Caroline Gachet

« Quitter le milieu évangélique ». Une étude sociologique des processus de désaffiliation religieuse du milieu évangélique suisse

Après un master en sociologie des religions à l’Université de Lausanne en 2008, Caroline Gachet a été engagée dans un projet FNS au sein duquel elle a effectué une thèse de doctorat sous la direction du Prof. Jörg Stolz de l’Institut de sciences sociales des religions contemporaines. En juin 2013, elle a obtenu le titre de docteure ès sciences sociales de l’Université de Lausanne.

La thématique des désaffiliations religieuses du milieu évangélique est le parent pauvre des études menées jusqu’à ce jour sur ce courant religieux. En effet, l’accent est généralement mis sur son développement en termes d’affiliation, faisant alors l’impasse sur les pertes qu’il connaît pourtant. De plus, la question des désaffiliations religieuses est un angle d’approche sociologique particulièrement fécond pour étudier les groupes religieux en permettant, entre autres, de cerner plus en profondeur leur identité, les mécanismes qui favorisent leur pérennisation, mais aussi leur rapport à la société environnante.

Cette thèse s’est construite sur dix-sept entretiens semi-directifs, menés auprès de personnes ayant grandi pour la plupart dans une famille évangélique et ayant décidé, un jour, de ne plus fréquenter ce milieu religieux. Pour élargir la perspective analytique ainsi que pour mieux comprendre et expliquer les processus de désaffiliation en lien avec le groupe quitté, un ensemble de septante-huit entretiens semi-directifs et de mille cent cinquante questionnaires standardisés de membres d’Eglises évangéliques a été mobilisé.

Dans ce travail, qui relève de la sociologie des religions et qui puise autant dans la littérature sur les désaffiliations religieuses que dans celle des désengagements militants, l’analyse s’est focalisée sur les processus de désengagement au niveau microsociologique : quels sont les motifs qui président les désaffiliations, comment se déroulent ces dernières, quels effets ont-elles sur l’individu en termes identitaires et comment sont-elles perçues par ceux qui restent ? Ces questions ont permis de (re)questionner des éléments constitutifs de l’engagement évangélique : les processus de socialisation ; la structuration des liens intragroupe développés par le milieu et son rapport à l’extérieur ; son système normatif ; son système de représentation du monde et la démarche religieuse qu’il valorise – autant d’aspects qui jouent un rôle dans les processus de désaffiliation. Plus précisément, ces éléments agissent en tant que mécanismes de rétention tant sociaux que psychologiques, compliquant ainsi le désengagement.

Partant des logiques du désengagement, cette thèse affine les connaissances actuelles sur l’évangélisme dans le contexte de la modernité, grâce à l’éclairage inédit qu’elle lui donne. Elle développe également le champ des connaissances sur les désaffiliations religieuses : elle fournit un nouvel exemple de cas tout en proposant une autre façon de théoriser les sorties de groupes religieux qui valorisent un engagement de type militant.