
Nicole Chuard ©Unil
Jouer avec les teintes et les sons pour apprendre à lire et à écrire, tel est l’objectif de «Motifs», une jeune pousse pleine d’idées pour l’avenir.
«Ensemble, colorons demain.» C’est le slogan de Motifs, une entreprise lancée en 2024. Son but? Soutenir le corps enseignant et les parents d’enfants dyslexiques avec des approches ludo-éducatives, adaptées à toutes et tous. Car pour répondre à la complexité de l’apprentissage du français, il fallait au moins une palette de couleurs. Des teintes pour associer les phonèmes aux graphèmes, des carrés pour représenter les consonnes et des ronds pour les voyelles, stimulant ainsi divers canaux d’apprentissage: visuel, auditif, sensoriel et spatial.
«Il s’agit de donner de la consistance aux sons pour les rendre palpables et visibles, pour travailler la conscience phonologique», explique Svetlana Zenger, docteure en linguistique, qui a œuvré dix ans à l’Unil. Avec ses associés Loïc Aubrays et Max Aebersold, deux alumni, elle gère désormais cette start-up en devenir.
«Une belle aventure»
Chaque membre possède sa spécialisation. La première pour le volet scientifique, le second pour l’aspect entrepreneurial et le troisième pour la communication et les réseaux sociaux. Une équipe motivée pour aider les enfants comme les adultes. «Notre système, qui n’est pas une méthode en soi, n’augmente pas la vitesse de lecture. Au contraire, on ralentit pour travailler en profondeur. Quand les étapes sont brûlées, cela a un coût pour celles et ceux qui rencontrent des difficultés d’apprentissage. Et l’idée est aussi de rendre la langue française plus accessible aux personnes allophones, pour qu’elles puissent s’exprimer et participer pleinement à la société», précise la linguiste.
Preuve de l’intérêt porté à ce projet, Motifs a reçu le Prix du public UCreate en 2024, lors de sa participation au programme du Hub entrepreneuriat et innovation de l’Unil. «Nous avons été très bien soutenus. Ce prix nous a permis de mettre le pied à l’étrier, de commander du matériel. C’était une belle aventure, se souvient Loïc Aubrays. Notre objectif est désormais de créer de nouveaux outils, tout en continuant à développer ce qui l’a été et en simplifiant leur accès au grand public.»
Car cette jeune pousse, qui offre en partie ses services en open source, plonge ses racines dans une longue histoire. Connu sous le nom de Phonocolor, le projet est né de recherches menées à l’Unil à partir de 2011 sous l’impulsion d’Yves Érard. Au fil du temps, l’équipe a collaboré avec l’EPFL, la Direction générale de l’enseignement obligatoire de Genève, la HEP vaudoise, des associations et des universités françaises. À l’heure actuelle, au moins deux mille élèves utilisent cet outil. Un chiffre sans doute sous-estimé.
Réduire les échecs
Pour 2026, Motifs veut réunir dix ans de projets numériques au sein d’une application professionnelle. Pour cela, elle doit encore récolter 100000 francs environ. En outre, le trio aimerait proposer des conférences, en Suisse et à l’étranger, ainsi qu’une boîte avec du matériel pour les enseignants et enseignantes. Pour entrer en douceur dans l’apprentissage de la lecture. «Si nous arrivons à réduire le nombre d’échecs scolaires, nous n’aurons pas travaillé pour rien», relève Svetlana Zenger. Et Loïc Aubrays de résumer: «Ce que nous voulons, c’est la réussite des enfants et des adultes. Par le ludique et l’humain.»
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