Alexandre Mathys

Les réappropriations des arts martiaux chinois au Cameroun

Titulaire d’une licence en français et en histoire, Alexandre Mathys a poursuivi ses études par un master en études asiatiques à l’Université de Genève, avant de réaliser une thèse de doctorat en science politique à l’Université de Lausanne, sous la direction d’Antoine Kernen. Il cumule par ailleurs plus de dix ans d’expérience en tant qu’enseignant au gymnase en Suisse. Sa thèse, soutenue le 10 septembre 2025, repose sur une enquête ethnographique multi-située menée au Cameroun, en Chine, au Gabon et en France.

Ce travail propose une sociologie politique des circulations culturelles à partir du cas des arts martiaux chinois au Cameroun. Il explore comment des pratiques culturelles chinoises, portées par des dispositifs diplomatiques et institutionnels, sont localement appropriées, transformées et investies de significations nouvelles par des acteurs camerounais. L’analyse repose sur un important matériau empirique (entretiens, observations, archives, documents visuels) permettant de suivre les trajectoires du kung-fu depuis son institutionnalisation en Chine jusqu’à ses réinventions africaines.

La thèse articule deux dynamiques principales : d’une part, les logiques de diplomatie culturelle portées par la Chine, souvent pensées en termes de soft power, mais relues ici depuis le terrain et les usages locaux ; d’autre part, l’agentivité des pratiquants camerounais, qui adaptent, détournent et redéfinissent la pratique martiale en fonction de leurs ressources, contraintes et objectifs propres. À travers cette double focale, la thèse propose une lecture fine des circulations transnationales, attentive à la manière dont elles sont (re)négociées « par le bas ».

L’analyse met notamment en évidence plusieurs ressorts centraux de ces appropriations : récits fondateurs sur l’arrivée du kung-fu, rôle du cinéma et de l’imaginaire visuel, mise en place de réseaux transnationaux, logiques de professionnalisation, stratégies de légitimation et bricolages quotidiens face à la précarité des structures sportives et à la faiblesse du soutien institutionnel. Les arts martiaux chinois apparaissent ainsi comme une ressource symbolique et économique mobilisée dans un contexte social marqué par l’incertitude.

La thèse propose enfin un modèle analytique original articulant circulation, réinvention et agentivité, et contribue à renouveler les études sur les dynamiques culturelles transnationales en contexte postcolonial. Elle ouvre également des pistes de recherche sur les usages sociaux du sport, les diplomaties culturelles africaines et les formes contemporaines de légitimation des pratiques culturelles globalisées.