De l’analyse des pratiques à la formation professionnelle : un exemple de recherche-action en institution socio-éducative

Cette recherche, menée à la demande de deux responsables socio-éducatifs de la Cité du Genévrier, avait pour but de créer un outil de formation susceptible de développer l’entraide entre les résident·e·s (des personnes en situation de handicap mental). A première vue, l’entraide – c’est-à-dire l’aide que les résidents se fournissent mutuellement sans l’intervention d’un accompagnant éducatif ou d’un tiers – peut être considérée comme une pratique favorisant l’autonomie des résidents et leur participation à la vie quotidienne de l’institution. Néanmoins, elle peut avoir des effets inattendus et indésirables, tels que mettre en danger les résident·e·s qui la proposent ou la reçoivent, favoriser des relations de pouvoir et même, paradoxalement, freiner le développement de l’autonomie des personnes. De plus, elle soulève d’épineuses questions portant en particulier sur la définition des rôles respectifs des résident·e·s et des accompagnant·e·s, ainsi que sur les valeurs de chacun·e, telles qu’elles sont mises en jeu dans toute situation d’entraide.

© JiSign - Fotolia
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Basée sur une démarche de recherche-action, qui impliquait en l’occurrence la participation active des accompagnants socio-éducatifs, le travail s’est décliné sur cinq axes :

  • Réalisation d’une revue de la littérature sur l’entraide ciblée sur les personnes en situation de handicap mental ;
  • Constitution d’un groupe de travail composé de sept accompagnants socio-éducatifs issus de différents groupes de l’institution. Ce groupe s’est réuni pendant un an à raison d’une réunion de deux heures trente par mois. Le travail du groupe a été réalisé à partir d’une collection d’exemples recueillis sur le terrain et a permis de mettre en évidence la complexité et la diversité des formes d’entraide réalisées au quotidien dans l’établissement ;
  • Proposition d’un modèle d’analyse de l’entraide inspiré de la psychologie socioculturelle et montrant les enjeux d’une situation d’entraide aux niveaux micro-, meso- et macro-social ;
  • Création, à l’intention des accompagnants, d’un outil de formation intitulé « l’Entraide ». Concrètement, il s’agit d’une boîte contenant différentes activités à réaliser en groupe et visant à engager les professionnels dans un processus de réflexion similaire à celui développé dans le groupe de travail, à identifier différentes formes d’entraide rencontrées au quotidien et à réfléchir aux pratiques susceptibles de développer l’entraide dans les situations qui s’y prêtent.
  • Diffusion des résultats à l’ensemble de l’institution dans le but de sensibiliser tous les accompagnants à la question de l’entraide et de les inciter à utiliser l’outil de formation créé.

Au terme de ce travail, les deux chercheuses, la Prof. Michèle Grossen (IP) et Jenny Ros (titulaire d’une Maîtrise universitaire ès Sciences en psychologie de l’UNIL), ont animé trois demi-journées de formation dans l’institution à l’aide de cet outil. Celui-ci sera désormais utilisé de manière autonome par les accompagnants socio-éducatifs.

 

Lire le rapport d’entraide (PDF), publié en novembre 2015 par Jenny Ros et Michèle Grossen, avec la participation et la collaboration de :
Priska Andenmatten de Guio, Anne‐Claude Barral, Philippe Buchard, Justine Henry, Marielle Jacquier, Raymonde Juriens et Nathalie Theoduloz.