Orlan Moret

Carrières et après-carrières des hockeyeurs suisses dans un contexte de professionnalisation de la pratique

Pratiquant du hockey sur glace depuis presque 30 ans, le choix du sujet de thèse d’Orlan Moret n’est pas indépendant de son propre engagement sportif. En parallèle, titulaire d’un master et d’un doctorat en Sciences du Sport et de l’Education Physique, la question des transitions professionnelles est au cœur de ses activités. Cet intérêt se prolonge désormais au travers de son engagement au sein du Service d’orientation et carrières de l’Unil, qui vise à soutenir les étudiant·e·s dans cette étape.

Les « après-carrières » sportives ont peu été traitées sous un angle sociologique, notamment dans une perspective longitudinale mettant en lumière ce que l’« après » carrière doit à l’ « avant ». Cette recherche vise à combler cette lacune à partir de l’exemple des hockeyeurs suisses en observant trois générations de joueurs ayant évolué au sein de la Ligue Nationale (LN) : ceux nés entre 1963-72, 1973-82 et 1983-92. L’enquête s’appuie sur 36 entretiens et 605 questionnaires biographiques, et développe une approche compréhensive situant le sportif dans la pluralité de ses contextes : sportif bien sûr, mais aussi familial, conjugal, amical et scolaire.

Les résultats montrent que la position atteinte au sein de la LN constitue une première clé de lecture pertinente des transitions professionnelles, tant au niveau des postes occupés que du rapport développé à leur endroit : une carrière durable et reconnue permettant généralement d’accéder à des postes valorisés et d’opérer une prise de distance plus aisée avec le « milieu ». Le type de transition n’est toutefois jamais indépendant des autres dimensions et ressources de l’individu.

Le travail invite à ne pas considérer que les propriétés sportives ou biologiques sont autosuffisantes pour expliquer les carrières et les « après-carrières » alors qu’elles doivent beaucoup au rôle déterminant de l’économie symbolique du hockey sur les expériences des individus. Les transitions professionnelles des hockeyeurs sont en outre soumises à l’influence du processus de professionnalisation de la pratique, se traduisant par une prise de distance plus aisée avec les organisations et le « milieu » au fil des générations, mais aussi par davantage de difficultés à s’insérer grâce aux réseaux du hockey du fait d’un ancrage local plus faible.