Sylvain Ferez, sociologue du sport, de la santé et du handicap, a été nommé professeur associé en sciences sociales du sport et de l’activité physique adaptée à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL) en août 2025. Ses travaux portent sur l’accès aux pratiques sportives et la participation sociale des personnes vivant avec des maladies chroniques ou des incapacités. Portrait.
Quel est le parcours qui vous a amené à devenir chercheur ?
Suite à un Doctorat en sciences du sport de l’Université de Montpellier soutenu en 2004, j’ai réalisé deux années postdoctorales au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université d’Amsterdam, avant d’être recruté sur un poste d’Attaché temporaire d’enseignement de recherche (ATER) à la Faculté des sciences du sport de l’Université des Antilles. Puis, entre 2008 et 2025, j’ai exercé comme Maître de conférences à la Faculté des sciences du sport de Montpellier, en assurant la direction du laboratoire « Santé, éducation, situations de handicap » à partir de 2015 et en bénéficiant de plusieurs délégations pour mener mes recherches au CNRS entre 2019 et 2023.
Votre domaine de recherche en une phrase ?
Mon travail de recherche s’intéresse au lien entre sport, santé et handicap. Il mobilise parfois le prisme de la sociologie de la santé et du handicap. L’objectif est de comprendre comment les diagnostics de maladies chroniques affectent la participation sociale, notamment dans les activités physiques et sportives. D’autres fois, mon travail se place sous le prisme de la sociologie du sport. Il s’agit alors d’étudier la production collective de cadres de pratique. Certains cadres sont plus inclusifs, tandis que d’autres peuvent générer de l’exclusion.
Pourquoi mener ces recherches à la Faculté des SSP de l’Unil ?
La Faculté des SSP offre un environnement de recherche en sciences du sport tout à fait spécifique pour les personnes travaillant dans le domaine des sciences sociales, à l’échelle suisse, du continent européen, mais aussi internationale. Car dans la plupart des universités, les sciences du sport sont hébergées par des facultés de sciences médicales ou paramédicales, de sciences du vivant ou de sciences de l’ingénieur. Il faut ajouter à cela que le sport occupe une place singulière à Lausanne, ville olympique. Bref, quand on est sociologue du sport, travailler à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne, c’est être comme un poisson dans l’eau…
Qu’attendez-vous de vos recherches ?
Qu’elles me permettent de regarder mes contemporains et mon quotidien sous des angles nouveaux, loin de la banalité des récits dominants – notamment ceux sur le sport, souvent pleins de lieux communs. C’est sans doute une manière de mieux comprendre et apprécier les autres, et, par ricochet, de mieux se comprendre et s’apprécier soi-même. Au fond, j’espère qu’un regard différent sur un objet à la fois si omniprésent et apparemment futile que le sport pourra m’offrir des clés pour transformer les liens et les relations entre les êtres humains, ainsi qu’avec leur environnement.
Quelles difficultés éprouvez-vous dans le travail de recherche ?
Le travail de recherche est difficile en soi. Il confronte le chercheur à l’incertitude, et parfois à l’angoisse. Les sociologues doivent également composer avec des concurrences dans la production de discours et de savoirs légitimes sur les pratiques sociales qu’ils et elles étudient. Les acteurs du monde sportif aimeraient souvent conserver le monopole du discours sur le sport, tandis que ceux du monde médical cherchent à monopoliser les savoirs sur la santé et la maladie. Il n’est pas simple de convaincre chacun de l’intérêt « commun », de laisser place à d’autres façons de penser de ce qui leur semble relever de leur unique expertise.
Quels sont les talents cachés qui vous aident à surmonter ces difficultés ?
Plus le temps passe, plus s’éloigne de moi l’idée d’avoir un quelconque talent… et plus je mesure l’importance de l’expérience accumulée et la dimension collective du travail de recherche. Disons donc que je ne crois plus guère aux talents qu’on me prête, ou que mes talents cachés sont trop bien cachés pour que je puisse en dire quelque chose ! Face aux difficultés, j’interroge et converti mon agacement en forces de réflexion et de travail.
Qui serez-vous dans 10 ans ?
Je préfère ne pas trop y penser… Mais s’il s’avère que j’ai pu contribuer à améliorer l’intelligence de la façon dont l’expérience des activités physiques et sportives produit la norme et l’anormalité corporelle, dans et par les relations nouées aux autres, j’aurai quelques raisons d’être satisfait.

