Analysing Mothers’ Health Practices Towards Their Children: A Critical Health Psychology Perspective
Après un Bachelor en psychologie à l’Université de Lausanne (Unil), obtenu en 2016, Chloé Michoud a continué son parcours, toujours à l’Unil, avec un master orientation psychologie sociale. Durant son master, elle effectue un stage de recherche à l’Institut de psychologie dans le cadre du projet SPARK FNS ‘healthvlogging’ de la Professeure Maria del Río Carral. En 2021, elle obtient son master et commence alors son doctorat sous la direction de la Professeure del Río Carral. En 2023, Chloé Michoud obtient une bourse Mobi.Doc qui lui permet d’étendre ses recherches à l’Université de Keele (Royaume-Uni) de janvier à juillet 2024. Chloé Michoud a soutenu sa thèse le 14 novembre 2025.
La maternité contemporaine est caractérisée par des « responsabilités intimes », où, pour les mères, les impératifs néolibéraux d’autogestion de la santé deviennent des devoirs psychologiques intériorisés qui les poussent à fournir des soins dits ‘émotionnellement authentiques’. Ces responsabilités créent des pressions contradictoires entre autogestion de la santé et obligations centrées sur l’enfant, générant des sentiments structurellement produits de culpabilité, de honte ou d’anxiété lorsque des échecs perçus surviennent.
Cette thèse examine les pratiques de santé des mères envers leurs enfants à travers deux phénomènes liés à la santé : l’utilisation d’outils de parentalité digitale (moniteurs de sommeil pour bébés-MB) et l’immunisation (hésitation vaccinale-HV).
En nous appuyant sur la psychologie discursive critique, nous analysons 43 publications de forums sur les moniteurs pour bébés et 18 entretiens individuels non structurés avec des mères hésitantes par rapport à la vaccination de leur·s enfant·s. Nous étudions comment les responsabilités maternelles de santé sont construites discursivement et comment les idéologies dominantes de santé sont résistées ou reproduites dans les récits des mères.
Premièrement, l’analyse des publications en ligne montre comment les mères intègrent la surveillance numérique dans leurs routines quotidiennes, en utilisant les MB comme des outils essentiels pour se présenter comme une ‘bonne mère’. Cependant, ces technologies sont également liées à une anxiété omniprésente, due aux injonctions de surveillance constante et aux fausses alarmes. Ces résultats soulèvent la question de savoir si les mères doivent s’adapter à ces outils ou si les outils devraient mieux accommoder les besoins parentaux. Deuxièmement, bien que l’hésitation vaccinale soit construite comme une pratique « guidée par l’information » par les mères, elle est aussi constituée à travers des récits qui s’appuient sur le raisonnement « mieux vaut prévenir que guérir ». Tandis que dans la littérature existante, l’hésitation vaccinale est souvent interprétée comme un manque d’information ou une connaissance « incorrecte », notre contribution démontre la nature dynamique de l’hésitation vaccinale. Cette construction ambivalente repose sur un processus affectif et relationnel où les mères se positionnent comme expertes en santé. Nous analysons cette construction comme une forme de résistance et une reproduction des normes de genre, renforçant les responsabilités maternelles tout en marginalisant les pères.
S’appuyant sur ces résultats, nous montrons comment la gestion des risques à travers les pratiques numériques et vaccinales fonctionne comme une stratégie discursive pour négocier une position de « bonne mère » pour les femmes. De plus, nous argumentons que la maternité opère comme une « institution avide » (greedy institution), particulièrement concernant la santé infantile, exigeant un engagement intense, un travail émotionnel et une vigilance constante. Ceci est renforcé par des discours de santé exigeant des responsabilités maternelles sans soutien institutionnel adéquat. Finalement, nous proposons la position subjective de « momsperte », constituée à travers les discours postféministes contemporains de maternité et de développement personnel. Cette position est celle d’une mère qui cultive une expertise en santé infantile à travers l’expérience vécue, naviguant l’autorité institutionnelle, les dynamiques relationnelles et les responsabilités parentales.
Les résultats illustrent comment les idéaux néolibéraux de « choix éclairé » et de responsabilité individuelle participent à façonner les pratiques de santé des mères, tout en exacerbant aussi les inégalités sociales, renforçant les normes de maternité intensive qui pèsent disproportionnellement sur les femmes.
Liens :
Article publié : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/13591053251353198
Communiqué de presse : https://www.unil.ch/news/fr/1759320022276
Intervention RTS : https://www.rts.ch/play/tv/forum/video/les-babyphones-source-de-stress-supplementaire-pour-les-parents-interview-de-chloe-michoud-video?urn=urn:rts:video:0131fac5-f3be-3090-8041-4fb4c50c5de5
