L’empreinte du social en ligne

Olivier Glassey est maître d’enseignement et de recherche à l’Observatoire Science, Politique et Société. Il présente les grandes lignes d’un projet de recherche qu’il est en train de mener.

Pour des raisons économiques, politiques ou encore scientifiques, les traces électroniques produites par les usages des technologies de l’information suscitent l’intérêt croissant d’une large palette d’acteurs sociaux. Issues de la massification et de la banalisation des outils de communication, elles constituent un marqueur permettant de saisir des dynamiques sociales en train de se faire. Les traces digitales se trouvent ainsi parées de vertus descriptives protéiformes réifiées, comme autant de preuves tangibles des pratiques sociales. Cependant, au moment même où les empreintes des activités quotidiennes fournissent un gisement d’information sans précédent, il paraît nécessaire d’interroger l’articulation entre ces traces et les processus sociaux dont elles sont issues et qu’elles sont supposées incarner.

En analysant en amont et en aval de l’usage de ces outils les modes de divulgation d’information dans les réseaux sociaux et en suivant les pratiques spontanées de classification de l’information (folksonomies), notre investigation vise à identifier les contextes sociaux qui accompagnent la genèse de ces données. Il s’agit, en d’autres termes, de poser la question des conditions sociales de productions de ces traces afin de comprendre la part qu’elles décrivent de la réalité sociale, mais aussi les tâches aveugles de ces productions. Cette démarche se concrétise par l’observation des hiatus qui s’expriment entre la diversité des représentations, des discours et des stratégies des individus qui mettent en ligne des informations de même nature (par exemple, le même statut dans un profil).

A la lumière des nombreuses ambitions qui revendiquent de capturer le social en ligne, nous faisons l’hypothèse qu’il existe simultanément la possibilité d’un processus de décontextualisation sociologique et d’un appauvrissement, qu’il convient d’étudier. Cette recherche vise donc en définitive à fonder empiriquement le point de départ d’une réflexion portant sur les spécificités épistémologiques et techniques d’une sociologie des ombres informationnelles afin d’en appréhender la portée et les limites potentielles.

Références :
Glassey O.(2012), « Folksonomies: Spontaneous crowdsourcing with online early detection potential? », in Futures, Special Issue: Weak Signals, Vol. 44, Issue 3, April 2012, pp. 257–264.

Coll S., Glassey O. et Balleys C.(2011), « Building social networks ethics beyond “privacy”: A sociological perspective », in International Review of Information Ethics , Special Issue : Ethics of Online Social Networks, Vol. 16, December 2011, pp. 47 -53.