Weissbrodt Rafaël

L’intervention des inspecteurs du travail en matière de prévention des risques psychosociaux : Effets des contrôles en entreprises et stratégies d’intervention des inspecteurs.

Après un master en psychologie du travail et des organisations, Rafaël Weissbrodt a travaillé pendant quinze ans comme intervenant et formateur en ergonomie, santé et sécurité, d’abord au sein d’une entreprise de conseil puis également dans une administration cantonale. En 2014, il a été engagé comme collaborateur scientifique par le Secrétariat d’Etat à l’Economie, afin de mesurer les effets des inspections du travail en matière de prévention des risques psychosociaux (stress, burn-out, violence, harcèlement, etc.). Ce projet a fait l’objet de sa thèse en science politique, débutée en 2015 en tant que doctorant externe sous la responsabilité du Prof. David Giauque (IEPHI), et défendue le 18 mars 2019.

La thèse visait à mesurer et expliquer les effets des contrôles de l’inspection du travail sur la manière dont les employeurs préviennent les risques psychosociaux (RPS). La re­cherche s’ancre dans trois courants théoriques : l’évaluation réaliste des politiques publiques, l’étude de la street-level bureaucracy et l’ergonomie de l’activité. Elle se fonde sur une revue systématique de littérature et sur l’évaluation d’une campagne d’inspection centrée sur les RPS. Un devis quasi-expérimental a été mis en place, avec un groupe d’interven­tion et un groupe témoin d’environ 200 entreprises chacun. Un responsable de chaque établissement a été interrogé deux fois, à un an d’intervalle, au moyen d’un questionnaire téléphonique. En complément, une enquête a été réalisée auprès de 70 inspecteurs, afin d’investiguer la manière dont leurs visites se déroulaient. Enfin, des analyses qualitatives ont été menées pour appréhender les représentations des employeurs et les stratégies des inspecteurs.

Il apparaît que les inspecteurs misent sur la sensibilisation et adoptent un style principalement inci­tatif. Leurs visites produisent des effets positifs sur la manière dont la santé et la sécurité sont gérées, sur la volonté des employeurs de prévenir les RPS, sur leurs compétences en la matière, ainsi que sur l’adoption de certaines mesures de soutien aux collaborateurs. En revanche, elles n’ont pas d’impact sur la participation du personnel, ni sur la concrétisation de mesures de prévention touchant à la conception du travail. Ces résultats confortent la pertinence, pour les autorités, d’agir en prévention des RPS. Il existe toutefois un écart entre, d’une part, la vision promue par les scientifiques et les pouvoirs publics et, d’autre part, les représentations des employeurs. Ceux-ci tendent à considérer que le travail n’aurait qu’un rôle marginal dans l’émergence des RPS. La thèse se conclut par des pistes d’action visant à faire évoluer cette vision.