Pourquoi, et comment, séparer le mien du tien?

La revue Études de lettres se penche sur la réappropriation des images dans l’art et les médias contemporains. Une problématique des plus complexes qui nous concerne tous et n’a pas fini de donner du fil à retordre aux avocats.

Emprunt, citation, recyclage, la réappropriation des images a plus que jamais le vent en poupe. Le phénomène des mèmes internet a largement vulgarisé le procédé, faisant de La Cène de Léonard de Vinci un must en matière de détournement ludique. L’art contemporain, lui, y a vu un geste créateur à part entière. Ce qui n’est pas sans soulever quelques problèmes.

Dans ce contexte, que devient le statut d’auteur? Toute peinture, toute photographie, tout film se retrouvent-ils à la disposition du «repreneur» pour autant que ce dernier en modifie légèrement le propos, la forme ou le contenu? Et que dire du critère aujourd’hui bien malmené de l’originalité? Ce sont là quelques-unes des questions auxquelles répond ce nouveau numéro d’Études de lettres édité par Nathalie Dietschy et Valentine Robert.

La question du plagiat ouvre le débat. Georges Roque se propose d’en circonscrire les contours. «Le fait que l’emprunt soit occulté ne signifie pas nécessairement qu’il y ait plagiat!», relève-t-il. À l’inverse, il note que «nombreux sont les cas de plagiat dont la source est bel et bien signalée». Georges Roque se penche ensuite sur un cas particulier: le portrait d’un politicien réalisé par le peintre belge Luc Tuymans à partir d’une photo de presse. N’ayant pas donné son accord pour ce réemploi, l’auteure de l’image avait porté plainte et gagné son procès. Ce qui, précise Georges Roque, ne signifie pas pour autant qu’il y ait eu plagiat.

Parmi les autres thèmes, le chapitre consacré aux tableaux vivants s’avère particulièrement jouissif. Il se penche sur la reconstitution d’une œuvre d’art par des modèles vivants dans un but à la fois critique, comique et esthétique. Une pratique qui fait la part belle au burlesque comme le montre ce Sisyphus d’après Titien qui porte un aspirateur sur son dos à la place d’un rocher. La démarche de Gustav Deutsch s’avère moins anecdotique et plus troublante. Pour son film Shirley, Visions of Reality, ce cinéaste a minutieusement reproduit en 3 D et grandeur nature treize toiles du peintre américain Edward Hopper.

Mais pourquoi puiser chez les autres plutôt que de laisser parler son imaginaire? La réponse et le mot de la fin reviennent à l’artiste suisse Christian Marclay: «(…) j’aime avant tout réagir à l’environnement qui m’entoure (…). C’est un environnement qui n’est pas “privé”. Quand on fait ses propres images, ça vient d’idées plus personnelles et finalement ça m’intéresse moins.»

Lire également la notice sur le site de Labelettres

livre edl 91
La réappropriation des images dans l’art et les médias contemporains. Par Nathalie Dietschy et Valentine Robert (éds). Études de Lettres numéro 326 (2025), 274 p.

Laisser un commentaire