Faire tenir l’ordre hétérosexuelle. Présomption contraceptive et corps au travail. Une enquête sur les pratiques ordinaires de contraception en Suisse romande.
Titulaire d’un master en sciences sociales de l’Université de Lausanne, Alexandra Afsary est socio-anthropologue. Elle a réalisé une thèse de doctorat en sciences sociales sous la codirection de la Prof. Irene Maffi et la Prof. Marta Roca i Escoda (Institut des sciences sociales, Unil). En parallèle, elle a été assistante diplômée à l’Université de Lausanne, puis elle a travaillé à la Haute école de travail social de Fribourg depuis 2022. Elle y est actuellement adjointe scientifique. En 2023, elle a obtenu la bourse de relève du domaine Travail social de la HES-SO. Sa thèse, soutenue le 14 janvier 2026, porte sur la responsabilité contraceptive.
Cette thèse analyse les formes contemporaines de la responsabilité contraceptive à partir d’une enquête ethnographique menée en Suisse romande. Elle s’appuie sur une cinquantaine d’entretiens avec des femmes et des professionnel·les de santé, sur des observations réalisées dans un centre de santé sexuelle et des cabinets gynécologiques, ainsi que sur une analyse documentaire.
L’enquête décrit et analyse la persistance d’une division sexuelle du travail reproductif: la gestion de la contraception repose principalement sur les femmes, dans un régime où cette responsabilité est largement présumée. La thèse propose le concept de « présomption contraceptive » pour désigner un schéma interactionnel par lequel la charge contraceptive est attribuée par défaut aux femmes, sans faire l’objet d’une discussion ou d’une négociation explicite. Cette présomption traverse les relations intimes, les trajectoires biographiques et les pratiques professionnelles, et contribue à naturaliser un travail contraceptif largement invisible, composé de tâches corporelles, émotionnelles, logistiques et relationnelles.
En retraçant les biographies contraceptives des femmes, la recherche montre que la contraception s’inscrit dans un travail du care et soutient à la fois l’ordre hétérosexuel et l’ordre productif. Les femmes sont engagées dans des régimes d’anticipation et de gestion des risques, visant à garantir la continuité des relations sexuelles et affectives, tout en alignant les corps sur des exigences de disponibilité et de performance. Si les femmes déploient des capacités d’action – s’informer, négocier, ajuster, parfois refuser – cette agentivité s’exerce dans un cadre fortement contraint, marqué par l’hétéronormativité et l’individualisation néolibérale.
En articulant une analyse des dispositifs institutionnels à une approche socio-phénoménologique du corps, cette thèse montre comment la responsabilité contraceptive fonctionne comme un dispositif biopolitique central de production du genre. Elle invite enfin à penser la contraception au-delà d’une technique de régulation de la fertilité, comme un enjeu politique, social et moral, au cœur des inégalités reproductives contemporaines.
