Exposer l’architecture

Anne Develey

L’architecture suisse au-delà des frontières :
expositions itinérantes et photographie (1945-1960)

Les expositions d’architecture moderne se développent considérablement de la fin des années 1920 jusqu’au début des années 1960. Lorsque l’architecture n’est pas présentée à l’échelle 1:1, elle requiert un mode de représentation qui se substitue à l’édifice original. Le dessin, la maquette, le plan et surtout la photographie figurent parmi les moyens employés pour manifester aux visiteurs l’existence de l’objet architectural. Comme l’a relevé Beatriz Colomina, c’est l’espace des médias qui produit et fait connaître l’architecture moderne. L’exposition est un vecteur de diffusion qui participe à cette médiatisation. Contrairement aux publications, l’exposition comme espace de diffusion des images d’architecture reste à ce jour un objet peu étudié, et cela malgré l’intérêt historiographique croissant pour l’exposition d’architecture et l’exposition de photographie.

Le principe d’exposition d’architecture suisse itinérante entièrement composée de photographie s’impose au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ces expositions, axées sur des réalisations modernes, traversent les frontières durant de longues périodes pour atteindre un public disséminé. Ce projet interroge l’engouement pour cette pratique telle qu’elle s’est développée entre 1945 et le début des années 1960 sur la base d’un corpus de cinq expositions organisées par Pro Helvetia, le Werkbund et la Fédération des architectes suisses.

L’objectif de cette recherche interdisciplinaire consiste à déterminer comment l’engouement pour l’exposition itinérante d’architecture suisse s’est développé dans les années d’après-guerre. Nous chercherons à analyser le rôle joué par un ensemble d’acteurs individuels et institutionnels issus du champ de l’architecture et des milieux politiques, économiques et culturels dans cette diffusion de l’architecture de grande ampleur. Cette thèse porte une attention particulière aux discours des acteurs impliqués dans l’organisation de ces expositions, ainsi qu’à l’analyse des dispositifs scénographiques. Elle s’intéresse aux formes de l’exposition d’architecture pour examiner l’évolution des usages de la photographie et l’oscillation de ses fonctions, entre outil de captation de l’architecture et moyen de communication de masse au service de la diffusion des idées. Cette recherche envisage aussi l’exposition photographique d’architecture comme l’instrument privilégié d’une circulation internationale des idées pour les besoins de la diplomatie culturelle dans l’immédiat après-guerre. Elle vise en outre à étudier l’exposition d’architecture itinérante comme un espace favorisant la perméabilité des échanges entre les domaines de l’architecture, de la photographie et du graphisme, ainsi qu’entre leurs acteurs.

Enfin, cette recherche entend contribuer aux études actuelles menées aussi bien sur l’exposition d’architecture que sur l’exposition de photographie par une approche privilégiant les outils empruntés à l’histoire culturelle, en accordant une importance particulière au contexte social, professionnel et institutionnel et aux circuits d’acteurs.

 

Robert Spreng (photographe), Conrad D. Furrer (architecte), Schweizer Architektur, Kunsthalle Bâle, 1949 (in Das Werk, vol 36, n° 3, 1949, p. 25).
Robert Spreng (photographe), Conrad D. Furrer (architecte), Schweizer Architektur, Kunsthalle Bâle, 1949 (in Das Werk, vol 36, n° 3, 1949, p. 25).

Illustration en haut de page : Ernst F. Burckhardt (architecte), Deutsche Bauausstellung, section suisse, Internationale Ausstellung für Städtebau und Wohnungswesen, Berlin, 1931 (in Das Werk, vol. 18, n° 6, 1931, p. 191)