Stéphanie de Diesbach-Dolder

Le rôle de la verbalisation des émotions et de la secondarisation en éducation interculturelle : une approche socioculturelle des pratiques d’enseignement

Stéphanie de Diesbach-Dolder est titulaire d’un Bachelor of Arts in Pre-Primary and Primary Education (Haute école pédagogique de Fribourg) et d’un Master en sciences de l’éducation (Université de Fribourg). Engagée comme doctorante FNS, puis comme assistante diplômée à l’institut de psychologie, elle a défendu sa thèse de doctorat en novembre 2018, sous la direction de Nathalie Muller Mirza (MER à lIP).

Des objets de savoirs hétérogènes aux contenus sensibles sont introduits depuis quelques années à l’école. Faisant écho aux défis d’une société marquée par la pluralité culturelle et linguistique, ces objets prennent forme dans des programmes d’éducation transversaux comme par exemple l’éducation interculturelle. Si leurs objectifs sont multiples, ils sont orientés en général vers le développement de compétences amenant l’élève à mobiliser différents types de savoirs, ceci notamment dans le but de lui permettre de penser de manière réflexive la complexité du monde.

Cette thèse étudie des pratiques réelles d’enseignement-apprentissage dans le domaine de l’éducation interculturelle. Elle examine plus particulièrement la façon dont les émotions verbalisées des élèves sont convoquées, reprises et élaborées par des enseignant·e·s lors de leçons à partir de deux documents pédagogiques à visée interculturelle. Lorsque les émotions sont mises en mots, observe-t-on des processus de mise en réflexivité : processus que certains auteurs appellent la secondarisation ? En adoptant une perspective vygotskienne, qui considère la dimension « transformationnelle » des émotions, des séquences d’enseignement-apprentissage enregistrées auprès de douze enseignantes de Suisse romande (sept au cycle primaire et six au cycle secondaire I) sont analysées.

Les résultats montrent que les émotions ne sont pas uniquement verbalisées au sein des interactions en classe dans des leçons à visée interculturelle, mais également articulées et mises en tension avec d’autres expériences. Si cette tension se révèle propice à la construction de nouvelles connaissances, le travail de secondarisation des émotions s’avère difficile et peut conduire à un refroidissement, à une non-reconnaissance de celles-ci ou alors à un empiétement sur la sphère intime des élèves. Plus largement, les résultats de ce travail pointent les difficultés d’enseigner des questions sensibles proches de la sphère de la vie quotidienne et des médias et proposent des pistes pour les aborder.