Destiné aux professionnels de la santé, du social et de la formation, un cursus consacré à la migration, organisé conjointement par l’Unil et la HES-SO, existait depuis un quart de siècle. Il vient d’être revu de fond en comble pour mieux répondre aux besoins de ses participantes et participants.

Nicole Chuard © Unil
«Migration et pratiques professionnelles dans la santé, le social et la formation», tel est le titre de la nouvelle mouture de ce Certificate of Advanced Studies (CAS). Co-organisé par la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Unil, les Hautes écoles de travail social et de la santé Lausanne (HETSL) et Genève (Hets Genève) ainsi que l’Institut et Haute École de la Santé La Source, la première édition de cette variante mise à jour démarrera en mars 2027 pour s’achever en janvier 2028. Elle se présente désormais dans une version resserrée dans le temps, s’étendant sur un an contre 18 mois pour la précédente mouture, qui existait depuis vingt-cinq ans.
Ce remaniement ne doit rien au hasard: «Nous avons constaté l’impossibilité pour une partie des professionnels de concrétiser leur inscription en 2024 et avons cherché à en connaître les raisons», résume Shyhrete Rexhaj. Professeure HES ordinaire en santé mentale et psychiatrie à l’Institut et Haute École de la Santé La Source, elle est également coprésidente du comité scientifique de ce CAS, aux côtés de Clara Devlieger, professeure associée en anthropologie de la santé à l’Institut des sciences sociales de l’Unil. Il est apparu que l’ancienne version, notamment par sa durée, n’était plus adaptée aux enjeux de la formation continue ni à son public cible, très mobilisé sur le terrain.
Qu’il s’agisse de personnel enseignant ou soignant, d’éducateurs, d’assistants sociaux ou de policiers, elles et ils ont pour autre point commun de se trouver en lien avec les enjeux migratoires. Les précédentes volées ont vu passer une architecte qui souhaitait réfléchir à la manière dont l’environnement peut contribuer à créer l’hospitalité. Des employés de services communaux désirant comprendre ces enjeux pour mieux accueillir les personnes concernées, ainsi que des sages-femmes s’interrogeant sur la façon de mettre les migrantes en situation de pair-aidance dans le cadre de la préparation à l’accouchement, l’ont également suivie. Une audience très variée qui, pour Shyhrete Rexhaj, «donne tout son sens à cette formation continue, car il s’agit véritablement d’apprendre à travailler ensemble», souligne-t-elle. Une dimension à laquelle renvoie d’ailleurs le sous-titre du CAS, «Collaborations interprofessionnelles, approches interculturelles et pratiques antidiscriminatoires».
Un langage commun
Suivie dans son intégralité, la formation se compose de cinq modules plus un travail de certification. Comme jadis, le tout premier, intitulé «Migration sous la loupe», peut être pris seul, telle une formation courte. En quatre jours, il donne des clés et un cadre pour comprendre les enjeux de la migration en Suisse et en Europe, ainsi que les politiques publiques d’intégration. «On y acquiert les outils nécessaires pour s’interroger sur sa propre pratique et l’ajuster aux circonstances», souligne Shyhrete Rexhaj. Elle poursuit: «Elle peut aussi bien servir d’introduction au sujet que de mise à jour pour les personnes qui auraient suivi le CAS il y a plusieurs années. Quant à celles qui optent pour l’ensemble du CAS, elle leur délivrera le socle d’un langage commun.»
Les quatre autres modules, tous prévus sur deux jours, se déroulent en présentiel et mettent l’accent sur le concret. À cet effet, des professionnels issus d’horizons variés, en Europe comme en Suisse, œuvrant au cœur de ces domaines, viendront partager leur expérience du terrain. «Ces échanges ont souvent lieu au cours de tables rondes où les participantes et les participants sont à leur tour encouragés à exprimer leurs propres expériences et défis rencontrés dans leur métier», précise-t-elle.
Le second s’intéresse aux enjeux liés à la mondialisation et examine l’impact des changements des politiques et mouvements migratoires aux quatre coins du monde. Quelle est leur influence sur les pratiques professionnelles dans les domaines de la santé, du social et de la formation? Dans le troisième module, les participantes et les participants seront invités à s’interroger sur les nouvelles modalités qu’implique le travail en réseau. Comment devenir acteurs du travail interdisciplinaire dans un contexte de plus en plus complexe? Comment construire son identité professionnelle au sein de cette diversité? Autant de questions qui débouchent sur le quatrième volet, consacré aux récits de vie, à la manière dont on narre son propre parcours et dont on reçoit celui de l’autre.
Sortir de l’urgence, apprendre à collaborer
Dans le cinquième module, il s’agira d’apprendre à réfléchir dans un cadre où la tension et la pression économique pèsent de plus en plus lourd. Comment favoriser les approches interculturelles et pratiques antidiscriminatoires? Comment adopter une vision à long terme et réaliser des choix plus durables? Et comment sortir de ce paradoxe né de l’injonction à faire preuve d’inclusivité alors que ni les processus ni le contexte ne le permettent?
Dans leur travail de certification, les participantes et participants sont invités à imaginer des pistes d’intervention concrètes et ainsi devenir actrices et acteurs de projets interdisciplinaires: «Dans nos sociétés, plusieurs perspectives et savoirs se confondent – culturel, artistique, éthique, académique… À l’issue de cette formation, chacune et chacun aura acquis la théorie et les outils grâce auxquels ils pourront analyser cette complexité. Ils seront ainsi à même de concevoir des opportunités d’agir», conclut Shyhrete Rexhaj.
