a presque aucun impact sur l’employabilité, ce qui nous a paru un peu choquant», se souvient Pascale Dalla Piazza. Au sein de Swissuni, l’Association suisse de formation continue universitaire, «nous nous sommes rendu compte que l’on manquait de données pour corroborer ce que nous constatons tous les jours de manière empirique, soit l’impact positif de l’acquisition de connaissances tout au long de la vie».
Un but attendu de la formation continue réside dans les perspectives d’évolution de carrière. Le sondage montre que cela fonctionne dans une majorité de cas. «Des personnes ont pu sécuriser leur position, ou assumer de nouvelles responsabilités», note Mariana Vieira. Le fait de décrocher un CAS en Accompagnement spirituel en milieu de santé «a incité des personnes à se réorienter», ajoute Pascale Dalla Piazza. À d’autres, l’obtention d’un titre académique, comme un CAS ou un DAS, a ouvert les portes de formations supplémentaires.
Trouver du réseau
La richesse des parcours des participantes et participants donne de la valeur aux formations continues. Le projet pilote le démontre. «71% des répondantes et répondants se sont constitué un réseau professionnel à cette occasion, relève Mariana Vieira. La majorité d’entre elles y a eu recours depuis. Certains ont trouvé un emploi, d’autres ont monté des projets avec des personnes de leur volée.»
Nous avons souvent une vision utilitariste de la formation continue. «Des études menées au niveau européen montrent qu’elle permet aussi aux personnes de rester impliquées dans la société, et qu’elle contribue au développement personnel», indique Pascale Dalla Piazza. L’enquête menée le confirme, puisque 62% des répondantes et répondants ont appliqué les connaissances et compétences acquises dans d’autres cadres que celui du travail. «La consolidation de la posture réflexive, la capacité à prendre du recul et le développement de la réflexion critique sont mentionnés dans les réponses recueillies, relève Mariana Vieira. D’autres signalent un gain de confiance en soi.»
Des points à améliorer
Le projet pilote a mis le doigt sur des améliorations possibles. Certains aspects «avaient déjà été mentionnés par des participantes et des participants dans le questionnaire qui ponctue la fin des formations. Leurs remarques ont débouché sur des adaptations», précise Pascale Dalla Piazza.
Un besoin d’accompagnement plus soutenu pour les personnes en formation continue émerge. Il n’est en effet pas simple de reprendre le tempo des études après des années dans le monde professionnel. Il a également été relevé que le rythme est parfois trop soutenu pour des travailleuses et travailleurs à plein temps.
Un développement de l’offre en ligne, qui procure de la souplesse dans les horaires, serait-il la bonne réponse? Mariana Vieira pense qu’il peut y contribuer. «Le format hybride marche bien. Le numérique permet aux participantes et participants d’aménager leur temps. Mais les cours en présentiel demeurent appréciés pour la possibilité de créer des liens professionnels.» De plus, la formation continue représente une bouffée d’oxygène bienvenue, hors du cadre habituel.
Journées pour les alumni
Le questionnaire permettait de laisser des commentaires libres. Parmi ces derniers figure l’idée de proposer des journées ponctuelles aux alumni, afin de mettre à jour les connaissances acquises lors des cursus et de se retrouver entre participantes et participants. Plusieurs responsables de filières sont motivés à mettre en place de tels événements.
L’évaluation de cinq cursus du portefeuille de la Formation Continue Unil-EPFL a une suite. «Cela nous a donné l’envie de poursuivre l’enquête avec l’ensemble des CAS et DAS que nous proposons, et pourquoi pas avec certains Masters of Advanced Studies (MAS)», note Pascale Dalla Piazza. La phase 2 a démarré en novembre dernier et devrait se terminer bientôt.
L’impact en chiffres
Cinq formations continues de longue durée ont été évaluées au moyen d’un questionnaire en ligne. Parmi la centaine de répondantes et répondants:
86,5% ont appliqué les compétences et connaissances acquises dans leur pratique professionnelle.
62% les ont mobilisées dans leur vie privée ou de citoyen.
60,5% ont vu leur situation professionnelle évoluer.
71% ont développé leur réseau professionnel. Parmi eux, 77% y ont eu recours.
89% recommanderaient la formation suivie à leurs collègues.
