Projet FNS : Le retour de l’Etat développementaliste en Afrique ?

Une équipe de chercheurs de Lausanne, Genève, Abidjan (Côte d’Ivoire) et Yaoundé (Cameroun), supervisée par le Dr. Antoine Kernen (MER, ISS), a obtenu un financement R4D pour observer la reconfiguration du rôle des Etats africains dans un paysage du développement en pleine mutation.

© Fotolia - Itan1409
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Le nouveau paysage du développement

La réflexion à la base de ce projet, intitulé « The Developmental State Strikes Back? The Rise of New Global Powers and African States’ Development Strategies« , naît d’un double constat. Dès les années 1990, des inquiétudes grandissantes ont entouré les échecs récurrents des modèles néo-libéraux à promouvoir la croissance et à réduire la pauvreté dans les pays en voie de développement. Ces critiques ont contribué à l’émergence de nouvelles politiques et discours, qui dévoilent une transformation de la perception du rôle de l’Etat. Celui-ci n’est plus considéré comme un frein au développement, mais comme un moteur de la croissance économique. Parallèlement à cela, durant ces dix dernières années, de nouvelles puissances émergentes se sont engagées dans le développement de l’Afrique (Chine, Brésil, Inde…).

Cette multiplication des bailleurs de fonds, outre le fait qu’elle s’accompagne d’une éventuelle valorisation de voies alternatives de développement, semble octroyer une nouvelle marge de manoeuvre aux Etats africains, dont ils pourraient se saisir pour jouer un rôle plus central dans la définition de leur propre agenda de développement.

L’Afrique au coeur de son propre développement

L’objectif de ce projet est de mettre les stratégies de développement des Etats africains au coeur de l’analyse. Une telle approche nécessite de s’interroger sur la manière dont ces Etats – en l’occurence la Côte d’Ivoire, le Cameroun où seront conduits la majeure partie des recherches, mais également l’Angola et la République Démocratique du Congo – s’approprient et réagissent aux changements précités. Sont-ils réellement capables de prendre les commandes de la planification de leurs programmes de développement et si oui, sous quelles conditions et dans quelles mesures ? Les nouveaux bailleurs de fonds représentent-ils, dans ce cas, des modèles alternatifs de développement ? Plus encore, cela force à se demander si et dans quelles mesures les stratégies développées par les Etat africains conduisent à des transformations en termes sociaux et de développement humain, ou si elles ne tendent qu’à reproduire et renforcer des relations de pouvoir préétablies. C’est à ces objectifs que s’attèleront les onze chercheurs (quatre enseignants-chercheurs, trois postdoctorants et quatre doctorants) composant cette équipe internationale, dès octobre 2016 et ce, jusqu’en 2019.

Tout au long de ce projet de recherche, un souci particulier sera donné à une diffusion élargie des résultats, alors que des échanges réguliers avec les ministères en charge de la planification et les acteurs du développement dans les pays étudiés en rythmeront les différentes étapes. En cela, ce projet se propose d’appuyer la réflexion des décideurs africain et de leurs partenaires sur les manières d’atteindre l’émergence économique tout en assurant un développement social et humain, ainsi que la stabilité politique.


Antoine Kernen
, MER (ISS)

Membres de l’équipe de recherche :

Requérants : Antoine Kernen (Unil), Didier Péclard (Unige), Francis Akindès (Université Alassane Ouattara de Bouaké), Fabien Nkot (Université Yaoundé II) ;

Postdoc : Guive Khan-Mohammad (Unige), Moussa Fofana (Université Alassane Ouattara de Bouaké), Gérard Amougou (Université Yaoundé II).