L’UNIL est membre depuis 2014 de la VIU, Venice International University, un consortium de 18 universités du monde entier, avec un campus installé sur l’île de San Servolo, à Venise. Chaque année, étudiants et enseignants venant des universités membres s’y côtoient dans le cadre de cours interdisciplinaires.

A l’automne 2015, Mme Martina Avanza y assure deux cours obligatoires, autour des thématiques « Gender studies » et « Identity Heritage and Globalisation ». Elle y est restée trois semestres. Rencontre.

Quel est le fonctionnement de l’enseignement à la VIU ?

Mme Avanza présentant son projet qui a su réunir étudiant·e·s et réfugié·e·s

Chaque enseignant prend la charge de deux cours, soit six heures d’enseignement par semaine. Les intitulés des cours proposés sont larges, pour permettre à chacun de se les approprier, selon ses compétences. On nous offre ensuite une grande flexibilité dans l’organisation des programmes. J’ai, par exemple, mis sur pied un cours à option sur la crise des réfugiés en Italie, en collaborant avec une coopérative d’accueil. Les étudiants ont rencontré des demandeurs d’asile. Leur travail de recherche a été présenté et exposé à la cérémonie de clôture du semestre, où les requérants d’asile étaient conviés. Les posters créés à cette fin ont été offerts à la coopérative, afin de l’aider dans ses tâches de communication.

Cette expérience a été humainement dense, pour les étudiants comme pour moi. La VIU a offert son soutien, logistique et financier, afin de rendre le programme réalisable. C’est une opportunité que je n’aurais pas eue ici.

Qu’en est-il des étudiants ?

Pour chaque cours, nous voyons les étudiants deux fois par semaine pour 90 minutes. Les groupes sont à taille humaine, 20-25 personnes maximum, ce qui permet de bien connaître les étudiants.

Cet effectif restreint est une nécessité. Il existe une telle hétérogénéité dans la classe, de langue, de culture, d’origine, de disciplines… On se retrouve à enseigner des questions d’études genre à des ingénieurs, des étudiants en études infirmières, des politistes, des historiens de l’art. On ne s’adresse pas uniquement à des futurs spécialistes de nos disciplines, mais on forme des citoyens du monde avec une conscience critique. C’est particulièrement enrichissant et satisfaisant.

Les différences en termes de cultures académiques sont également conséquentes. L’expression orale peut être courante pour certains et inexistante chez d’autres, pour qui poser une question est un manque de respect envers l’enseignant. J’ai été impressionnée par la capacité d’adaptation de ces étudiants, l’excellence et la quantité du travail fourni qui leur a permis de faire un déplacement mental conséquent et d’arriver à une conscience critique surprenante.

Quelles compétences avez-vous particulièrement développées ?

Mon anglais. Il ne faut pas être bilingue pour enseigner à la VIU, l’anglais est une langue véhiculaire, et non maternelle. Il existe donc une très grande tolérance, et il ne faut pas se complexer. Mais c’est une belle expérience pour s’améliorer.

En tant qu’enseignant, on se retrouve confronté à des questions qui nous étaient inconnues jusque-là. Les exposés faits par les étudiants ou les exemples qu’ils mobilisent sur leurs pays d’origine m’ont beaucoup appris.

J’ai aussi développé de nouvelles compétences pédagogiques : dans la gestion du public, de leur diversité et dans la conception de formats alternatifs, grâce à l’atelier sur les réfugiés.

J’ai enfin dû amplifier la focale, et renouveler mon syllabus. Les textes ne peuvent pas être uniquement axés sur l’Europe ou les Etats-Unis, ce serait contraire au respect de l’esprit cosmopolite de la VIU. Ils doivent rendre compte de la diversité du public. J’ai, en quelque sorte, « dé-provincialisé » mon syllabus. C’était un exercice très intéressant. »

Que diriez-vous à des collègues de l’UNIL qui songent à partir à la VIU ?

Qu’elle représente une opportunité unique d’avoir un public réellement international. Les étudiants sont d’un bon niveau, ce qui compense certaines différences, ou un manque de connaissances sur les thématiques traitées.

Cette expérience permet aussi de sortir de ses routines professionnelles, des formats que l’on connaît, d’un enseignement qui peut devenir pesant dans son caractère routinier.

C’est une vraie coupure, avec l’obligation de revoir ses façons de faire, ça peut rebooster. On revient à l’UNIL avec des nouvelles idées et façons de faire.

Un conseil à ceux qui se sont engagés à partir les prochains semestres ?

Ne pas concevoir un cours magistral, il ne serait approprié ni à la taille ni à l’hétérogénéité de la classe. Utiliser cette hétérogénéité comme un atout, en profiter pour tester des méthodes pédagogiques interactives, nouvelles.