Lucile Maertens

Maître-assistante (SSP / IEPHI, CRHIM)
Lauréate de la décharge Tremplin (2018)

« Ce sera une grande opportunité de me familiariser avec le milieu académique québécois, de travailler avec plusieurs collègues sur des intérêts de recherche partagés, de présenter mes travaux en cours et de rencontrer une communauté de recherche renommée sur l’étude d’Haïti. »

 

En quelques mots, en quoi consistent vos recherches à l’UNIL ?

Mes travaux de recherche s’articulent autour de trois grandes thématiques : les organisations internationales, la politique internationale de l’environnement et les études critiques de la sécurité. Deux questions principales orientent mes recherches sur ces objets que je traite de manière transversale.

D’une part, je m’interroge sur la construction de problèmes internationaux. Partant du constat de la force d’attraction de certaines thématiques en relations internationales, telles que le changement climatique ou la sécurité internationale, j’étudie les processus qui visent à qualifier un problème international comme relevant des politiques environnementales ou sécuritaires. Concrètement, j’analyse, par exemple, les discours qui tendent à faire de l’environnement une menace pour la sécurité internationale au sein du Conseil de sécurité de l’ONU (celui-ci a notamment débattu du changement climatique le 25 janvier dernier) ou les récits de la communauté internationale qui cadrent le problème de la déforestation en Haïti.

D’autre part, j’explore la relation entre technique et politique dans le cadre du multilatéralisme contemporain. Mes différents travaux sur l’ONU m’ont conduite à m’interroger sur le caractère politique de l’action des organisations internationales. Sous couvert d’apolitisme technique, ces organisations participent activement à la vie politique internationale, et c’est précisément les techniques sur lesquelles leur secrétariat s’appuie pour dissimuler leur action politique que j’explore dans mes travaux actuels.

Pour conduire mes recherches et générer mes données empiriques, j’ai recours à différentes méthodes qualitatives d’inspiration ethnographique. Depuis mon arrivée à Lausanne, j’ai conduit des entretiens semi-directifs et une observation de terrain lors d’un séjour de deux semaines en Haïti. Je poursuis également l’exploration des publications officielles de l’ONU et des débats qui se tiennent dans ses différentes arènes.

Que comptez-vous réaliser durant la période de décharge « Tremplin » ?

La période de décharge « Tremplin » va me permettre de réaliser deux projets parallèles. Tout d’abord, je vais effectuer un séjour de recherche au sein du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). Ce centre pluridisciplinaire réunit une large communauté de chercheurs et chercheuses spécialistes de l’international. Ce sera une grande opportunité de me familiariser avec le milieu académique québécois, de travailler avec plusieurs collègues sur des intérêts de recherche partagés, de présenter mes travaux en cours et de rencontrer une communauté de recherche renommée sur l’étude d’Haïti. En effet, je souhaite aussi profiter de mon séjour pour participer à la vie académique des différentes universités de Montréal, notamment dans le domaine des études caribéennes.

Ensuite, je souhaite consacrer une grande partie de mon temps à la rédaction d’un ouvrage sur les organisations internationales. Co-rédigé avec Marieke Louis, le projet de cette monographie a été accepté par les éditions Routledge, dans la collection Global institutions series. Intitulé Why International Organizations Hate Politics. Depolicizing the World, cet ouvrage vise à décrypter les pratiques et logiques de dépolitisation qui structurent le rôle des organisations internationales en relations internationales. Le propos s’appuie sur plusieurs enquêtes menées sur différentes organisations internationales (le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, l’Organisation internationale du Travail, le Secrétariat général de l’ONU et son Département des opérations de paix, etc.). Cette décharge d’enseignement me permettra donc de me consacrer presque exclusivement à l’écriture et à la valorisation de mes recherches.