Sociophénoménologie. Rassembler les sciences sociales autour de l’expérience d’un rappeur romand
Marine Kneubühler est titulaire d’un master en sciences sociales de l’Université de Lausanne (UNIL). Après avoir occupé la fonction d’assistante diplômée à l’Institut des sciences sociales de l’UNIL, elle a obtenu une bourse Doc.Mobility du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) pour approfondir ses recherches durant 6 mois à l’Université Catholique de Louvain, puis 1 an au Center for Subjectivity Research de l’Université de Copenhague. En parallèle de la rédaction de sa thèse, dirigée par la Prof. Laurence Kaufmann (Institut des sciences sociales de l’UNIL), elle a travaillé pour différents projets financés par le FNS, le Fonds d’initiative pour les médias (IMI) et Innosuisse. Elle a soutenu sa thèse le 17 décembre 2025.
En faisant de la phénoménologie son alliée épistémologique, cette thèse entend réintégrer l’individu, sa singularité et son expérience au cœur même de la sociologie. Elle développe ainsi une sociophénoménologie, entendue comme l’étude des phénomènes sociaux tels qu’ils se donnent à l’expérience. Elle part du constat que le social ne peut être connu qu’en tant qu’il est éprouvé par des individus, qui en sont à la fois les « produits » et les constituants. Pour dépasser l’opposition classique entre le holisme et l’individualisme, elle s’inspire de l’approche dialectique de G. Simmel et de sa méthode formelle, afin de dégager des formes minimales capables d’articuler les institutions, les collectifs et les individus singuliers.
Ce cadre conceptuel est nourri par le suivi approfondi d’un rappeur, LK, actif dans le hip-hop suisse romand et cofondateur du collectif Les Uns. De nature paradigmatique, ce cas empirique permet d’examiner les apports et les limites des grandes approches en sciences sociales, notamment leur difficulté à saisir la perspective en première personne et les appropriations dynamiques propres à l’expérience. La thèse défend ainsi la nécessité d’une anthropologie phénoménologique, adossée au corps propre, au minimal self et au concept de « volume humain », pour préserver les dimensions singulières et subjectives irréductibles de l’expérience. Une telle anthropologie permet de tenir compte des capacités réflexives des individus aussi bien que de l’opacité inhérente à leur perspective et à leur structure d’expérience.
La dernière partie approfondit ce programme à partir de l’observation d’un moment de création d’un couplet par LK, afin d’éclairer les médiations qui « travaillent » l’intersubjectivité, l’altérité à soi, la subjectivation et la circulation de l’expérience. La thèse vise ainsi à montrer que seule une sociologie attentive à l’expérience subjective des individus et à ses médiations peut rendre justice à la genèse et à la transformation des phénomènes sociaux.
