Thomas Bouchet

Thomas Bouchet est depuis le 1er août 2018 professeur associé en histoire de la pensée politique à l’Institut d’études politiques, historiques et internationales (IEPHI – Centre Walras-Pareto). Il exerçait auparavant à l’université de Bourgogne (Dijon). Il consacre la majeure partie de ses recherches et de ses enseignements à l’Europe entre la fin du XVIIIe siècle et la seconde moitié du XIXe siècle.

Quel est le parcours qui vous a amené à devenir chercheur ?

J’ai d’abord été attiré par l’enseignement sans savoir exactement si je préférerais travailler avec des enfants, des adolescents ou de jeunes adultes. Étudiant, j’ai été marqué par d’excellent·e·s enseignant·e·s qui savaient aussi exprimer leur passion pour la recherche, pour l’exploration de territoires qui m’étaient inconnus, surtout dans le domaine de l’histoire mais aussi en littérature et en philosophie. J’ai eu envie de vivre cette passion moi aussi.

Votre domaine de recherche en une phrase ?

Ma préférence va depuis de nombreuses années à l’histoire des idées et des pratiques politiques dans l’univers très foisonnant et très contrasté des « premiers socialismes » – ce qu’on appelait hier un peu hâtivement le socialisme « utopique » ou « prémarxiste ».

Pourquoi ce domaine de recherche ?

Un peu par hasard j’ai commencé à lire dans les années 1990 des textes de Charles Fourier (1772-1837), fort étonnants et stimulants sur le fond comme sur la forme. De fil en aiguille j’ai aussi tenté de comprendre comment celles et ceux qui se réclamaient de lui au XIXe siècle ont repris et transformé sa pensée. Je me suis alors aventuré dans la nébuleuse des socialismes sous l’angle de la pensée et sous l’angle de l’expérimentation (saint-simonisme, owenisme, icarisme, etc.). J’ai aimé faire mon chemin, avec d’autres, dans le paysage de la recherche sur ces courants en marge des grandes avenues de la pensée politique.

Pourquoi faire cette recherche à la Faculté des SSP de l’UNIL ?

L’arrivée dans une université permet d’imprimer à ses travaux de nouvelles directions et de se remettre en question. C’est ce qui se passe pour moi en SSP : je suis sensible au très haut niveau de la recherche qui y est pratiquée, à la qualité des relations avec les membres de la faculté, aux excellentes conditions de travail. Le Centre Walras-Pareto, « centre d’études interdisciplinaires de la pensée économique et politique », est un formidable espace pour la réflexion et l’échange ; de multiples relations s’établissent aussi tout naturellement avec d’autres composantes de l’IEPHI, et au-delà.

Qu’attendez-vous de vos recherches ?

J’aimerais qu’elles soient une contribution originale à un travail actuel de réévaluation sur des pensées et pratiques politiques qui aident à mieux comprendre notre passé et notre présent. J’aimerais aussi qu’elles trouvent quelque écho hors du champ académique – je suis attentif à la médiation et à la diffusion des savoirs. Dès que je peux donner à d’autres l’envie d’explorer ces domaines à un titre ou à un autre, j’en suis très heureux.

Quelles difficultés éprouvez-vous dans le travail de recherche ?

Ce qu’il y a parfois de frustrant dans ce métier, c’est qu’on peut avoir du mal à accorder les projets initiaux et leur réalisation concrète. Cela est dû par exemple à des situations où le manque de temps conduit à réduire ses ambitions de départ, ou à des phases où s’installent l’incertitude et l’incapacité à trouver des réponses probantes. Mais ces difficultés sont à relativiser : je n’oublie jamais que j’exerce un métier enviable.

Quels sont les talents cachés qui vous aident à surmonter ces difficultés ?

Ce qui m’aide : la beauté calme des montagnes du Jura, de précieuses complicités (sur le plan professionnel, mais pas seulement), les manières de travailler si favorables qui sont garanties ici.

Qui serez-vous dans 10 ans ?

J’ai du mal à imaginer… J’ai en tout état de cause deux grandes espérances : savoir cultiver et transmettre à tout âge mon appétit de comprendre, ma curiosité des autres et du monde ; devenir grand-père et découvrir plein de choses, faire des blagues et grimper à tous les arbres des forêts avec mes petits-enfants.