A propos de l’octroi des bourses pour chercheuses et chercheurs débutant-e-s du FNS : l’évaluation d’une requête

Au vu de l’enjeu que revêt, pour les jeunes chercheur-e-s, l’obtention d’une bourse du FNS, toute précision sur le mode d’évaluation d’une requête est particulièrement précieuse. Laurence Kaufmann rappelle ainsi les règles de fonctionnement de la Commission de la recherche de l’UNIL, dont elle est membre et qui statue sur l’octroi de ces bourses. Elle évoque également les nouveaux instruments d’encouragement pour la relève, prévus par le FNS dès 2013.

Au sein de la Commission de la recherche de l’UNIL, chaque Faculté a deux rapporteurs (quatre pour la Faculté de biologie et médecine). Tous deux sont issus du corps professoral et analysent conjointement les dossiers, puis les discutent en détail avec les autres membres de la division I de la Commission – à savoir les représentant-e-s des Facultés de théologie et de sciences des religions, de droit et des sciences criminelles, des lettres, des sciences sociales et politiques et des Hautes Etudes Commerciales. Cette délibération, qui réunit donc une dizaine de professeur-e-s, vise à statuer sur chaque dossier séparément, puis à les comparer : comme le budget alloué ne permet d’octroyer que 50% environ des bourses demandées, les candidatures ne sont jamais évaluées dans l’absolu, mais comparées avec les autres candidatures déposées lors de la même session. En particulier, elles sont classées par ordre de priorité, en fonction des critères d’évaluation prédéfinis dans l’article 9 du règlement du FNS:

  1. « Qualité, originalité et actualité du projet de recherche » : les innovations théoriques, les croisements interdisciplinaires et les objets empiriques peu investigués sont ici favorisés.
  2. « Accomplissements scientifiques des requérant-e-s à ce jour » : ce critère se réfère à la liste des publications (les textes effectivement publiés ou à paraître). Les publications dans des revues internationales « peer-reviewed » ont un poids plus important que des chapitres de livre ou des articles parus dans des revues locales sans comité de lecture. Cette évaluation porte aussi sur l’organisation et la participation à des colloques, la présentation de conférences ou de posters, etc.
  3. « Perspectives d’atteindre l’objectif de formation visé, aptitude personnelle à une carrière scientifique » : ici, sont pris en considération les profils des chercheur-e-s, tout comme les autres types d’expériences susceptibles de témoigner du dynamisme des requérant-e-s. Ainsi, mener de front plusieurs enseignements et charges familiales, parvenir à publier tout en participant activement à des associations syndicales ou professionnelles, ou avancer dans sa thèse malgré un encadrement déficient, sont autant de manifestations d’une aptitude personnelle à cumuler les tâches et à surmonter les obstacles qui jalonnent une carrière scientifique.
  4. « Qualité du lieu et de formation prévus pour le séjour scientifique » : ce point touche à l’apport de l’institut d’accueil par rapport à l’encadrement qui est déjà disponible à l’Université de Lausanne. L’adéquation entre l’institut hôte et le projet de recherche doit être optimale. Rappelons, par ailleurs, que ce type de bourses ne peut pas être demandé pour effectuer un terrain de thèse, celui-ci devant être réalisé par d’autres moyens.
  5. « Gain escompté par la mobilité » : on évalue ici la nécessité du séjour à l’étranger, ce qui rend les bourses des candidats au doctorat (« candoc ») plus difficiles à « faire passer » que les bourses « postdoc », que le FNS tend à privilégier. En effet, le gain escompté par la mobilité d’une bourse candoc, qui équivaudrait à une sixième ou septième année de thèse, est considéré comme moindre que celui d’une bourse postdoc qui permettrait d’ouvrir de nouvelles voies de recherche.

Il s’avère que l’une des difficultés principales liées à l’octroi des bourses de relève est la mise en concurrence des requêtes des « candocs » et des requêtes des « postdocs », les accomplissements scientifiques des postdocs étant généralement plus importants que ceux des doctorant-e-s. Heureusement, conscient de ce problème, le FNS proposera, dès 2013, un nouveau dispositif d’encouragement pour chercheuses et chercheurs débutants, qui comprendra deux instruments : « Doc.Mobility » pour le niveau du doctorat et « Early Postdoc.Mobility » pour le niveau postdoctoral. Grâce aux fonds libérés par le programme ProDoc, il est également prévu de lancer « Doc.CH », un nouveau type de subside qui permettrait aux doctorant-e-s en sciences humaines et sociales jugés particulièrement prometteurs, de réaliser leur projet de thèse.

Finalement, la décision d’octroi d’une bourse est prise au terme des délibérations collectives au sein de la Commission. Elle répond expressément au règlement et aux recommandations du FNS. De plus, chaque année, un des membres de la Division Carrières du FNS participe à une des séances de la Commission. Il n’en reste pas moins que la sélection des candidat-e-s au bénéfice d’une bourse reste une tâche particulièrement difficile puisqu’une telle sélection conduit au refus d’environ 50% des dossiers, au risque de mettre certains jeunes chercheur-e-s dans des situations délicates. Cependant, d’autres types de bourses peuvent être également sollicités. Une liste relativement exhaustive est disponible sur le site de l’ISS et de IEPI. Une page web signalant des possibilités de subsides pour l’ensemble des chercheur-e-s de la Faculté, est aussi en préparation. Outre ces différentes options, et en ultime recours pour achever une thèse, il est encore envisageable de demander à l’Etat de Vaud un prêt sans intérêt, dont le remboursement peut être échelonné sur une dizaine, voire une vingtaine, d’années. De nombreuses personnes en ont bénéficié et sont actuellement professeur-e-s d’université.