Conférences 2026

Jeudi 26 février | 16h | Université de Lausanne – Anthropole 2106

« Clannad : une machine à pleurer pour comprendre la culture populaire japonaise »
Julien Bouvard (Université Jean Moulin Lyon 3) et Mathieu Triclot (Université de technologie de Belfort-Montbéliard)

Comment un jeu vidéo peut-il nous faire pleurer ? La présentation reviendra sur le cas de Clannad, visual novel sentimental du début des années 2000, devenu l’une des plus belles machines à pleurer de la culture populaire japonaise. La licence est célèbre pour sa capacité à tirer les larmes, entre jeu vidéo et cinéma d’animation. Mais comment un jeu vidéo si pauvre en moyens peut-il être si riche en émotion ? Au cœur de Clannad se joue une inversion des logiques du male gaze : un jeu de drague pour mecs, qui vire au mélo, et promeut une masculinité traversée par la féminité, où le soin et la fragilité deviennent des vertus. Derrière ses airs de curiosité vidéoludique, ce visual novel s’avère une porte d’entrée inattendue vers les logiques profondes du jeu vidéo, de l’anime ou du manga contemporains : circulation des personnages d’un média à l’autre, économie du media mix, porosité entre création amateure et production industrielle, nouvelles figures du désir et du genre, puissance du mélodrame. Clannad offre une formidable entrée sur la fiction japonaise contemporaine, ses réseaux d’attachement et circuits du sensible.

Julien Bouvard est maître de conférences en études japonaises à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Il est spécialiste des cultures populaires japonaises contemporaines. Après une thèse dédiée à la politique du manga, il s’intéresse aujourd’hui à la matérialité des circuits de l’édition japonaise.

Mathieu Triclot est maître de conférences en philosophie à l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard. Il a travaillé sur l’expérience esthétique des jeux vidéo, en faisant la promotion d’une approche de play studies, centrée sur la réception et l’étude des pratiques. Il est l’auteur de Philosophie des jeux vidéo.

Julien Bouvard et Mathieu Triclot sont les auteurs d’un récent ouvrage dédié à Clannad, le clavier et les larmes, aux presses universitaires de Liège.


Jeudi 16 avril | 16h15 | Université de Lausanne – Anthropole 2106

« Cross-Border Communications: The Toronto School in its Transatlantic Trajectory »
Michael Darroch (York University)

The notion of a “Toronto School” of media studies tends to overlook the cross-border and transatlantic influences that shaped the theoretical discussions of these scholars in the 1950s. Marshall McLuhan’s encounter with the work of Swiss architectural critic and art historian Sigfried Giedion and his long-time colleague, British town planner Jaqueline Tyrwhitt, as well as the unorthodox American anthropologist Edmund Carpenter, political economist Tom Easterbrook, and psychologist D. Carlton Williams provided the context for a Canadian “experiment in communication”: a dialogue between technology, literature, arts, and urban life, on one hand, and studies of linguistics, intercultural communication, behavioural sciences, and cybernetics on the other. TV became a key focus of their studies and influenced their academic trajectories. Funded by the Ford Foundation, their Seminar on Culture and Communication and journal Explorations (1951-59) formed a unique dialogic and cross-disciplinary melting pot for transatlantic intellectual entanglements. By tracing their correspondence, grant proposals, reports, and other archival materials, this presentation situates these transatlantic scholarly collaborations in the context of their conversations on language, media, culture, architecture, planning, and urban life.

Michael Darroch is Associate Professor of Cinema and Media Arts and Creative Technologies in the School of the Arts, Media, Performance and Design at York University, where he has served as Associate Dean, Academic and Interim Dean. He is currently Partnerships Lead for the Connected Minds Research Network. He is Co-Director of the research-creation hub Interminus focused on comparative borderlands studies, participatory art interventions, and exhibition curation. He co-edited Cartographies of Place: Navigating the Urban (MQUP 2014), an interdisciplinary collection that situates different historical and methodological currents in urban media studies. He is Co-Investigator on two Canadian-funded grants: Sensing Borders: Mapping, Media and Migration, which extends discussions around mapping in media arts by engaging with contemporary bordering practices and migratory trends that have marked borderlands spaces in different ways over time; and Distributed Networks: Media Archaeologies of Educational TV and Communication Studies in Canada, 1945-1975. Recent publications engage with histories of Canadian and Toronto School communication and media studies, urban media cultures, and borderlands visual and media cultures.


Jeudi 30 avril | 16h15 | Université de Lausanne – Anthropole 2106

« Ce que le film nous raconte, ce que l’image nous donne à reconnaître (The Blacksmith, Buster Keaton et Malcolm St Clair, 1922). »
Barbara Le Maître (Université Paris Nanterre)

Sur l’exemple d’un court-métrage burlesque (The Blacksmith, Buster Keaton et Malcolm St Clair, 1922), la conférence s’attachera en préalable à rendre sensible un écart fondamental entre ce que le film relate et ce que, par ailleurs, ses images nous donnent à reconnaître : un ensemble de motifs et de principes de composition attachés au dispositif des grottes ornées de la préhistoire, dont le film opère la relance. Ces « archaïsmes » nous révèlent, d’une part, à quoi tiennent les images que nous regardons, d’autre part, comment le film articule les fragments d’une histoire des formes dont il est partie prenante.

Barbara Le Maître est professeure en études cinématographiques à l’université́ Paris Nanterre. Elle a écrit Entre film et photographie. Essai sur l’empreinte (2004), Zombie, une fable anthropologique (2015), Image versus médium featuring Mark Lewis (2022), et coédité une douzaine d’ouvrages collectifs ou numéros de revue, parmi lesquels, récemment : Damiers, grilles, cubes. De la théorie de l’art aux fictions du cinéma (2023, avec J. Jibokji et J. Martin) ; Moments d’histoire naturelle au cinéma (2024, avec B.N Aboudrar, J. Verraes et J.-S Steyer) ; Culture & musées, n°43 : « Muséologie et cinéma : perspectives contemporaines » (2024, avec S. E Louis) ; Intermédialités. Histoire et théorie des Arts, des Lettres et des Techniques, n°43 : « Fabuler/Fabulating » (2024, avec M. Garneau). Globalement, ses travaux portent sur les relations entre le film et le musée ; les interactions théoriques et pratiques entre divers médiums, images, et dispositifs ; les empreintes et les formes fossiles au cinéma ; le principe d’une archéologie des figurations ; l’analyse filmique et le discours de la fable. En 2025, elle a été accueillie en délégation CNRS au Centre André Chastel (Sorbonne université) pour un projet intitulé « Des miniatures humaines cinématographiques. Entre histoire de l’art et anthropologie ».