« Je suis partie pour Manchester, et ça a changé toute ma vie. »

Comment cela s’est-il passé?

Deux professeurs de Manchester m’ont proposé de faire un doctorat en linguistique historique dans les sections d’anglais et d’allemand, et d’enseigner l’allemand six heures par semaine. J’ai accepté, ce qui m’a permis d’avoir un salaire pour vivre à Manchester, et de ne pas devoir payer les taxes d’écolage.

Ensuite, peu avant de terminer mon doctorat, j’ai rencontré lors d’un congrès une collègue des Pays-Bas qui venait d’obtenir un financement pour un projet de recherche. J’ai postulé et obtenu une place de postdoc à l’Université de Leiden, combinée avec une charge d’enseignement. Plus tard j’ai obtenu un poste de professeure assistante à Utrecht. En y repensant, j’ai eu beaucoup de chance !

Puis vous êtes venue à Lausanne ?

Oui je suis arrivée à l’UNIL en 2014. J’aime beaucoup les Pays-Bas, c’est un pays très libéral, très ouvert, mais je suis Autrichienne : la nature et les montagnes me manquaient. Mon mari et moi avons décidé de postuler dans des universités de l’arc alpin et c’est ainsi que je suis arrivée à l’UNIL.

C’est donc le fait de saisir les opportunités qui se présentaient qui vous a permis de traverser les frontières ?

Oui c’est ça. En fait, avant de commencer mon doctorat à Manchester, je suis retournée en Autriche une année pour terminer ma formation pédagogique et obtenir le diplôme d’enseignante. C’était important pour moi de savoir qu’en cas de difficulté j’aurais toujours la possibilité de retourner en Autriche pour y enseigner. Ça m’a aidée à être plus courageuse dans mes décisions, et à garder une certaine liberté, car j’avais un « filet de sécurité » en quelque sorte.

Utrecht (© Anita Auer)

Vous êtes à l’UNIL depuis près de dix ans maintenant, est-ce que le changement vous manque ?

Les déménagements entre des pays ne me manquent pas. Et ici, à l’UNIL j’ai les possibilités de saisir des opportunités intéressantes qui m’apportent pas mal de variation et qui élargissent mon horizon. J’ai bien sûr des projets de recherche aux niveaux national et international, par exemple avec un collègue indien sur les locuteurs tamouls de la Suisse. En plus, je suis actuellement Présidente de la « Swiss Association of University Teachers of English » et du CLARIN-CH, membre du hub de l’alliance CIVIS « Société, culture patrimoine », et je participe à deux commissions du FNS. Ça me plaît car j’aime bien apprendre de nouvelles choses.  

Est-ce que vous avez des recommandations pour les chercheuses et chercheurs en début de carrière concernant le développement de leur réseau international ?

Je pense qu’il est important de passer du temps à l’étranger, et de ne pas craindre de saisir les opportunités qui se présentent. Ce n’est pas toujours facile de quitter la Suisse car les conditions de travail sont plutôt confortables, mais ça vaut la peine de se lancer.

C’est également précieux de parler plusieurs langues. Ça m’a ouvert beaucoup de portes, aussi dans le contexte suisse car c’est un environnement très multilingue. Le fait de pouvoir publier en plusieurs langues est aussi un atout pour être connue dans un cercle plus large. Et bien sûr, c’est très utile de participer à des conférences internationales pour élargir son réseau.

Est-ce que vous avez fait du réseautage en ciblant les personnes qui vous semblaient les plus intéressantes ?

Pas vraiment, je suis plutôt restée ouverte à faire de nouvelles connaissances et je trouve que c’est une bonne approche. Toutes les personnes avec qui je collabore maintenant sont devenues amies. En début de carrière je cherchais à publier dans des journaux importants plutôt qu’à faire des contacts avec des gens connus. Cela a fonctionné pour moi, mais je ne suis pas sûre que cette approche fonctionnerait encore aujourd’hui.

Pour terminer, avez-vous une anecdote que vous auriez envie de partager ?

J’ai fait en 2012 un séjour de quelque mois à l’Université de Wisconsin à Madison, et on m’a proposé de travailler sur des archives sonores datant des années 60. C’étaient des interviews de descendants d’immigrants du canton de Glaris, arrivés au Wisconsin au milieu du 19e siècle. Certains des locuteurs étaient nés dans les années 1890 ! Les interviews étaient en suisse-allemand et mes collègues de l’Université du Wisconsin avaient beaucoup de difficultés à y comprendre quelque chose. C’était très intéressant pour moi de pouvoir étudier ces archives et de comparer l’évolution du dialecte à New Glarus avec l’évolution en Suisse. Cela illustre à nouveau l’importance des langues : c’est le fait de maîtriser l’anglais, l’allemand et mon dialecte autrichien qui m’a permis d’avoir facilement accès à ce véritable trésor.

MP/SRI

Affiche annonçant une représentation du “Wilhelm Tell Drama” à New Glarus (© Anita Auer)