Axel Ravier

Des gays (pas) comme les autres. L’homosexualité masculine dans l’environnement socio-spatial des grands ensembles

Axel Ravier est sociologue. Il a réalisé sa thèse de doctorat en sociologie en cotutelle entre l’Université de Rouen-Normandie (France) et l’Université de Lausanne, consacrée aux expériences ordinaires de l’homosexualité masculine au sein des banlieues françaises. Son travail s’inscrit à l’intersection de la sociologie urbaine, de la sociologie des sexualités et des approches intersectionnelles, et interroge les rapports entre genre, sexualité, classe sociale, race et espace, à partir de terrains situés en dehors des grands centres urbains. Il a soutenu sa thèse en novembre 2025 sous la co-direction du Prof. Chauvin (Institut des sciences sociales, Unil) etElise Palomares, Professeure des Universités à l’Université de Rouen, France.

Cette thèse étudie l’expérience des hommes homosexuels dans les grands ensembles franciliens. Elle rompt avec l’opposition simpliste entre un centre-ville perçu comme tolérant et des périphéries réputées hostiles, pour interroger la diversité des formes de vie homosexuelle dans ces espaces populaires et ségrégués. Loin de réduire ces quartiers à des lieux d’homophobie ou de les évaluer à l’aune d’un degré de gayfriendliness, elle s’attache à comprendre comment l’homosexualité y est vécue, nommée, tue ou négociée, en fonction des contraintes sociales et des rapports de pouvoir qui les traversent.

Pour ce faire, la thèse mobilise trois matériaux empiriques : une analyse du traitement médiatique de l’homosexualité en banlieue depuis les années 1990, une ethnographie d’un an et demi menée dans un grand ensemble de la région parisienne, et quarante et un entretiens semi-directifs menés auprès d’hommes gays ayant vécu dans ces quartiers.

La première partie examine les représentations médiatiques qui façonnent l’image des quartiers populaires comme des lieux à la fois dangereux et objets de fantasmes pour les minorités sexuelles, notamment à travers la mise en avant récurrente de faits divers et la figure ambivalente de la « racaille ». La deuxième partie explore les régimes locaux d’énonciation de la sexualité, en étudiant la manière dont les institutions de proximité (centres sociaux, structures jeunesse, acteur·rices associatifs) gèrent, négocient ou éludent les enjeux relatifs à l’homosexualité. Enfin, la troisième partie met en lumière les modes de vie spécifiques développés par les hommes interrogés, souvent caractérisés par la discrétion et une posture critique à l’égard des espaces gays mainstream.

En articulant les dimensions de classe, de race, de genre et de domination spatiale, cette thèse invite à repenser les homosexualités à partir de territoires délaissés, et à saisir la diversité des parcours et des formes de subjectivation qui y émergent.