Taverna Natascia

Une sociologie du risque organisationnel de dopage dans les équipes professionnelles cyclistes (2012-2016)

Natascia Taverna, titulaire d’un Bachelor of Science HEFSM en Sport et d’un Master en Sciences du Mouvement et du Sport, Université de Genève et Lausanne. Elle a été engagée comme Coordinatrice de projets de recherche à l’Université de Lausanne de 2012 à 2017. Parallèlement à cela, elle a rédigé une thèse soutenue le 1 mars 2018 à l’Université de Lausanne sous la direction du Prof. Bengt Kayser. Elle travaille actuellement comme Coordinatrice Anti-Dopage.

Dans les mondes du travail non-sportifs et d’après les résultats d’études épidémiologiques, les usages pharmacologiques sont courants (Beck et al., 2013) et attestent les effets des conditions de travail et d’emploi sur le recours aux différents produits. Il est alors légitime de nous demander en quoi le recours au dopage ne résulte pas des conditions de travail et d’emploi des coureurs cyclistes. Nous sommes partis de l’histoire du dopage et des politiques de lutte contre ce dernier nous permettant de constater comment le dopage a été constitué en infraction individuelle à la morale sportive et étiquetée comme déviante (Becker, 1985). Nous avons cependant appréhendé le phénomène du dopage selon une démarche sociologique compréhensive (Weber, 1971) qui se détourne de l’approche moraliste afin d’observer les effets des conditions de travail et d’emploi ainsi que les organisations collectives de travail pour ensuite les analyser. Pour se faire, nous nous sommes référé aux travaux de Serge Paugam (2000) nous permettant de définir les différentes dimensions de la précarité engendrées par lesdites conditions. Toutefois et parce que le dopage est une activité coupable qui s’organise dans une société secrète (Simmel, 1999 ; Hughes, 2009), traiter le phénomène par une démarche sociologique classique est difficile. Grâce à un mandat de recherche avec l’Union Cycliste Internationale (UCI), nous avons pu étudier 16 des 18 équipes WorldTour.

Notre méthode a consisté en l’analyse des bases de données décrivant les carrières des coureurs professionnels dans les 3 premières divisions mondiales entre 2005 et 2016. Nous avons ensuite cherché à comprendre en analysant les conditions de travail et d’emploi au sein des collectifs de travail que sont les équipes grâce à une centaine d’entretiens menés auprès des personnels des équipes, coureurs et autres sponsors.