Cécile Navarro

« Ce n’est pas le hip-hop qui nous fait voyager, c’est nous qui faisons voyager le hip-hop » : représentations et pratiques d’(im)mobilités au sein d’une scène musicale translocale au Sénégal

Après un Master obtenu à l’Université de Neuchâtel en sciences sociales des migrations et plusieurs expériences professionnelles, dont un stage à l’Ambassade de Suisse au Sénégal, Cécile Navarro a obtenu la bourse doc.ch du Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique pour réaliser son projet de thèse. Elle a soutenu sa thèse en janvier 2019 sous la direction de la Prof. Prof. Monika Salzbrunn (ISSR). Cécile est engagée dès janvier 2019 comme post-doctorante à la Haute École de Santé Valais, au sein d’un projet FNS sur la thématique du personnel de santé migrant en Suisse.

A l’aune de la célébration des 30 ans du « Rap Galsen », nom communément donné au rap au Sénégal (1988-2018), ce travail interroge les dynamiques de sa production du point de vue des (im)mobilités de ces acteurs. Ce parti-pris, ancré dans les études sur le transnational et le « mobility turn », propose de renouveler l’approche des pratiques musicales en globalisation tout en revisitant les sciences sociales des migrations au prisme des pratiques artistiques.

A l’aide du concept de « scène », le rap galsen est abordé au travers des répertoires d’action et de discours utilisés pour définir son existence, faisant appel aux catégories de « local » et « global », dans le cadre d’établissement de frontières entre « nous » et « eux ». L’ancrage « local » du rap sénégalais est ainsi exploré à l’aune de processus d’authentification de ce que signifie être « Sénégalais » tout en faisant du rap.

Comment ces revendications locales s’accommodent-elles des mobilités croissantes de certains artistes de rap sénégalais et des désirs d’ « exportation » de nombreux autres ?

Ce travail montre comment les dynamiques d’(im)mobilités s’enchâssent au cœur de rapports de pouvoir, entre ceux qui cherchent à imposer une certaine définition du rap galsen et ceux qui cherchent à s’en défaire. La prise en compte de la diversité des (im)mobilités impliquées dans la pratique artistique permet d’envisager comment chaque forme de mobilité impacte les positionnements des acteurs (im)mobiles sur la scène, et leur capacité à peser sur les processus de définition du « rap galsen ».

Dakar, Paris, Berlin, Munich, Lausanne, Genève, Baltimore, New York et Washington, tels sont les lieux visités au cours de ce travail pour suivre ou rencontrer des acteur.trice.s de la scène rap sénégalaise, tissant les liens entre plusieurs localités au-delà des frontières nationales, dessinant les contours d’une « scène musicale translocale ».