Jordan Anastassov, ou l’archéologie vivante

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Jordan Anastassov. Archéologue cantonal vaudois. Licence en Lettres à l’Unil (2005), doctorat à l’Université de Genève (2012). © Pierre-Antoine Grisoni/Strates

Le jour de notre rencontre, Jordan Anastassov vient tout juste de prendre ses fonctions d’archéologue cantonal. Devant son nouveau bureau, la place de la Riponne ressemble à une gigantesque fouille. De quoi donner la nostalgie du terrain à ce passionné – il a notamment codirigé pendant plus de dix ans la mission archéologique suisse sur le site de Sboryanovo, en Bulgarie, le pays qui l’a vu naître il y a 50 ans? Ce spécialiste des cultures gallo-romaines sourit. S’il s’est lancé dans cette nouvelle aventure, c’est par motivation bien sûr. Comme tout ce qu’il entreprend.

Alors certes, s’installer à un tel poste qui s’inscrit dans la durée s’accompagne d’un léger vertige. Il cite Denis Weidmann, l’un de ses prédécesseurs, qui y est resté 36 ans. Mais cette double mission, qui consiste à la fois à protéger le patrimoine archéologique cantonal et à le mettre en valeur, a tout pour faire vibrer Jordan Anastassov. Principal défi à relever: encourager les différentes institutions cantonales – les musées et sites d’Avenches, Lausanne, Nyon, Pully, Vidy et Yverdon-les-Bains ainsi que l’Unil – à collaborer, voire à imaginer des projets communs. Voilà pour le volet local. S’y ajoutent des collaborations avec d’autres sites et institutions suisses et, au-delà des frontières nationales, des chantiers tel le classement des sites palafittiques à l’UNESCO. Une entreprise qui occupe, outre la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la France, l’Italie et la Slovénie.

C’est à la Bulgarie de son enfance, où il a grandi entre des vestiges du passé et les légendes que lui narrait son grand-père, que remontent les racines de sa vocation. «J’ai toujours su que je voulais faire de l’archéologie. Mais j’ai longtemps pensé que ce n’était pas un vrai métier», se rappelle-t-il. Il finit par changer d’avis et décrocher sa licence à l’Unil en 2006. Il enchaîne avec une thèse, qu’il soutient en 2012, à l’issue de cinq ans de fouilles dans les tiroirs et les sous-sols de musées balkaniques. Des années qu’il évoque avec une certaine nostalgie: «J’étais le seul à m’intéresser à la question des migrations celtes dans la région. Je me suis heurté à beaucoup de portes fermées et d’incompréhension, mais ce fut aussi une période très riche.»

Différentes charges de recherche et d’enseignement l’occupent ensuite entre les universités de Genève et Neuchâtel. Il participe en outre à de nombreuses fouilles en France, en Ouzbékistan et en Bulgarie – notamment à Sboryanovo – ainsi qu’en Suisse, assumant des fonctions d’encadrement, de direction de chantier et d’étude de mobilier.

En 2021, on le retrouve aux commandes du musée romain de Nyon. L’équipe est restreinte, il faut toucher à tout. Il adore et y passe quatre ans. Le temps d’amorcer chez les Nyonnais un engouement pour leurs racines gallo-romaines et de le fédérer autour de la réhabilitation de l’amphithéâtre. Jordan Anastassov croise les doigts: le projet doit encore recevoir le feu vert du Conseil communal. Il le garde à l’œil et conserve aussi un pied dans le Festival international du film d’archéologie de Nyon (FIFAN), en attendant de passer son témoin de président. Il préserve aussi un lien avec l’enseignement – quelques heures de cours à l’Université de Neuchâtel.

Lui arrive-t-il de souffler un peu? Quand il ne travaille pas, ce père de deux enfants se consacre à la musique, «un baume pour l’esprit». Pour lui, jouer de la basse, «c’est presque une façon de faire de la méditation».

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