Collection Schira

Un mot de Bernard Schira

À la fin des années soixante, jeune chanteur, je devais donner un concert dans la soirée à Genève. Ayant un peu de temps l’après-midi, je flânais dans la Cité et vis, par hasard, exposé dans la vitrine du libraire de la Grand’ Rue, un exemplaire du Chat noir.Je fus très surpris de trouver un journal datant de près d’un siècle. J’entrai, demandai le prix, il n’était pas excessif (j’étais encore étudiant), donc je pus l’acheter.

Je connaissais ce journal, car, admirateur de Charles Cros que j’avais mis en musique, j’avais acheté ses Œuvres complètes éditées par Jean-Jacques Pauvert et, dans cet ouvrage, se trouvaient insérés des fac-similés de journaux de l’époque, dont Le Chat noir.

Le propriétaire de la librairie, le vieux Monsieur Sack, m’encouragea à revenir, ce que je ne manquai pas de faire à plusieurs reprises. Il me confiait les clés de son dépôt où je découvrais des merveilles ; j’en revenais un peu penaud car, même si ses prix étaient tout à fait raisonnables, je n’avais qu’un budget d’étudiant. Néanmoins, je repartais avec tous les journaux que j’avais sélectionnés, quelques bulletins verts et ces paroles du vieux libraire : « Vous me payerez petit à petit et mangerez un peu moins ». Belle leçon.

Ce furent mes premiers achats, qui enchaînèrent avec d’autres tout au long des cinquante années suivantes. Les hasards des découvertes, à Genève, à Lausanne, à Fribourg ou Paris me permirent de compléter ce que je n’avais pas la prétention d’appeler une collection.

Je fis ainsi connaissance avec les dessinateurs. Steinlen le premier, si proche des petites gens de son époque, puis les grands, Grandville, Daumier, Willette… ainsi que beaucoup d’autres.

Willette me toucha particulièrement ; j’eus la chance de trouver la collection complète de son journal, Le Pierrot et eu l’occasion d’utiliser l’un de ses dessins pour faire l’affiche d’un spectacle collectif en 1968.

Aubenas, Ardèche 1968

À Lausanne sur le Grand Pont se trouvait la librairie Gonin. Monsieur Gonin, répondant à ma demande concernant des journaux satiriques, m’apporta de son dépôt l’année 1835 du Charivari. Il me proposa de l’emmener pour l’étudier avant de l’acheter. Je ne ramenai pas les journaux mais revint pour les payer. La confiance régnait à cette époque ! Et puis L’Eclipse, la collection complète (sauf erreur 1868-1872, à cheval sur la Commune, avec les numéros censurés), que je pus échanger contre une édition des Cartes Dufour, avec les magnifiques dessins du grand André Gill et ses grosses têtes.

J’ai souvent eu de la chance parfois aussi des déceptions. Faire une offre pour Le XXe siècle, d’Arthur Robida et s’entendre répondre que mon offre était la meilleure mais qu’elle arrivait trop tard, ou encore apprendre que la collection complète convoitée de L’Assiette au beurre venait d’être vendue !

Pour moi, ce fut aussi une école de vie, découvrir un immense domaine inconnu, et apprendre à ne pas regretter, comme le dit Jules Jouy (1850-1897) :

Où sont les chansons d’autrefois ? …

Que fera-t-on dans quelques mois,

De ces vers par moi publiés ? …

Des cornets pour les épiciers.

Chansonnettes, neige qui fond,

Chiffon, chiffon, tout est chiffon.

 

Arrive alors l’heure de ma retraite, je me retrouve avec quelques milliers de journaux qui prennent de la place alors qu’il est de temps de s’alléger. Que faire ? Recycler ceci comme du vieux papier ? Disperser cet ensemble au gré de quelques ventes hasardeuses ?

Je suis très heureux que la Bibliothèque Cantonale ait accepté d’accueillir ce que j’ose enfin appeler une collection.

Bernard Schira


Un aperçu de la collection Schira

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